
PISTES :
1. Fire On The Moon
2. Nomads
3. Emerald And Ash
4. Tubehead
5. Sleepers
6. Ghost In The Glass
7. Still Waters
8. Last Train To Istanbul
FORMATION :
Steve Hackett
(guitares, chant)
Nick Beggs
(basse, Chapman stick)
Dick Driver
(contrebasse)
John Hackett
(flûte)
Roger King
(claviers, programmations)
Lauren King
(chœurs)
Ferenc Kovacs
(violon)
Amanda Lehmann
(chant)
Jo Lehmann
(chœurs)
Anthony Phillips
(guitare douze-cordes)
Chris Squire
(basse)
Christine Townsend
(violon, violon alto)
Rob Townsend
(saxophone soprano)
STEVE HACKETT
"Out Of The Tunnel's Mouth"
Royaume-Uni - 2009
Wolfwork - 45:41
Petites chroniques d'illustres inconnus, de groupes de secondes zones, et autres menus monnaies, faites place, voici du lourd, du gros, du tatoué, de l'estampillé «légende vivante», le nouvel album de Steve Hackett, guitariste qu'on ne présente plus (ça fait gagner de l'espace), l'un des plus prestigieux que le prog' ait compté. Il faut dire que depuis 2006 et le plutôt satisfaisant Wild Orchids (voir Big Bang n°63 ou le site du magazine), le guitariste n'avait plus livré d'album électrique, juste un disque acoustique, Tribute (voir notre n°70). Et tenez-vous bien (c'est fait ?), pour ce nouvel opus, Hackett n'est pas venu seul : il est accompagné de musiciens aussi prestigieux que lui, si ce n'est plus. Pas moins que Chris Squire et Anthony Phillips qui participent sur un morceau chacun, ainsi que John Hackett, de retour auprès de son frère. Sans compter Nick Beggs qui ne joue peut être pas dans la même catégorie mais les fans de Iona apprécieront également. Tout ça laisse rêveur, non ? On vous laisse deux secondes, le temps de retrouver vos esprits.
L'ancien guitariste de Genesis tient une place particulière dans nos cœurs de prog' rockers et nous étions aussi bien prêts à adorer son nouveau disque qu'à être indulgents pour ses limites et travers éventuels. Mais c'est très agaçant de constater que, disque après disque, Hackett refait chaque fois les mêmes erreurs, ce qui ne manque pas d'apporter du grain à moudre à ses détracteurs. Et ça n'est pas cette sortie de tunnel qui apportera la preuve du contraire. Car Hackett nous apprend en effet qu'il est enfin sorti de la bouche du tunnel, métaphores probables de ses douloureux démêlées conjugales avec Kim Poor et qui explique la sortie repoussée de ce nouveau disque. Tunnel exit, exit Kim Poor et ses peintures vaporeuses ou spectrales en illustration d'album; place aux avocats et aux batailles sordides, avec un nouveau label en lieu et place de Camino Records. Mais sur le plan artistique, faut-il s'en réjouir, en dehors du fait qu'on est en droit de préférer les dessins de Kim à la photo d'un Hackett aux cheveux longs permanentés ? Souvent, après tout, les problèmes de cœur sont sources d'inspiration à laquelle s'abreuvent sans retenue et avec une certaine réussite nombre d'artistes.
Ce qui est loin d'être le cas d'Hackett si l'on en croit un Out Of The Tunnel's Mouth bien trop passe partout malgré sa couleur générale assez sombre, et qui revient au passage à la durée des vinyls de notre jeunesse. L'emphatique «Fire On The Moon» qui introduit l'album en mettant le feu à nos nuits d'amour à grand renfort d'orchestration mellotronesque, de refrain mélodiquement frissonnant et de soli de guitare élégiaque, est une des rares exceptions qualitatives de l'album, sans pour autant parler de claque majestueuse, la présence d'un Chris Squire beaucoup trop sobre (deux ou trois notes de basses répétées en boléro) pouvant même en frustrer plus d'un, en dépit d'un son caractéristique.
Les deux autres exceptions qui sauvent le disque de l'insignifiance sont «Tubehead», aux accents d'un «Omega Metallicus» (sur Darktown, dix ans déjà !), qui nous secoue de notre torpeur (mais seulement pour une durée de trois minutes) et «Sleepers» (8:50) qui trouve enfin une structure et une ligne mélodique dignes de l'illustre guitariste (je n'arrive pas à me faire à l'idée que Steve est aussi chanteur. Please don't laugh). Dans «Sleepers», tout l'Hackett imaginatif et sensible que nous aimons est là, et une programmation de batterie moins froide aurait probablement fait de ce morceau un des sommets de sa récente discographie. Le plus apaisé «Ghost In The Glass» est à sauver également, avec un peu d'indulgence. Hackett nous rappelle à quel point il est un immense guitariste, beaucoup plus doué pour créer des atmosphères langoureuses, étranges ou inquiétantes et des envolées fabuleuses à la guitare, tendues comme un soir d'orage, que pour composer des chansons pop-rock
Le reste laisse perplexe : un blues sans grâce qui nous ferait presque regretter ceux de Blues With A Feeling, un long «Emerald And Ash» à la fadeur exaspérante (le chant terne d'Hackett y est pour beaucoup, tout comme son habitude de ballades soporifiques en forme de comptines) et qui finit par une partie instrumentale plus vive mais collée n'importe comment, plus quelques colifichets pseudo exotiques rapportés de son supposé voyage en train (Espagne, Turquie ...). Au rayon Pier Import il y a «Nomads», dont les allusions gitanes peuvent séduire mais qui risque de faire pouffer ceux qui ont des racines ibériques. Ainsi que «Last Train To Istanbul», tout aussi kitch mais sur lequel le violon de Ferenc Kovacs et les programmations de Roger King font curieusement illusion, ce qui n'est pas le cas ailleurs. A ce propos, Hackett aurait eu meilleur compte d'employer Gary O'Toole, son batteur de scène, qui plus est excellent chanteur en concert sur les reprises de Genesis, au lieu de privilégier des programmations sans génie particulier.
On ne vous a pas parlé de la participation d'Anthony Phillips ? Normal, on l'entend à peine au début de l'insipide «Emerald And Ash». Cela ne valait pas le coup de s'attarder. Autant s'écouter une fois encore le magnifique «Sleepers» qui, au lieu de nous endormir, nous pousse à la rêverie. Rêver d'un disque de Steve Hackett chanté par Gary O'Toole (également à la batterie), sans blues, sans chansonnette fadasse et avec Chris Squire et ses légendaires doigts à la basse... Peut-être la concrétisation prochaine de ce projet que les deux musiciens ont en vue, et dont le titre de travail n'est autre que Squackett ?
Cela ne coûte rien d'espérer mais sommes nous en droit de le faire alors que les héros de notre jeunesse semblent si fatigués, surtout à l'approche de la soixantaine ? En attendant, contentons nous d'un Out Of The Tunnel's Mouth encore une fois à moitié réussi mais qui a le mérite d'être plus court donc donnant l'impression d'être plus cohérent que les précédents. Il n'en apparaît pas moins comme l'album électrique de Steve Hackett le moins convaincant de la décennie 2000. Les récents concerts donnés en terre française par le guitariste et son groupe de scène laissent en tout cas de l'espoir, au vu de l'inspiration et de la magie qui ont su s'en dégager...
Alain SUCCA & Jean-Guillaume LANUQUE
(chronique parue dans Big Bang n°74 - Décembre 2009)

