BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. H2O (10:56)
a) l'eco dell'universo
b) la nascita dell'acqua
c) suono e idea
2. Lo Specchio (8:14)
3. Metareus (9:55)
4. Il Cimitero Degli Elefanti (19:25)
a) la ricerca
b) il cimitero
c) la fuga
d) la consapevolezza

FORMATION :

Claudio Andreotti

(basse)

Rocco Malaguzzi

(guitare, chant)

Luca Prandi

(claviers, chant)

INVITÉS

Lino Prencipe
(batterie)

Annalisa Fumagalli
(chant)

H2O

"UnoPuntoSei"

Italie - 1997

Kaliphonia - 48:27

 

 

L'histoire de H2O est typique des formations progressives ayant vu le jour dans la seconde moitié des années 70. L'attention médiatique envers notre genre musical se faisant de moins en moins substantielle, annihilant de fait tout espoir de contrat, il était logique que la motivation décline...

L'aventure, entamée en 1976, aurait donc du s'arrêter là, mais H2O se fit un devoir de conserver intact son enthousiasme. Un intense travail de composition débuta alors, avant que le groupe ne décide de se consacrer, pendant la majeure partie de la décennie suivante, à ses seules prestations scéniques. Puis, à la fin des années 80, l'activité du groupe se fait déclinante pour cesser totalement pendant quelques années...

C'est en 1992, date de la rencontre du guitariste Rocco Malaguzzi et de Raoul Caprio (leader du label Kaliphonia), que la carrière de H2O redémarre vraiment. Caprio découvre alors une cassette vieille de près de quinze ans et tombe sous le charme de la musique qu'elle contient... Ce sont ces compositions, au nombre de quatre (10:56, 8:14, 9:55 et 19:25), que le présent CD fait renaître après un savoureux travail de dépoussiérage...

Bien évidemment, les années 70 sont mises à l'honneur tout au long de l'album. Le rock progressif de UnoPuntoSei est indéniablement ambitieux, n'hésitant pas à se faire autant romantique et délicatement symphonique que (relativement) complexe. La structure choisie (de longues suites faisant s'imbriquer une multititude de thèmes) permet en effet aux musiciens de varier les plaisirs avec un naturel déconcertant et une grande efficacité. Bien sûr, tout n'est pas parfait et nous sommes une nouvelle fois amenés à montrer du doigt notre tête de Turc préférée : le chant...

Si les mélodies des parties chantées sont tout à fait plaisantes, on ne peut malheureusement pas en dire autant de la voix qui les véhicule. Luca Prandi (également compositeur et claviériste) n'est assurément pas le plus fameux vocaliste que le monde progressif ait porté, mais bénéficie heureusement du concours de la langue italienne, chaleureuse à souhait... Les interventions complémentaires (rares mais pleines d'à-propos) d'Annalisa Fumagalli redonnent heureusement un peu de vigueur et de clarté à ces séquences vocales un peu ternes...

Néanmoins, ne passez surtout pas votre chemin... H2O a bien d'autres atouts à faire valoir. Le premier d'entre eux est cette capacité à faire de chaque parcelle de sa musique un lieu de création authentique, nourrie de la grande sensibilité des musiciens. Sensibilité + talent mélodique = émotion, voilà une équation pleinement maîtrisée ici...

Si la guitare de Rocco Malaguzzi est à l'honneur par ses interventions tour à tour lyriques et 'terriennes', les parties de claviers ont aussi la part belle dans la mesure où le jeu de Luca Prandi est non seulement fluide, mais intelligemment dosé.

L'atout d'H2O réside essentiellement dans sa facilité à nous séduire via un romantisme véhiculé par des morceaux aux ambiances tout autant intimistes qu'emphatiques. H2O ne semblant pas particulièrement tenté de cacher ses influences et voulant même les afficher avec ostentation, tout ceci ne manque pas de rappeler de temps en temps certains morceaux épiques d'un groupe que vous saurez reconnaître facilement... Genesis (allez, on vous donne tout de même la réponse) et son goût pour les arrangements soignés ont visiblement marqué les musiciens d'H2O, au point que l'ombre du groupe anglais plane constamment au dessus de la musique ici proposée. Il ne s'agit néanmoins pas de plagiat (pas de syndrome de Rael ou de Citizen Cain à craindre ici), mais d'une constante référence qui n'oublie heureusement pas d'offrir un visage personnel... D'autant que les compositions de UnoPuntoSei évoquent également la poésie de Locanda Delle Fate et le côté baroque de Ezra Winston...

Le mélange entre originalité et références explicites au passé de notre mouvement est ainsi totalement réussi, et fait de UnoPuntoSei un album harmonieux et terriblement séduisant... On attend maintenant H2O au tournant, car il faudra à présent que ses membres soient à la hauteur de cette première œuvre, vieille (ne l'oublions pas...) de vingt ans... De si belles promesses se doivent d'être tenues !

Olivier PELLETANT, avec Frédéric BELLAY

Entretien avec Luca PRANDI :

Il vous a fallu vingt ans pour finalement enregistrer un album. Est-ce la concrétisation d'un rêve auquel vous n'aviez longtemps pas osé croire ?

Pas vraiment, enregistrer un album n'a jamais été notre objectif prioritaire. De plus, nos débuts ont coïncidé avec le crépuscule de l'âge d'or du rock progressif, italien et international. Lorsque nous avons finalement été prêts à faire un album, les réactions des maisons de disques ont été tellement décourageantes que nous avons préféré nous focaliser sur les concerts, plutôt que faire de quelconques concessions artistiques. Et puis un beau jour, en 1992, alors que la musique tendait à devenir une occupation secondaire pour nous, nous avons rencontré Raoul Caprio et nous lui avons fait écouter nos vieilles bandes, qu'il a trouvé intéressantes. Cela nous a complètement remotivés. Réaliser UnoPuntoSei a été une sorte de voyage dans le temps, à la redécouverte de notre musique d'il y a vingt ans, mais aussi et surtout de notre état d'esprit à tous les trois à cette époque. En ce sens, oui, ce fut d'une certaine manière un rêve...

Le groupe est présenté comme un trio, mais il semble que votre batteur soit présent à vos côtés depuis plusieurs années. Pourquoi conserve-t-il un statut d'invité ?

Je connais Claudio [Andreotti, basse] quasiment depuis ma naissance, et Rocco [Malaguzzi, guitare] depuis l'âge de neuf ans. Nous avons grandi ensemble, et découvert la musique ensemble, puis essayé de rejouer des chansons de Jesus Christ Superstar, puis de Pink Floyd, Genesis... Nous sommes trois amis avant d'être les membres d'un même groupe. C'est pourquoi H20 égale Luca, Claudio et Rocco. Lino [Prencipe] est un bon copain, et à notre avis un excellent batteur, mais il n'a pas pris part à la composition et aux arrangements de nos morceaux, et H20 n'est pas le seul groupe dont il fasse partie. Claudio Ceccagno et Enrico Scigliuzzo, respectivement notre chanteur et notre batteur à l'époque, au début des années 80, ont joué un plus grand rôle dans la genèse de notre musique, puisque nous jouions déjà alors «H20», «Metareus» et «Il Cimitero Degli Elefanti», dans des versions différentes.

Essayez-vous consciemment de trouver un équilibre entre une approche «70's» du rock progressif et un côté plus moderne ? Ce souci semble présent dans votre album...

En toute sincérité, l'équilibre me semble plutôt bon, mais il n'est pas du tout le résultat d'un choix de notre part. Notre musique est née dans les années 70, et les groupes que nous écoutions étaient les ténors de l'époque, les Genesis, Yes et autres Banco. Pour autant, nous n'avons pas été insensibles à tout ce qui s'est fait pendant les vingt ans écoulés, cela nous a forcément influencés également...

Autre équilibre présent dans votre musique, celui entre sophistication et mélodicité. Est-il difficile à trouver, surtout dans des morceaux souvent très longs ?

Je suis heureux que vous trouviez cet aspect réussi, car nous avons beaucoup travaillé sur les effets de contrastes, afin de donner non seulement aux morceaux mais à l'album tout entier le format de «suite». Dans le cas particulier de «Il Cimitero...», il n'était pas aisé de donner à vingt minutes de musique une couleur, un «feeling» d'ensemble, mais le résultat final nous satisfait plutôt. Globalement, nous avons essayé de faire de UnoPuntoSei non pas un recueil de quatre chansons, mais un véritable concept-album, au sens littéraire comme musical, et j'espère que nous y sommes parvenus.

Quelle importance accordez-vous respectivement aux parties vocales et instrumentales ? Est-il parfois délicat d'intégrer le chant dans des compositions dont la trame est surtout musicale ?

Nous essayons de traiter les parties vocales comme des parties de flûte, de piano ou de guitare, afin d'éviter, particulièrement sur cet album, que le sens des textes prenne trop le pas sur le contenu musical. Nous aimons que le chant soit un élément de la musique, à égalité avec les autres. Au début de «Il Cimitero...», il y a par exemple un contrepoint vocal dont la phonétique comme le rythme s'inspirent directement de l'accompagnement instrumental.

Peux-tu nous préciser l'origine des différents morceaux de l'album ?

«Lo Specchio» est l'un des tous premiers titres que nous ayons composé ensemble, en 1978. La version originale était jouée à trois guitares acoustiques. Le chant féminin était tenu par une amie à nous, Anna Salvioni. La partie instrumentale centrale est cependant l'une des séquences composées durant la préparation de UnoPuntoSei. On retrouve le même mélange d'idées anciennes et nouvelles dans «L'Eco Dell'Universo», la première section de «H20», qui décrit le Big Bang (!)... Je crois qu'on peut dire que 40 des 50 minutes de l'album ont été écrites entre 1977 et 1982 et arrangées durant les deux dernières années.

Quel est le statut actuel d'H20 ? Prévoyez-vous de donner des concerts ? Pensez-vous à un éventuel second album ?

Nous travaillons actuellement en vue de concerts, à l'occasion desquels nous serions sans doute rejoints par des musiciens supplémentaires. Nous espérons être bientôt prêts, mais nous travaillons en parallèle sur un nouvel album, qui sera comme le premier basé sur de vieilles compositions retravaillées. En quelque sorte, nous recherchons l'avenir du groupe dans son passé ! Pendant nos premières années d'activité, nous avions composé la matière pour au moins trois albums. Nous souhaitons poursuivre dans la voie tracée par UnoPuntoSei, et sortir ce second album au cours des deux prochaines années. D'ici là, nous vous remercions chaleureusement, ainsi que tous ceux qui en France nous apprécient, pour l'intérêt que vous portez à notre musique.

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°21 - Juillet/Août 1997)