BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. No Sign (7:19)
2. Algonquin (5:30)
3. Lost Along The Way (5:12)
4. Killarney Sunrise (4:42)
5. The Northwind (4:01)
6. Radiant Lake (4:41)
7. Carden Isle (3:44)
8. Wasteland (2:59)
9. Canoe Do It ? (5:27)
10. Last Portage (13:28)

FORMATION :

Jim Gilmour

(chant, claviers)

John Bianchini

(guitares)

Roger Banks

(batterie)

Christian Simpson

(batterie)

Corrina Tofani

(chant)

JIM GILMOUR

"Great Escape"

Canada - 2006

Progrock Records - 57:21

 

 

En attendant la sortie de Trust, la nouvelle réalisation studio de Saga, le claviériste du groupe nous propose une escapade en solitaire, la première depuis Instrumental Encounters au milieu des années 90. Jim Gilmour s'est pour l'occasion entouré de quelques musiciens, John Bianchini à la guitare (également co-producteur du disque), et deux batteurs plutôt volubiles, Christian Simpson et Roger Banks, sans oublier Corrina Tofani aux chœurs. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le résultat est pour le moins surprenant, aussi gouleyant que le livret est laid : Great Escape est en effet un disque bourré de claviers en tous genres, d'une énergie proprement renversante, qui s'éloigne des rivages plus calibrés de Saga pour se rapprocher des œuvres d'un Oliver Wakeman (qu'il surpasse clairement ici), d'un Erik Norlander, d'un Derek Sherinian ou d'un Jordan Rudess. Les dix compositions se répartissent très également entre morceaux totalement instrumentaux et chansons.

Pour ces dernières, on retrouve une veine mélodique proche du meilleur Saga, grâce à la voix très claire de Jim Gilmour, en particulier sur l'agréable «Lost Along The Way», le sympathique «Wasteland» ou le mélancolique «The Northwind», qui se rapproche du «Believe» de Network. Sur tous ces titres, néanmoins, des soli de claviers sont présents, et le long «No Sign» fait la liaison avec les titres totalement instrumentaux, de par ses larges séquences musicales très rythmées faisant la part belle, qui au piano, qui aux synthétiseurs aussi variés qu'impressionnants de vitalité et de virtuosité. Quant aux instrumentaux, leur richesse est tout simplement bluffante. «Algonquin» évoque ainsi Ars Nova ou Gerard avec ses multiples niveaux de claviers, sans parler des moult effets de sons qui en font une démonstration technique de première ampleur. Il en est de même de l'emphatique «Canoe Do It ?» et de ses interventions habitées de moog, d'orgue hammond et de piano, qui reste seul en scène au milieu du morceau pour une séquence puissante. «Killarney Sunrise» témoigne d'une atmosphère plus enjouée, avec un piano lumineux très présent complété par divers synthétiseurs, mais là aussi l'explosion mélodique est de rigueur... Il en est de même pour «Radiant Lake», qui se rapproche d'un jazz rock très dynamique, avec un piano doublé par un synthé prolixe en soli tout azimut.

Le jazz est d'ailleurs une des influences majeures du disque, comme en témoigne le piano extrêmement présent. On a même droit à une improvisation sur cet instrument, «Carden Isle», sur laquelle le musicien fait preuve d'une belle énergie sans jamais perdre l'auditeur en route. Quant au morceau éponyme, crédité de plus de treize minutes, il juxtapose en réalité une chanson de quasiment sept minutes très rock, aux arrangements sautillants, adoucie par les voix et, un peu plus d'une minute de silence plus tard, une délicate prestation de piano en solo, aux notes alternant entre touches très appuyées et d'autres plus légères, témoignage du feeling prononcé du claviériste. Great Escape est donc un album excellent, un des meilleurs dont pouvait accoucher un claviériste, sans ambiguïtés du niveau d'un Wakeman ou d'un Rudess, et que l'on recommandera à tous les amateurs de l'instrument !

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)