
PISTES :
1. 354 (5:54)
2. Icosahedron (3:12)
3. Island (12:58)
4. Gliese 581g (5:53)
5. Waves (2:55)
6. Geosignal (2:22)
7. Soterargartan 1 (12:51)
FORMATION :
Einar Baldursson
(guitares)
David Lundberg
(claviers)
Alexander Skepp
(batterie, percussions)
Gabriel Hermansson
(basse)
MUSICIENS ADDITIONNELS
Mattias Olsson
(sons divers)
Fredrik Carlzon
(cor, trompette)
Cecilia Linne
(violoncelle)
Leo Svensson
(scie musicale)
Ulf Akerstedt
(tuba basse, trompette basse, harmonica basse)
EXTRAITS AUDIO :
GÖSTA BERLINGS SAGA
"Glue Works"
Suède - 2011
Cineiform - 46:05
Depuis 2004, année de sa formation, Gösta Berlings Saga négocie habilement chacune de ses étapes discographiques parvenant, publication après publication, à peaufiner son identité musicale, à parfaire sa production et à se faire connaître du plus grand nombre au sein du landerneau progressif. Glue Works est l'occasion de franchir une étape décisive dans cette entreprise de quête de soi et des autres : la signature de Gösta Berlings Saga sur le label américain référentiel Cuneiform ainsi que le concours, derrière la console, de Mattias Olsson (batteur d'Änglagård et, plus furtivement, de White Willow) devrait assurer au groupe suédois un nombre croissant de potentiels auditeurs au sein de notre microcosme. à moins que la musique de Glue Works ne trouve qu'un écho limité auprès des amateurs de rock progressif du fait même de la tournure prise par la musique du groupe sur ce troisième album.
Glue Works en effet, et là réside l'évolution la plus significative par rapport au précédent opus, Detta Har Hant (2009), fait montre d'un caractère progressif moins orthodoxe, plus marginal qu'autrefois ou en tout cas d'un attachement plus formel que véritablement structurel aux valeurs traditionnelles qui président à notre genre de prédilection.
Si la durée de certaines compositions (deux tutoient les treize minutes) et plus encore le recours à un arsenal clavieristique fortement typé 70's (Mellotron, Minimoog, vibraphone) renvoient inévitablement aux précédents albums de Gösta, la dimension post-rock de sa musique (présente dans le vocabulaire du groupe depuis ses débuts) a clairement (temporairement ?) eu raison de la plupart des inclinations progressives du combo de Stockholm, inclinations souvent rèduites ici à l'ètat de velléités.
Les boucles mélodiques macabres à la Goblin qui émaillent une bonne partie du disque (sur "354", "Islands" et "Geosignal") disent déjà l'obsession du cycle, de la répétition jusqu'à l'ivresse de motifs assénés avec un furieux entêtement. Ereintants de ce point de vue sont les coups de boutoir d'une section rythmique à trois têtes (basse, batterie et guitare) que le recours sporadique à quelques vents et cordes (sensés enrichir le dispositif rock) ne vient que partiellement amadouer. Si de progressif il peut être question dans un album aussi marqué par son désir d'emboîter le pas à des formations comme Sigur Ros, Mogwaï ou Godspeed You! Black Emperor, c'est à la mode krautrock, une esthétique d'ailleurs clairement assumée par les icônes post-rock sus-cités.
Moins progressif donc, mais certainement pas moins ambitieux et surtout plus homogène que ses devanciers, Glue Works souffre en fait d'une critique attachée à la nature mème d'un post-rock plutôt hostile aux contrastes, privilégiant l'hypnose et le terrassement gradué dans sa manière de jouer avec notre adrénaline. Dans ses meilleurs moments (le titre inaugural, la suite "Islands" et "Waves"), l'album n'est toutefois pas loin d'égaler la qualité d'un classique comme le Stand By de Heldon. C'est dire si cet entre-deux du rock progressif stricto-sensu et du krautrock, quelle que soit la part dévolue à l'un ou l'autre de ces deux styles cousins, est encore pleinement d'actualité. Après des décennies de ringardisation du rock progressif par la critique rock officielle, il y a désormais tout lieu de se réjouir de l'air du temps qui souffle si naturellement dans ce nouvel album de Gösta Berlings Saga.
Olivier DAVENAS
(chronique parue dans Big Bang n°80 - Juillet 2011)


