
PISTES :
1. On To Evermore (7:00)
2. The Mayor Of Longview (5:26)
3. The Conflict (5:45)
4. Muse (1:06)
5. Arianna (16:41)
6. Only Red (5:18)
7. This Fading Age (5:13)
8. Junkyard Angel (8:58)
9. Twilight On Longview (5:47)
10. Epilogue (1:23)
FORMATION :
Fred Schendel
(chant, claviers, guitares, sitar, mandoline, flûte, batterie)
Steve Babb
(chant, claviers, basse, percussions)
Walter Moore
(chant, guitare, batterie)
David Carter
(chœurs, guitare)
GLASS HAMMER
"On To Evermore"
États-Unis - 1998
Lazeria Music - 62:54
Qu'on se le dise, les États-Unis sont en passe de devenir la nation vedette de notre mouvement. Qui plus est en arborant des étendards progressifs aux couleurs aussi divergentes que chatoyantes. Avis péremptoire que celui-ci, rétorquerez-vous peut-être avant d'avoir bien pris connaissance du sommaire de ce numéro de Big Bang. Cairo et Spock's Beard (et dans une moindre mesure Jeremy et Fonya) nous proposent bel et bien de nouveaux albums somptueux, qui assoient une légitime et haute réputation. Et ce n'est peut-être pas fini. Glass Hammer, porteur de vifs espoirs sur ses deux premières œuvres, nous donne enfin l'occasion de vérifier la teneur de ceux-ci...
Brève présentation : le groupe du Tennessee, emmené par Stephen DeArque (basse) et Fred Schendel (claviers et chant) mais dorénavant officiellement complété par Walter Moore (batterie) et David Carter (guitare), est le père d'une musique mariant une accessibilité typiquement américaine à une coloration progressive davantage britannique pour sa part. Si Journey Of The Dunadan (1993) avait montré des limites flagrantes du fait notamment de son approche 'heroic-fantasy' un peu balourde et de l'hégémonie vocale censée l'illustrer, son successeur, Perelandra (1995), sans vraiment modifier la formule, avait néanmoins apporté une plus grande liberté structurelle, reculant de fait les limites évoquées plus haut...
On To Evermore suscite donc aujourd'hui une vive excitation chez tous ceux qui voient dans son auteur un possible prétendant à l'excellence progressive. Ce nouveau jalon d'une encore brève discographie va certainement nous éclairer sur le potentiel créatif de Glass Hammer. Car, ne soyons surtout pas naïfs, le style musical de ces chers Américains ne peut supporter un manque d'inspiration sous peine de perdre l'essentiel de son pouvoir attractif. Ce troisième album doit donc nous apporter des réponses claires et convaincantes sur le potentiel de son auteur. Ce dernier est assurément à un tournant de sa carrière : soit convaincre définitivement de son talent l'ensemble du public progressif, soit tomber dans l'anonymat des formations n'ayant pas su vraiment saisir leur chance...
Neuf compositions (de 1:06 à 16:42) nous sont proposées afin de connaître la place de Glass Hammer dans la hiérarchie progressive. Dès les premières minutes, un premier constat s'impose : la mise en son est exceptionnelle, et confère un confort d'écoute assez prodigieux. Deuxième remarque : la formule évoquée tout à l'heure et faisant état de cette dichotomie entre accessibilité immédiate et profondeur musicale demeure ici aussi, mais avec une sorte d'évidence qui conduit l'auditeur à y adhérer rapidement. Ne cherchons pas plus loin, les écoutes suivantes viendront d'ailleurs le confirmer, On To Evermore a gagné en cohérence par rapport aux deux autres albums, et crée donc un ensemble en tout point attrayant.
Comment définir cet ensemble ? Peut-être en parlant de néo-progressif à l'américaine... Un néo-progressif, qui ne se complairait pas dans des recettes immuables, mais qui se plongerait avec délectation dans une quête de l'inspiration permanente. Les passages chantés ne sont ainsi plus de lourds boulets que les séquences chantées doivent se coltiner et tenter de faire oublier. Non, la réussite de On To Evermore réside dans l'interaction de ces deux éléments, sans que l'on soit porté à regretter la place trop importante de l'un ou de l'autre. Le côté 'chanson' auquel certains d'entre vous peuvent être légitimement allergiques dans un contexte progressif, devient ici un élément constitutif essentiel car fondateur de cette musique originale. Et si l'on parle d'originalité, ce n'est pas dans l'emprunt des différents éléments stylistiques, mais dans cette illustration conceptuelle empreinte d'évidence et de plaisir.
On To Evermore est un album qu'il ne faut pas écouter en cherchant prioritairement la performance technique ou une grande sophistication instrumentale; il nous donne par contre l'assurance de nous repaître d'une musique authentique, à visage humain et d'une grande inspiration mélodique... Ah, cette fameuse mélodie qui s'avère essentielle notamment quand une formation a choisi la voie de la séduction immédiate. Ici, elle est donc constamment présente et sous une forme des plus séduisantes. Tant dans les parties vocales que lors des passages instrumentaux (qui s'enchaînent d'ailleurs sans heurts), la beauté des thèmes se retrouve en première ligne dans notre appréciation.
Et si 'simplicité' est un terme intéressant pour définir la musique de On To Evermore, sachez qu'il ne doit en aucun cas être remplacé par 'simplisme'. C'est un fait important à noter ici, au terme de cette chronique, afin de ne pas vous écarter de cette œuvre. Celle-ci possède bel et bien un souffle épique et typiquement progressif, à l'instar des compositions les plus ambitieuses du Camel de la fin des années 70, groupe ayant visiblement de nombreux points communs avec nos chers américains.
La chose est donc acquise : Glass Hammer n'est pas rentré dans le rang, bien au contraire, et peut désormais revendiquer sa place parmi les groupes les plus talentueux du mouvement progressif... Néanmoins, le plus dur reste peut-être encore à faire... Car, chacun sait que le talent d'un artiste se mesure aussi et surtout dans sa capacité à se maintenir au plus haut niveau d'inspiration... Trop de groupes se sont cassé les dents sur cette dure réalité pour ne pas envisager l'avenir avec réserve, mais confiance...
Olivier PELLETANT
Entretien avec Steve BABB :
La qualité la plus évidente de On To Evermore est son unité. Comme vos deux précédents albums, il s'agit d'une oeuvre conceptuelle, mais qui fonctionne davantage comme un tout. Avez-vous fait des efforts particuliers dans ce sens ?
Au début pas du tout. Au contraire même : nous étions partis avec l'idée de faire un albums de chansons indépendantes les unes des autres. Mais plus nous avancions, plus nous avons trouvé qu'un thème général émergeait. Rien de définitif cependant jusqu'à la fin de l'enregistrement proprement dit. Nous avons alors réfléchi à l'ordre des morceaux, à la façon de les mixer, et tout cela. Ensuite, notre ancien producteur exécutif, Horashio, est intervenu. Il est difficile pour nous d'être encore objectif à ce stade, quand on a entendu tellement de fois les morceaux. Horashio a suggéré certains changements qui ont finalement permis à l'album de prendre tout son sens en tant que concept. Donc, pour répondre à votre question, l'aspect conceptuel n'était pas important au début, puis il est devenu le facteur prédominant !
Peux-tu résumer brièvement le concept de On To Evermore ? S'agit-il, comme on pourrait le penser en lisant les notes de pochette, de la suite de Perelandra ?
C'est là que nous devenons prétentieux (rires) ! Disons que l'Evermore est un peu ce qu'était la Terre du Milieu chez Tolkien, Narnia pour Lewis ou Kadath pour Lovecraft. Perelandra n'était pas adapté directement du livre de Lewis, bien qu'étant inspiré de son œuvre. On To Evermore tente de donner davantage de réalité et de vraisemblance au cadre dans lequel se déroulait Perelandra. Il ne s'agit donc pas à proprement parler d'une suite, mais plutôt d'un regard plus approfondi sur certains événements qui se déroulaient dans l'Evermore en arrière-plan de Perelandra. L'album a été sous-titré «L'Histoire d'Arianna et du Sculpteur». Il s'agit d'une histoire de tentation, de solitude et d'amour. Elle parle d'un sculpteur solitaire qui crée une statue et fait appel au sorcier Lliusion pour leur donner vie. Mais le résultat le déçoit. Et, contrairement à ce qu'il arrivait à Perelandra dans l'album du même nom, cela ne se termine pas très bien pour lui...
Depuis Perelandra, Glass Hammer est devenu un vrai groupe avec l'arrivée de David Carter et Walter Moore. Quelle est leur implication réelle dans les compositions, désormais créditées collectivement, et comment ce changement de configuration a-t-il influé sur la réalisation de l'album ?
Je dois dire à ce sujet que j'estime être le musicien de rock le plus chanceux et heureux que je connaisse. Les trois musiciens qui font partie de Glass Hammer avec moi sont parmi les personnes les plus talentueuses qu'il m'ait été donné de rencontrer. Fred [Schendel] est selon moi le meilleur claviériste apparu sur la scène progressive au cours des dix dernières années. Walter est quelqu'un avec qui il est très facile de travailler, du fait de ses talents multiples, et sa voix colle parfaitement avec la musique que nous écrivons. David Carter est à la guitare ce que Fred est aux claviers. Comme vous le savez, cela fait près de vingt ans que nous jouons ensemble, entre Wyzards et Glass Hammer.
Au niveau de l'écriture, On To Evermore est toujours dominé par Fred et moi. Quand nous avons commencé à travailler sur cet album, David était à Nashville et Walter à Knoxville. Il était plus pratique de composer à deux, mais l'album n'aurait jamais été ce qu'il est sans leur contribution à tous les deux pendant l'enregistrement.
On To Evermore apparaît comme un tentative de mélange, réussi nous semble-t-il, entre rock progressif et pop. Cela se fait sans doute au détriment des envolées instrumentales les plus typiquement progressives, mais le résultat est beaucoup plus cohérent..
J'ai un peu de mal avec le mot «pop». C'est un mot qui effraie beaucoup les amateurs et critiques de rock progressif américains, car ça peut laisser supposer que cette musique peut également être appréciée du reste du monde, et non réservée à notre petite élite d'amateurs éclairés (sourire)... Mais je dois aussi avouer que quand on dit «pop», je pense à Céline Dion ou Mariah Carey. Je ne pense pas que Glass Hammer, avec ses morceaux de 16 minute et ses concepts prétentieux, ses minimoogs et ses mellotrons, sera jamais considéré 'pop' au sens actuel du terme, du moins en Amérique.
Pour ce qui est de la cohérence, le hasard a joué un rôle non négligeable. Nous avons essayé d'échapper à l'approche 'concept-album' en changeant l'ordre des morceaux, mais à chaque fois nous nous rendions compte que l'ensemble ne «coulait» pas bien. «The Mayor Of Longview» était à l'origine vers la fin de l'album : il était qu'il n'y était pas à sa place. Quand nous avons décidé de le mettre vers le début, tout s'est mis en place naturellement. L'ordre des morceaux a vraiment autant d'influence que le mixage ou le mastering dans l'effet qu'a un disque sur l'auditeur...
On pouvait déceler dans Perelandra l'influence de groupes comme ELP, Yes ou Camel. Sur On To Evermore, c'est surtout celle de ce dernier que l'on ressent, par exemple sur l'instrumental qui clôt l'album, «Twilight On Longview»...
Le ELP des débuts, Genesis, Rush, Yes et Camel sont nos influences communes. Camel est plus particulièrement ma tasse de thé, et comme j'ai composé «Twilight...» j'imagine que cela s'entend. Ce n'était pas voulu, mais je vois ce que vous voulez dire. Il y a ce côté rêveur, planant... Ceci dit, même sur nos précédents albums, nous n'avons jamais consciemment cloné ELP ou Yes, même s'il était parfois facile de deviner ce que nous avions écouté étant jeunes. Avec «On To Evermore», nous avons plus que jamais essayé de créer notre propre son, à partir d'une grande variété de styles.
Pendant la longue gestation de On To Evermore - qui, rappelons-le, fut d'abord annoncé pour la fin 1996 -, avez-vous déjà commencé à composer la matière d'un prochain album ? Quels sont vos projets pour les mois à venir ?
Certains morceaux de On To Evermore étaient déjà commencés avant même la sortie de Perelandra. Ça remonte donc à loin ! Mais depuis ce moment, Fred et moi avons produit une bonne quinzaine d'albums pour d'autres artistes. Il nous faut payer les factures ! Notre studio est réservé de six à sept jours par semaine, une quinzaine d'heures par jour. Nous nous occupons de toutes sortes de choses, aussi bien du mixage ou de la masterisation que de travaux de commande. Nous avons signé un contrat pour collaborer à plusieurs films importants dans l'année à venir. Et puis il y a d'autres facteurs de retard. L'année dernière, nous avons perdu beaucoup de temps en contacts infructueux avec une "major' qui s'intéressait à nous. Nous savons bien que ça ne déboucherait en définitive sur rien, mais nous avons accepté de jouer le jeu. On ne sait jamais !
Dans le futur immédiat, nous allons mettre en chantier un nouvel album de Wyzards au printemps, et nous allons sans doute travailler sur le second CD de Somnambulist. Nous pensons donner quelques concerts avec 'TMA-2', notre projet techno/électronique. Glass Hammer doit jouer sur scène avec un orchestre symphonique et un chœur à l'automne 1998 dans une salle d'opéra locale. Nous espérons aussi venir en Europe pour une petite tournée. Mais nous verrons - tellement de groupes, et si peu de temps ! 1998 devrait être une année intéressante pour Glass Hammer, et que On To Evermore soit bien reçu ou non, nous ne relâcherons pas nos efforts en ce sens !
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°24 - Janvier-Février 1998)

