
PISTES :
1. Silence (3:00)
2. Ambush (6:08)
3. The Flute And The Knight (7:01)
4. Interspace (1:53)
5. The Drifting Sailer (11:57)
6. The Right Light Of The Star (6:33)
7. Twin Towers (4:15)
8. Convoyager (10:26)
9. Silence At Once (2:20)
FORMATION :
Giulio Cataldo
(claviers, chant)
Giancarto "Gnic" Apice
(guitares)
Gabriela "Ela" Rotoli
(basse)
Salvatore Parrell
(batterie, percussions)
Marco Bifani
(saxophone, clarinette, waja)
Luca Sepe
(chant [6,7,8])
EXTRAITS AUDIO :
GRIMALKIN
"The Drifting Sailer"
Italie - 1996
Lizard / Pick Up - 53:32
Qui se souvient de Grimalkin ? Personne, très certainement... Et pourtant, cette formation transalpine avait fait parler d'elle au début de cette décennie en publiant une cassette (vraiment prometteuse, même si ce terme est aujourd'hui largement galvaudé), que nous avions fini par croire sans lendemain.
Les années ont donc passé, et Grimalkin s'offre enfin à nous paré d'un habit digital qui, force est de le constater, lui confère un charme fou... Tel un prétendant se présentant devant sa promise, le quintette napolitain a longtemps et vainement attendu le bon moment, c'est-à-dire celui qui devait lui permettre de trouver un interprète de qualité. Mais du chanteur idoine, Grimalkin point ne fit la rencontre... Le rôle que le présent claviériste pensait ne jouer que temporairement lui fut alors assigné de manière durable.
Si je vous dis que Giulio Cataldo (c'est son nom) est bien plus attrayant derrière ses claviers que derrière un micro, il y a toutes les chances qu'il ne m'en tienne pas rigueur... Le groupe a d'ailleurs parfaitement compris qu'il ne fallait pas tenter le diable, et a donc intelligemment pris le parti d'exploiter ses qualités plutôt que de tenter maladroitement de masquer ses limites. Les dites qualités, vous l'avez saisi, sont d'ordre instrumentales, ce qui conduit logiquement à faire de The Drifting Sailer une œuvre très peu chantée...
On recense ainsi trois morceaux totalement dénués de texte sur les neuf (de 1:53 à 11:57) que contient cet album, tandis que les six restants renferment presque autant de paroles que l'on trouve de cheveux sur le crâne de John Jowitt... Quid alors de la musique ? Grimalkin est à l'origine d'un art progressif dont le premier attrait n'est certainement pas l'originalité. Et pourtant, comme je le laissais entendre plus haut, le charme opère plus que de raison. D'un point de vue stylistique, The Drifting Sailer se situe résolument au coeur du genre symphonique, que je serais même tenté dans le cas présent d'appeler "néo-progressif à l'italienne"... Tout ici repose sur des ambiances tout à la fois ouatées et enlevées, honorant le règne absolu de la mélodie.
Bien que notre ami claviériste en soit le principal compositeur, le présent album est gouverné par le lyrisme du guitariste Giancarlo Apice. Son phrasé est une espèce de clonage (nous sommes en plein dans l'actualité, dites donc...) entre ceux de Nick Barrett et de Andy Latimer, ce qui ne manque de rapprocher assez souvent Grimalkin de Pendragon et Camel. Ces références doivent vous paraître bien banales, mais sont bel et bien les plus à même de vous faire comprendre globalement quel visage peut avoir Grimalkin. Pour être complet sur la description générale de ce charmant faciès, je me dois de vous préciser (désolé, ce constat est encore des plus communs...) que The Drifting Sailer véhicule, bien que ses sources inspiratrices soient anglaises, de fortes colorations italiennes. Un art progressif des plus typiques, n'est-ce pas ?!?...
En résumé, s'il est clair que Grimalkin ne fait preuve que de bien peu de hardiesse, sa capacité à offrir une musique enthousiasmante (paradoxe ?) ne souffre d'aucune contestation. Repaissons nous donc pleinement de cette délicieuse mise en bouche, avant de penser au reste du repas qui s'annonce succulent...
Olivier PELLETANT
Entretien avec Gabriela 'Ela' ROTOLI & Giulio CATALDO :
Parlez-nous des principales étapes de la carrière de Grimalkin...
G : Grimalkin a été fondé par Ela et moi en 1988, il y a déjà bien longtemps. C'était la continuation de notre précédent groupe, Gaelic. A cette époque, j'avais beaucoup d'idées pour la musique que vous écoutez maintenant, mais pas pour l'instrumentation et les musiciens pour les jouer. Nous avons donc changé de nom et de guitariste. Le guitariste actuel, Giancarlo "Gnic" Apice est exactement le musicien que je cherchais pour jouer les lignes de guitare que j'avais en tête. Mais il a fait preuve d'un tel enthousiasme qu'ensemble nous avons créé, en quelques répétitions seulement, de nouvelles parties entrelacées avec les claviers et des mélodies à la basse. En 1990, nous avons commencé à jouer sur scène, notamment dans des universités "occupées" lors des mouvements étudiants. Nous avons continué à jouer de temps en temps dans des "pubs" de Naples... Nous avons pu constater alors combien il était difficile de proposer un "voyage" mental à des buveurs de bière et autres consommateurs de sandwiches, sans jouer la moindre reprise...
E : Mais ce n'est pas grave. La musique, c'est essayer de communiquer des émotions, et si seules 2 ou 3 personnes parmi 100 les ressentent, c'est déjà quelque chose de magnifique !
G : Nous avons commencé à nous faire un nom sur la scène progressive italienne, mais malgré près de 60 concerts, nous étions toujours quasiment inconnus à Naples ! Notre discographie est plutôt réduite. Nous avons enregistré une démo ("Wayside Planet Inn"), dont nous ne sommes pas vraiment satisfaits, c'était juste pour pouvoir déposer nos compositions à la SIAE [ndlr : équivalent italien de la SACEM], mais des gens nous ont demandé des copies alors elle s'est mise à circuler... Le CD The Drifting Sailer est notre première réalisation. Autrement, nous avons quelques vidéos sympa de nos principaux concerts.
Pourquoi ce nom ?
G : Grimalkin signifie, en vieil Anglais, "vieille mégère", "vieille bonne femme". Lorsque nous jouons sur scène, nous aimons imaginer cette étrange femme racontant au coin du feu des histoires aux enfants.
Votre musique est presqu'entièrement instrumentale. Pourquoi ?
G : La musique est l'une des formes d'art les plus directes, l'une des plus profondes et intimes également. Chaque son, chaque rythme, chaque bruit etc. est une couleur dans le canevas de nos sensations. De ce point de vue, il est dénué de sens de vouloir à tout prix cadrer une idée musicale à un format prédéterminé. Il faut se fier au sens du son, c'est l'ADN de la création...
Guido, tu composes quasiment toute la musique, pourtant c'est la guitare qui domine dans votre son. Pourquoi ?
G : Je ne suis pas vraiment d'accord. La guitare est simplement le son qui est le mieux capté par vos oreilles. L'oreille humaine est ainsi faite qu'elle entend mieux les sons de fréquence moyenne, comme la voix, le violon, la guitare... C'est pourquoi on leur fait interpréter les mélodies, et que les autres instruments sont utilisés pour les harmonies et le rythme. Ça ne les rend pas pour autant moins importants.
Comment définiriez-vous votre musique ? Quelles sont vos influences ? J'y verrais pour ma part Camel et Pendragon...
G : Chacun peut interpréter notre musique à sa manière, notamment en ce qui concerne d'éventuelles influences. Notre esprit a tendance à fonctionner à base d'analogies pour "compresser" les sensations qu'il reçoit et les passer au filtre de sa culture et de son expérience. Ceci dit, la musique que nous écoutons comporte beaucoup de compositeurs classiques, et des groupes comme Yes, Gentle Giant, Pink Floyd, Cardiacs, Noa, Vollenweider, Peter Gabriel... Nous ne connaissons pas la musique de Pendragon.
E : J'écoute tout ce qui me procure de l'émotion, j'aime les groupes que Guido a cité, plus le heavy-metal que j'écoutais beaucoup à l'origine. Moi non plus, je n'ai jamais écouté Pendragon, mais par contre j'aime beaucoup Camel !
Quelles sont les couleurs de la scène musicale napolitaine ?
G : C'est un "melting-pot" de tendances, dont certaines sont intéressantes et d'autres pas. Nous avons certains des meilleurs musiciens d'Italie, mais personne n'en est conscient car ils partent tous travailler dans le Nord, là où se trouve le "business" de la musique et où celle-ci n'est pas considérée comme une perte de temps...
Parlez-nous du concept de The Drifting Sailer, et notamment de la pochette et des pages centrales du livret...
G : Le sens est contenu dans les quelques mots qui figurent au début du livret. Le reste est un voyage entre le silence du début de la vie, le développement, l'exploration, la mort et la recherche d'autres endroits dans l'espace où vivre... Au milieu du livret il y a le rapport d'un satellite envoyé par l'homme explorer la surface de Vénus, découvrant une énorme forme de vie extraterrestre. L'interprétation des données laisse à penser qu'il s'agit d'une "voile" propulsée par l'énergie solaire et un convecteur de plasma naturel [ndlr : ?]. Les diagrammes et la formule sont le lien entre l'accélération de la voile solaire en fonction de la dimension, de la magnitude et de la classe de l'étoile.
Pourquoi s'est-il écoulé tant de temps entre l'enregistrement de l'album et sa sortie ?
G : Vous savez, nous vivons à Naples. C'est une chance d'un côté car nous avons beaucoup de temps pour travailler sur nos projets, mais aussi moins d'opportunités de les développer. Nos efforts doivent être surhumains pour la moindre chose, en apparence facile, comme l'enregistrement et la production d'un album comme celui-ci.
Pour finir, quels sont vos projets ?
G : J'ai un projet personnel de musique new-age dont j'aimerais tirer un spectacle multimédia, avec des sons "holophoniques" qu'Ela et moi sommes en train d'enregistrer. Nous réfléchissons également au contenu du futur second album, qui sera sans doute plus "les pieds sur terre", à l'image de Naples, avec quelques influences de musique folklorique napolitaine.
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°19 - Mars/Avril 1997)


