BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Window To The Soul pochette

PISTES :

1. Window To The Soul (06:57)
2. New Jerusalem (08:21)
3. Heaven Can Wait (08:03)
4. Written On The Wind (06:54)
5. I Believe In Yesterday (07:15)
6. The Objector (06:19)
7. All My Life (05:28)
8. Gold (05:01)
9. Since You've Been Gone (04:55)
10. Taken Dreams (04:56)

FORMATION :

John Payne

(chant, basse)

Jay Schellen

(batterie)

Guthrie Govan

(guitare)

Ryo Okumoto

(claviers)

GPS

"Window To The Soul"

Royaume-Uni - 2006

InsideOut - 64:20

 

 

Feuilleton d'Asia, suite et fin (provisoire - pour un rappel des épisodes précédents, consulter la rétrospective de notre n°39) : après leur éviction du groupe, revenu à son line up originel autour de Geoff Downes, John Payne, bassiste et chanteur, Guthrie Govan, guitariste, et Jay Schellen, dernier batteur en date, ont décidé de former un nouveau groupe, nommé GPS à partir de leurs trois initiales. Avec un nouveau clavier en la personne de Ryo Okumoto, titulaire du poste au sein de Spock's Beard, et une signature chez InsideOut, tout semblait partir avec de bons présages. Il n'aura d'ailleurs fallu que quelques mois aux quatre musiciens pour mettre en boîte ce premier album, pour lequel certaines compositions écrites au départ pour Asia ont sans doute été réutilisées.

D'Asia, justement, on retrouve une production similaire, très percutante, et surtout des chansons aux textes proches de ceux de Silent Nation (voir le n°55), toujours efficaces, à défaut d'être vraiment très originales (certains thèmes vocaux ont en effet un air de déjà entendu, à l'instar de «Heaven Can Wait» ou «Gold»). Il faut dire qu'en quinze ans au sein d'Asia, John Payne a eu le temps de peaufiner son talent de song-writer. Son chant sincère est d'ailleurs facilement identifiable, même s'il insiste ici sur ses aspects les plus rauques, peut-être pour se différencier de son propos plus coulant dans Asia; le résultat n'est cependant que moyennement convaincant, malgré une épaisseur vocale conséquente sur les refrains.

Toutefois, sans préjuger du résultat que donnera le nouvel ancien Asia, ce Window To The Soul se révèle plus progressif que les derniers albums du groupe, du fait de séquences instrumentales souvent copieuses et riches en soli (les durées dépassent majoritairement les six minutes). Ryo Okumoto a de surcroît tendance à se lâcher plus ici que sur les derniers Spock's Beard, un comble ! Même les morceaux à tendance ballade, comme «Written On The Wind» et sa première partie acoustique, proposent des soli de guitare emplis de feeling, aux accents presque bluesy. On savait déjà, depuis le DVD Asia in America en particulier (voir le Big Bang n°51), que Guthrie Govan avait cette flamboyance qui n'appartient qu'aux grands, mais là, la confirmation devient apothéose, d'autant que les guitares sont plus mises en avant qu'avec Asia, certains passages se rapprochant du hard-prog le plus lyrique (sur «Heaven Can Wait», par exemple).

A ce titre, les meilleurs morceaux sont sans doute les deux premiers, l'éponyme grâce à une série de très bons soli de guitare wah wah et de clavier planant à souhait, et «New Jerusalem», le plus convaincant de l'album, du fait d'un refrain à deux niveaux d'une redoutable efficacité et là encore de soli prenants. «The Objecter», pour sa part, avec son riff à la Blackmore et ses légers arrangements de percussions, propose un sympathique duel entre la guitare électrique et le moog (un peu d'orgue hammond est également utilisé), et «Taken Dreams» conclut avec brio l'album. En fait, la batterie est le seul instrument à délivrer une prestation un peu plus décevante car trop binaire dans l'ensemble, en dépit d'efforts de jeu relativement subtils, la basse étant globalement plus inventive mais de manière inégale selon les morceaux (mention spéciale à «New Jerusalem» à nouveau).

Seuls des titres comme «I Believe In Yesterday», malgré ses arrangements de piano, «Gold» ou «All My Life», voire «Since You've Been Gone», sont partiellement plus légers, les seuls soli y étant resserrés, mais ils n'amoindrissent pas la qualité générale du disque. Ce mélange plutôt réussi entre chansons FM et musique plus progressive est en tous les cas une agréable surprise, et on suivra avec intérêt la suite des aventures de cette dissidence d'Asia.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)