BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Now Arriving (2:00)
2. Time Marches On (10:36)
3. Lliusion (9:05)
4. The Way To Her Heart (4:43)
5. Felix The Cat (2:31)
6. Now Departing (1:05)
7. Perelandra (8:07)
8. Le Danse Final (5:18)
9. That Hideous Strength (3:54)
10. Enda The Lion (1:02)
11. Into The Night (4:40)
12. Heaven (8:37)

FORMATION :

Stephen DeArqe

(claviers, basse, chant)

Fred Schendel

(claviers, guitare, batterie, chant)

Walter Moore

(guitare, chant)

Michelle Young

(chant)

Milton Hamerick

(steel guitare)

Randy Burt

(saxophone)

Tracy Cloud

(chant)

David Carter

(guitare acoustique)

GLASS HAMMER

"Perelandra"

États-Unis - 1995

Arion Records - 61:55

 

 

Avec leur première œuvre commune, Journey Of The Dunadan (1993), Stephen DeArque et Fred Schendel avaient beaucoup fait parler d'eux. Cet album inaugurait, avec un inégal bonheur, l'actuel retour en grâce des concepts-albums boursouflés-meringués dont l'inénarrable Rick Wakeman s'était, il y a une vingtaine d'années, autoproclamé spécialiste.

Vous vous en rappelez peut-être (si, en bon lecteur de Big Bang, vous vous replongez régulièrement dans le riche passé de notre revue...), j'avais été assez réservé à l'égard de cette production car, malgré (ou à cause de) sa richesse de styles et d'atmosphères, Journey Of The Dunadan ne parvenait que difficilement à convaincre sur sa (considérable) longueur.

Je ne suis pas mégalomane au point de penser avoir été entendu par le duo, mais toujours est-il que, deux ans plus tard, Glass Hammer nous revient plein de bonnes résolutions avec ce Perelandra qui, s'il ne le voit pas se départir de sa tendance naturelle à l'éparpillement stylistique, ni corriger totalement les défauts formels de Journey..., constitue un notable progrès.

Pour simplifier, je dirais que deux tendances antagonistes (qu'il semble impossible d'attribuer spécifiquement à l'une ou l'autre des têtes pensantes) s'unissent, plus ou moins harmonieusement, dans les compositions de Glass Hammer : d'une part, une volonté d'accessibilité, qui s'exprime au travers de parties vocales fréquentes, avec des refrains accrocheurs (sorte de mélange des Yes de Drama et 90125); d'autre part, une ambition progressive clairement affirmée, lors de séquences instrumentales proprement époustouflantes, orchestrées par une luxuriante végétation claviéristique (sic) à la croisée du ELP de Tarkus (ou Trilogy) et du Camel de Moonmadness, saupoudré d'un peu d'A Triggering Myth pour la touche moderniste.

D'un point de vue purement musical, le bilan s'avère évidemment quelque peu mitigé (le positif l'emportant quand même assez largement), mais cet exercice d'arbitrage se révèle secondaire par rapport à la voie stylistique que Perelandra défriche et propose à d'autres d'emprunter avec lui. On pense en particulier à l'école néo-progressive, en mal de renouvellement depuis que les emprunts (affadis de surcroît) à Marillion et I.Q. ont été usés jusqu'à la corde. En puisant dans l'héritage le plus mémorable des grands des années 70 (l'excellence instrumentale, débarrassée de ses velléités démonstratives), Glass Hammer parvient à conférer à sa musique, assez conventionnelle à la base, une authentique dimension progressive.

On peut évidemment demander plus (de ce point de vue, le prochain album devrait, si l'on en croit le groupe, nous combler), mais cela constitue déjà en soi une belle réussite. A bon(s) entendeur(s), salut !

Aymeric LEROY

Entretien avec Stephen DeARQUE et Fred SCHENDEL :

Perelandra est sans aucun doute un album plus cohérent, et plus typiquement progressif que Journey Of The Dunadan. Qu'en pensez-vous ?

S.D. : Je crois simplement que le premier album était destiné à un public différent. Il a beaucoup plu aux amateurs de science-fiction et d'heroic fantasy. Nous avons donné plusieurs concerts dans des conventions comme la Dragon-Con d'Atlanta. Il faut savoir que nous ignorions tout du renouveau progressif à l'époque. Ce n'est que lors de la masterisation du CD, au Digital Domain de Bob Katz, que nous avons rencontré Ken Golden (le patron de Laser's Edge, ndlr), et que celui-ci, en entendant notre musique, a immédiatement réservé 500 exemplaires pour son service de VPC ! Alors, vu l'excellent accueil que le public progressif a réservé à Journey..., nous n'avons pas hésité, cette fois-ci, à donner clairement l'avantage à la dimension progressive de notre musique, par rapport au côté 'heroic fantasy'...

F.S. : Sur Journey..., nous expérimentions beaucoup. Je crois que Perelandra est un disque plus mûr, mais je peux vous dire que ce n'est rien en comparaison du prochain qui, à mon avis, sera un grand tournant pour Glass Hammer, notre Foxtrot ou notre Yes Album !

Il n'y avait pratiquement pas de guitares sur Journey.... Il y en a un peu plus sur Perelandra, mais les claviers dominent toujours nettement. Faut-il y voir une volonté de vous démarquer des autres groupes ?

S.D. : C'est surtout une revanche contre les guitaristes qui nous ont pourri la vie pendant des années ! Nous avons tous deux été claviéristes dans des groupes où la guitare était systématiquement en vedette. Pendant mes seize années de carrière de musicien professionnel, j'ai bien dû passer six mois, en temps cumulé, à écouter des guitaristes s'accorder, faire leur gammes, ou répéter leurs plans pour épater la galerie. C'est pourquoi nous avons utilisé très peu de guitare électrique sur Journey..., à l'exception d'un titre, "Morannon Gate", qui était d'ailleurs plus un clin d'œil qu'autre chose. Mais maintenant que la rancœur est passée (!), nous avons l'intention d'utiliser cet instrument de façon plus intensive...

Vous avez donné des concerts, ces dernières années, avec une vaste formation incluant notamment un vrai batteur. Pourquoi alors utiliser à nouveau les rythmes programmés sur Perelandra ?

F.S. : C'est essentiellement une question d'argent. Ce disque a été conçu sur une très longue période, à nos moments perdus. Nous possédons une batterie dans notre home-studio, mais faire en sorte qu'elle soit en permanence prête à servir pour des enregistrements coûterait énormément d'argent. Nous préférons utiliser celui-ci à des fins plus strictement musicales. Autre problème : Walter Moore, notre batteur de scène, qui joue de la guitare (!) sur l'album, est constamment en déplacement à travers le pays. Voilà. Ceci dit, je ne pense pas que l'utilisation de rythmes programmés soit toujours un pis-aller. Je pourrais parler longtemps de ce sujet, mais je me contenterai de dire que, sur certains morceaux, ils sont à mon avis plus adaptés qu'une batterie acoustique.

Pourquoi persévérez-vous dans l'autoproduction ? Avez-vous essayé de décrocher un contrat avec un label ?

S.D. : Nous avons tous les deux eu affaire à des grosses maisons de disques dans le passé, avant Glass Hammer. A un moment, j'étais dans un groupe de 'pop-metal', et nous avons signé un contrat pour trois albums et 750.000 dollars (!)... Un an plus tard, j'étais sans le sou, et le groupe avait sombré corps et biens. Ca m'a rendu méfiant... Quand je vois ce qui est arrivé à Echolyn, je pense que j'ai raison. Nous avons failli signer avec Magna Carta, mais après de longs mois à attendre une proposition concrète, celle-ci ne m'est pas paru avantageuse pour nous. L'autoproduction, sur mon propre label Lazeria Music, nous rapporte plus, en vendant 6000 exemplaires de Journey..., comme nous l'avons fait, qu'en vendant dix fois plus sur un gros label !...

Vos projets ?

S.D. : Nous avons pratiquement terminé notre troisième album, qui s'appellera On To Evermore et qui sortira dans le courant de l'année. Je peux d'ores et déjà vous dire qu'il y aura un morceau de 17 minutes... et de la vraie batterie ! Dans l'immédiat, nous nous préparons à reprendre les concerts. Nous allons participer à deux festivals progressifs américains, le Progscape en juin et le Progday en août...

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°15 - Printemps 1996)