
PISTES :
1. Master Builder (6:08)
2. Chandra (6:31)
3. Aftaglid (16:37)
4. Cat In Clark's Shoes (9:03)
5. Wingful Of Eyes (7:41)
6. The Salmon Song (11:10)
7. Isle Of Everywhere (12:51)
8. Shamal (8:35)
FORMATION :
Steve Hillage
(guitare, chant)
Mike Howlett
(basse, chant)
Patrice Lemoine
(claviers)
Didier Malherbe
(saxophone, flûte)
Pierre Moerlen
(batterie)
Miquette Giraudy
(chant)
Jorge Pinchevesky
(violon)
Mireille Bauer
(marimba, percussions, glockenspiel)
GONG
"Live In Sherwood Forest '75"
International - 2005
Major League Productions - 78:37
Au milieu d'une flopée de ressorties et autres resucées enregistrées en public et opportunistes en diable, on arrive à régulièrement trouver la perle rare, le document, le «chaînon manquant» qui explique l'évolution d'un groupe majeur de notre mouvement. Live In Sherwood Forest en fait indubitablement partie. Jugez plutôt : à la fin de la trilogie Radio Gnome et pour des raisons qui leur sont propres (mais pas forcément en bons termes avec tout le monde...), les parents fondateurs Gilli Smith et Daevid Allen quittent Gong. Il se passera presque deux années avant que l'on retrouve le groupe, largement remanié, formellement et fondamentalement, avec l'album Shamal. Pourtant, tout n'a pas été calme durant ce lapse de temps, Steve Hillage a sorti sa première œuvre solo (Fish Rising, sa meilleure) avec la majeure partie du casting de You (Smith et Allen en moins évidemment). Une œuvre tout à fait originale et recommandable, donc, qui finit d'imposer Hillage comme un nouveau leader potentiel de Gong. La suite nous apprendra qu'il n'en fut rien mais l'essai fut néanmoins tenté lors d'une tournée anglaise d'une douzaine de dates, dont une soirée à Nottingham, retranscrite sur disque ici.
Entre autres opportunités, cet enregistrement va donc nous permettre de découvrir des extraits de You expurgés de ses délires mystico-humoristiques, des titres de l'album Shamal à venir bénéficiant de la présence de Hillage et Giraudy et des morceaux de Fish Rising interprétés par un groupe enfin concentré sur son incommensurable potentiel technique. Vaste programme, n'est-ce pas ?
Ce simple exposé des faits doit déjà rendre cet enregistrement indispensable à tout fan de Gong et de Steve Hillage qui se respecte. Pour le reste, creusons un tant soit peu cette œuvre. Au chapitre des découvertes, on sera pour le moins impressionné par la puissance de jeu de Mike Howlett. On connaissait le bassiste appliqué et au rôle d'implacable métronome mais là, aidé par une prise de son (plus que correcte) qui le propulse en avant, il fait montre de son côté le plus dévastateur, sur les deux titres d'Hillage solo notamment, "Aftaglid" et "Salmon Song". Remarquons que c'est déjà lui qui tient le chant sur les futurs morceaux de Shamal.
On appréciera également la prestation aux claviers de Patrice Lemoine, un peu effacé dans son rôle de "sorcier des synthés", il demeure par contre tout à fait à l'aise dans les sons d'orgue trafiqué à la Dave Stewart, sur "Chandra" surtout.
Inutile de rappeler tout le bien que l'on pense d'un batteur comme le regretté Pierre Moerlen, et de Didier Malherbe, présent ici, quasi exclusivement aux saxophones. Quant à Mireille Bauer, elle se fait surtout entendre - et de la plus belle des manières - sur les extraits de Shamal.
Restent deux titres de You, parmi les meilleurs, "Master Builder" et "Isle Of Everywhere", menés de main de maître par Steve Hillage, ils se voient parés d'une connotation plus sérieuse et appliquée qui affirme leur statut d'exemples ultimes de space fusion.
"Isle Of Everywhere" sous les coups de butoir de la basse de Mike Howlett se rapproche même du prog funky qui sera cher à Hillage par la suite, sur Motivation Radio, par exemple. C'est également le cas de "Shamal", dans une version assez éloignée de celle qu'il adoptera par la suite, ce morceau est dominé de bout en bout par la guitare rythmique et funk de Hillage, une curiosité. De même, c'est sur ce titre qu'intervient le violoniste argentin Jorge Pinchevesky. Il jouait avec Clearlight, alors en première partie du concert. Il sera présent en studio pour l'enregistrement de Shamal, l'album. Ce présent live lui est d'ailleurs dédié, ce dernier ayant perdu la vie suite à un accident de bicyclette en Argentine en 2004.
Quant à "Aftaglid" et "Salmon Song", si le premier sort grandit de l'expérience live, avec, on l'a dit, la basse maousse de Howlett, un chant moins envahissant et un Didier Malherbe des grands soirs, le second, pourtant le meilleur titre de Fish Rising, déçoit quelque peu, son final dévastateur en studio étant ici remplacé par un jam sans réelle saveur.
Le seul petit bémol, en somme, d'un album live que l'on attendait pas (plus) mais qui s'impose, comme dit précédemment, tel un témoignage unique d'une période transitoire d'un grand groupe, leader incontestable d'un genre à part.
Fabien CLAIR
(chronique parue dans Big Bang n°59 - Octobre 2005)

