BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Intro (0:18)
2. La Strega (10:23)
3. Bruma (Quietesmo) (4:33)
4. Lo Sguardo Nello Specchio (7:10)
5. Soffi Sonori (7:30)
6. Il Mago (7:53)
7. Guardiano Dei Cieli (4:29)
8. Germinale (2:16)

FORMATION :

Saverio Barsali

(guitares électrique et classique)

Gabriele Guidi

(claviers)

Marco Masoni

(basse, chant)

Alessandro Toniolo

(flûte, chant)

David Vecchioni

(batterie)

GERMINALE

"Germinale"

Italie - 1994

Mellow Records - 44:39

 

 

"En décembre 1993, nous avons envoyé une cassette de notre musique à Mauro Moroni", raconte Marco Masoni, bassiste-chanteur de Germinale. "Deux jours plus tard, il nous rappelait pour nous proposer un contrat !". Pourquoi un tel empressement de la part du patron de Mellow Records ? Deux explications sont possibles : soit Germinale est vraiment un excellent groupe, soit Moroni signe tout ce qui bouge...

Si le talent du quintette italien est indéniable à l'écoute de ce premier CD, paru en juin 1994, en revanche on ne peut y voir plus qu'une œuvre prometteuse. Non pas que Germinale ne possède pas une réelle personnalité; mais le groupe qui officie sur Germinale manque encore cruellement de maturité.

Il faut dire qu'au moment où cet album fut enregistré (début 1993), la formation avait moins de deux ans d'existence derrière elle. "Nous avons commencé à jouer des reprises de Pink Floyd, Deep Purple et Genesis - dont une version intégrale de "Supper's Ready" ! -, et donné de nombreux concerts. Puis nous avons commencé à écrire nos propres compositions, que nous avons enregistrées puis proposées à différents labels".

La jeunesse de Germinale explique sans doute le défaut majeur dont souffre ce premier album : un sérieux manque de cohésion (la production médiocre, sur les passages les plus énergiques, n'arrange certes rien) et l'immaturité de ses arrangements. Les transitions manquent de naturel, et la longueur de certaines pièces (4 des 8 titres dépassent les 7 minutes, plafonnant à 10 minutes) semble exagérée au regard de leur contenu thématique.

Les musiciens de Germinale ont pourtant des qualités à faire valoir, qui pourraient à terme les sortir de la masse des groupes de seconde zone. J'insisterai surtout sur Alessandro Toniolo (chant et flûte), dont les interventions vocales (partagées avec le bassiste Marco Masoni, moins convaincant dans cet exercice) sont souvent très belles - "Germinale" (2:15) -, ainsi que Gabriele Guidi (claviers), particulièrement lorsque celui-ci officie au piano, avec un jeu en arpèges déliés qui n'est pas sans évoquer Tony Banks (le fort bel instrumental "Bruma (Quietismo)" (4:31) dont il est l'auteur). La réunion des deux (chant et piano) sur l'introduction de "Lo Sguardo Nello Specchio" illustre très bien le parti que Germinale peut tirer de ces qualités.

Pour ce qui est du style musical, Germinale propose souvent, à l'image de sa pochette (qui rappelle étrangement celle du Yume No Oka de Kenso !), une musique aux atmosphères pastorales, de nature essentiellement acoustique, et dénuée de toute velléité belliqueuse, même dans ses moments "énergiques". Ces derniers sont le point faible de Germinale, les différentes composantes du quintette ne parvenant pas à se mêler de manière convaincante (guitare 'sale', orgue au son 'cheap', batterie mal mixée, au total un fouillis sonore qui sent l'amateurisme) sur des développements instrumentaux qui demeurent de toute façon trop limités.

On peut néanmoins rester optimiste quant à l'avenir du groupe, car ces défauts, vous l'avez vu, sont essentiellement ceux d'un jeune groupe. En développant ses atouts, en répétant sans relâche, et en peaufinant son travail de composition, Germinale peut réussir à transformer cet essai pour le moins immature.

Depuis deux ans, le quintette a en tout cas mûri, comme en témoigne sa version de "The Knife" sur la compilation The River Of Constant Change (à signaler que Masoni est l'un des rédacteurs de "Dusk", le bulletin du fan-club italien de Genesis, et que Germinale jouait régulièrement ce titre sur scène a ses débuts). Mais l'incarnation de Germinale qui y figurait appartient déjà au passé : le nouveau guitariste recruté pour cet enregistrement, Alessio Mosti, ne resta dans le groupe que le temps de quelques concerts, le quittant finalement - ainsi que le claviériste Gabriele Guidi - pour rejoindre la formation de 'prog-metal Athena.

On pourra cependant rapidement juger des mérites des petits nouveaux, Salvo Lazzaro (guitares) et Andréa Moretti (claviers), sur la compilation Mellow en hommage à Van Der Graaf Generator, sur laquelle Germinale reprend "Meurglys III (The Songwriter's Guild)"... en avant-goût du second album, ...E Il Suo Respiro Ancora Agita Le Onde..., prévu pour décembre ou janvier, où devrait figurer plus d'une heure de musique...

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°13 - Septembre/Octobre 1995)