
PISTES :
1. "Awake And Dreaming" [41:57]
a. Little Red Rooftops (3:49)
b. Dark Clouds Gathering (2:48)
c. The Carpeted Corridors (1:40)
d. Rooftops Re-visited (3:33)
e. Doubt (2:52)
f. The Dance Of Denial (3:19)
g. Nocturne (5:03)
h. Word Of Mouth And Heart (4:32)
i. Escalation (6:20)
j. No One Came (2:54)
k. The Turning Of The Tide (0:41)
l. Awake And Dreaming (4:13)
2. "Fountains Of Ash" [28:57]
a. Noverture (4:13)
b. Adoration (4:47)
c. La Lune De Miel (4:46)
d. The Worm Turns (3:41)
e. Quickening Pulse (2:11)
f. Broken (3:48)
g. Close To Angels (5:28)
FORMATION :
Mike Morton
(chant, guitare acoustique, piano, arrangements de cordes)
Leroy James
(guitares, samples, programmations)
Jim Thomas
(synthétiseurs, orgue, Mellotron)
Rod Haverhill
(basse, chœurs)
David Storey
(batterie, percussions)
Joseph Morton
(voix)
Neil Catchpole
(violon)
EXTRAITS AUDIO :
THE GIFT
"Awake & Dreaming"
Royaume-Uni - 2007
Cyclops - 70:45
Que faire, lorsqu’on est une nouvelle formation progressive – sûre de son art, mais ayant encore tout à prouver –, pour espérer attirer l’attention sur soi dans un milieu déjà bien encombré de grosses pointures, où les premières places semblent presque impossible à atteindre sans jouer fermement des coudes ? Soit l’on prend humblement son mal en patience, avec l’espoir que le talent dont on se sent investi finira par ne pas passer inaperçu, soit l’on joue d’emblée son va-tout, et l’on y va carrément au culot. Manifestement, The Gift, formation originaire d’Angleterre récemment signée chez Cyclops, n’est pas du genre à la jouer profil bas ! J’en veux pour preuve la durée même des titres qui composent son premier album : rien moins que deux ‘méga-suites’ de presque 42 minutes pour la première, et une demi-heure pour la seconde ! Evidemment, il n’y a dans cet affichage aucune garantie de qualité, mais que voulez-vous, le vieux réflexe du ‘progster’ invétéré, persuadé que plus c’est long, plus c’est bon, marche à fond, et il y a tout de même des chances que The Gift attire sur lui quelques regards. Quant à ce qui est de tenir ses promesses…
Mais de quelles promesses s’agit-il exactement ? The Gift, après tout, ne s’est pas engagé à grand chose, si ce n’est au moins à retenir notre attention tout au long de ces deux pièces gargantuesques, sans que l’envie de piquer du nez nous prenne inopinément. Et de ce point de vue, le contrat est plutôt bien rempli. Le duo Leroy James (guitares, programmations) / Mike Morton (chant, guitares, piano), à qui l’on doit la totalité des compositions (mais secondés pour leur exécution par trois autres musiciens officiant aux claviers, à la basse et la batterie, ainsi que par un invité intervenant brièvement au violon), n’est en effet jamais à court d’idées, et aurait même beaucoup de choses à dire. Paradoxalement, c’est presque d’un point de vue littéraire que cette prolixité s’exprime avec le plus de conviction et de créativité. Mike Morton, également parolier, a beau ne pas être un chanteur formidablement charismatique (ses interventions, sans être calamiteuses loin de là, manquent tout de même de relief), il nous gratifie néanmoins de textes profonds et uniformément inspirés, sur des thèmes aussi douloureux que la guerre («Awake And Dreaming») ou l’amour déçu («Fountains Of Ash»). La profonde sensibilité de ces paroles confère à la musique de The Gift une émotion souvent palpable, parfois assez proche – au moins sur la premier morceau, évoquant à demi-mots, mais avec peu de détours, le fourvoiement britannique en Irak – de la poésie protestataire d’un Roger Waters, en particulier sur quelques passages intimistes uniquement soutenus par quelques accords de piano ou de guitare.
Pour autant, tout est loin d’être parfait. Outre le chant déjà pointé du doigt, extrêmement présent du fait de la dimension conceptuelle des paroles, mais compensant tout de même en émotion ce qui lui manque légèrement en vigueur, on pointera du doigt une production relativement terne, ainsi que des choix sonores pas toujours très heureux (les claviers notamment, aux tonalités assez ‘cheap’ et manquant d’ampleur, et une guitare un brin trop acide, conférant aux compositions une résonance beaucoup trop uniforme sur la durée). Quant à la musique elle-même, d’obédience très classique, proche de l’esprit d’un Spock’s Beard par son souci de respecter des canons rock ouvertement ‘seventies’, celle-ci ne fait guère preuve d’originalité dans cet exercice, appliquant des recettes pragmatiques à défaut d’être intimement inspirées (alternance convenue de passages symphoniques tour à tour lyriques ou intimistes, et d’accélérations pêchues). Le constat est donc, au bout du compte, relativement mitigé, même si ce conséquent Awake & Dreaming, en dépit d’une ou deux longueurs, parvient à accrocher l’auditeur de bout en bout. Aussi frustrant que cela puisse être, The Gift s’avère être un groupe réellement sincère, doté d’une profonde personnalité littéraire, mais qui échoue au moins partiellement à se doter d’une finesse et d’une expressivité musicale à la mesure de cet univers.
Au demeurant, The Gift possède des qualités certaines, à savoir un goût très affirmé, et une cohérence à toute épreuve, qui, s’il parvient à les conserver tout en corrigeant les travers précédemment mentionnés, pourraient en faire un sérieux prétendant au titre de formation qui compte. A défaut d’être le pavé dans la mare qu’il aurait pu devenir, Awake & Dreaming n’en est pas moins une très belle carte de visite, que l’on prendra soin de ne pas archiver trop vite. Car si la démonstration que nous assène The Gift n’a pas la fulgurance de la virtuosité, elle a au moins le parfum de l’intelligence et de la sensibilité. Autrement dit, les seules valeurs sûres…
Olivier CRUCHAUDET
(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)


