
PISTES :
1. Outsider (5:55)
2. What's In ? (3:49)
3. Beginning (5:50)
4. Never Die ! (3:46)
5. Heart Beat (4:23)
6. The Passage (1:29)
7. Jester's Dance (4:37)
8. Halloween (0:06)
9. Jester's Dance (4:27) (live)
10. Outsider (5:47) (live)
FORMATION :
Gilles Coppin
(claviers, chant)
Jean-Philippe Brun
(violon, guitare, basse, chant)
Thierry Gillet
(batterie)
----------------------------------------------

PISTES :
1. The Wood (6:48)
2. Waltz (5:49)
3. Just for You (4:43)
4. Yule Horror (6:38)
5. Iron Mickey (6:31)
6. Suburb (4:47)
7. Blue Nightmare (6:42)
8. Laz (9:42)
FORMATION :
Gilles Coppin
(claviers, chant, chœurs)
Jean-Philippe Brun
(violon, guitare, chant)
Philippe Di Faostino
(batterie, percussions)
Yann Honoré
(basse)
----------------------------------------------

PISTES :
1. Le Conseil Des Démons
(6:59)
2. Le Procès (7:51)
3. Après La Bataille (5:47)
4. Le Sacre (4:08)
5. Table Ronde (5:08)
6. Morgane (3:42)
7. Arthur Contre Morgane (5:42)
8. Viviane (2:11)
9. Dragon Rouge, Dragon Blanc (5:38)
10. Dernière Bataille (5:59)
11. La Mort De Morgane (6:55)
12. Forêt (4:14)
FORMATION :
Jean-Philippe Brun
(violon, violoncelle, guitares, basse, chant)
Gilles Coppin
(claviers, chant)
Philippe Di Faostino
(batterie, percussions)
Jean-François Delcamp
(guitare acoustique, luth, basse)
Géraldine Le Cocq
(chant)
INVITÉS
Quintette de cuivres Bicinia
Quatuor Matheus
Thierry Runarvot
Benoît Pace
Jean-Marc Goujon
HALLOWEEN
"Part One"
France - 1988 - Muséa - 40:09
"Laz"
1990 - Muséa - 51:40
"Merlin"
1994 - Muséa - 64:18
Fondé en 1983, Halloween s'est imposé à la fin des années 80, avec deux albums acclamés, comme l'un des groupes progressifs français les plus prometteurs, avec Minimum Vital ou Hécénia. La mini-rétrospective qui suit, rédigée en 1994, se propose de retracer la carrière musicale de la formation bretonne jusqu'à la sortie de son troisième album, Merlin, considéré par beaucoup comme son œuvre la plus marquante.
Chapitre I - "Part One" (1988)
Le nom du groupe est à lui seul évocateur de qualité. Halloween n'est-il pas le meilleur album de Pulsar (n'est-ce pas, M. Picart ?) ? Il ne manque pas aussi de nous éclairer sur le caractère lugubre des climats musicaux proposés.
Toutefois, on pourrait se laisser tromper par le premier morceau, "Outsider" (5:55), qui débute sur un air enjoué façon Vivaldi; mais, très vite, cette ritournelle fait place à une sorte de bal satanique, où le chant désespéré, doublé d'une voix grave pour en accentuer le côté dramatique, achève de planter le décor. Le texte, relatant la difficile quête d'une identité, trouve en quelque sorte un écho dans la musique qui le porte.
Si "What's In" (3:49), le titre suivant, se veut apaisant, la tension demeure malgré tout; elle persistera en fait sur tout l'album. Et avec "Beginning", morceau très crimsonnien, le doute n'est plus permis sur les influences du trio. Il n'est pas ici question de s'en plaindre : celles-ci sont si nobles et si rarement assumées par d'autres formations...
Par contre, il reste à voir si Halloween est en mesure d'honorer ses sources en soutenant un tant soit peu la comparaison. Et là, pas de doute : Thierry Gillet, Gilles Coppin et Jean-Philippe Brun se montrent tout à fait à la hauteur de leur projet, même si "Never Die" (3:46) introduit quelques doutes quant au chant, pas très assuré; doute amplifié sans doute par un accent anglais pas très convaincant.
"Heartbeat" (4:23) et "Jester's Dance" (4:37) ne pallient qu'en partie au problème. Axés sur un long récitatif en français, dont l'aspect morbide constitue le pendant de l'atmosphère musicale, ils témoignent d'une théâtralisation extrême qui rend beaucoup plus incertaine leur crédibilité. Instinct ou lucidité ? Toujours est-il que "The Passage" (1:29), intercalé entre les deux pièces tempère les excès, avec des claviers si tranquilles qu'ils en deviennent troublants...
"Halloween" (10:06), le morceau, clôt heureusement l'album de la meilleure façon possible. Appuyé sur des mélodies beaucoup plus fortes et solidement construites, le romantisme angoissé du groupe gagne une force de conviction considérablement accrue.
Halloween semble avoir voulu mettre le paquet dans ce "bouquet final". Donnant son nom au groupe, il constitue en quelque sorte une carte de visite pour le moins convaincante. Une tactique judicieuse, car c'est sur cette excellente impression que l'on quittera l'album en oubliant un peu le manque d'assurance qui en émane épisodiquement.
Chapitre II - "Laz" (1990)
D'emblée, la pochette de Pascal Ferry, nettement plus réussie que la précédente, annonce la couleur. A peine deux ans se sont écoulés, et les premières mesures de ce deuxième album, sur lequel va immanquablement se jouer l'avenir d'Halloween, les espoirs placés dans le groupe se confirment. Le son, plus riche, porte en lui la nouvelle maturité du groupe.
De la même façon, la mise en place des vocaux, sur cet introductif "The Wood" (6:28), illustre la volonté des musiciens d'élargir leur palette sonore. On ne sera donc pas surpris par le renouvellement de la section rythmique, avec l'arrivée d'un bassiste de talent, en la personne de Yann Honoré, et le remplacement de Gillet par Philippe Di Faostino.
La musique, toujours assez sombre, se montre toutefois plus nuancée. Elle gagne en subtilité et en authenticité ce qu'elle perd en excessive tension dramatique. Quant au chant, il s'est considérablement amélioré, comme le révèle "Waltz" (5:49) et, en dépit d'un anglais toujours un peu approximatif, il se fond beaucoup mieux dans la musique. Les textes sont adaptés de l'œuvre de l'écrivain américain du début du siècle, Howard Phillips Lovecraft, auteur de nombreux récits fantastiques mettant l'accent sur des ambiances cauchemardesques et malsaines.
Ainsi, cette partie vocale introduit avec naturel un nouveau plongeon dans l'angoisse. Le jeu fluide et aérien de Yann Honoré contraste singulièrement lors de ce genre de poussée de fièvre avec les climats du premier album. Son incroyable légèreté et son indéniable souci mélodique renforcent l'étrangeté de l'ambiance ainsi créée.
Aussi, lorsque cette basse de rêve assure l'essentiel du titre suivant, "Just For You" (4:43) (d'ailleurs composé par le même Honoré), à peine soutenue par quelques accords de guitare, elle s'envole littéralement comme un ballon dans le ciel, et nous avec, évidemment...
Le répit terminé, l'intro de "Yule Horror" (6:38) nous reprend à la gorge. Violon lointain et voix toutes proches, dédoublées puis dialoguant, introduisant un développement instrumental riche en climats divers.
"Iron Mickey" (6:38), morceau instrumental de Gilles Coppin (qui signe 4 des 7 compositions), présente cette même sophistication dans la construction, avec en plus, entre les accalmies, des coups de butoir d'une force terrifiante. Il faut préciser qu'Halloween sait atteindre ce degré de violence sans jamais être lourd. Fort d'une section rythmique compétente, il évite tous les travers néo-progressifs racoleurs, préférant allier finesse et sophistication à un style personnel et déjà très affirmé.
Les vagues de "Blue Nightmare" (6:42), signé du batteur Philippe Di Faostino, n'apaisent que très peu de temps l'auditeur, laissant vite place aux climats angoissants des claviers. Le solo de guitare qui suit aurait pu détendre l'atmosphère s'il n'était en fait que le véhicule d'une batterie bientôt toute puissante et oppressante. Les bruitages qui lui sont associés ne sont pas sans nous rappeler le solo d'Alan White sur "Ritual" de Yes (d'où peut être, Topographic Oceans oblige, les vagues et le bleu du cauchemar).
Enfin, le dernier titre "Laz" (9:42), unique composition de Jean-Philippe Brun, marque le retour du chant, un chant remarquablement pur et mélodieux en l'occurrence, mais vite relayé par des nouvelles brutalités instrumentales sur fond de violon. Puis, aspiré par le néant où l'on perçoit, comme amplifiés, des battements de cœur d'une batterie inquiétante, nous voilà une dernière fois trimbalés dans des lieux pas très hospitaliers. Puis, enfin, le chant, profondément humain, vient nous rassurer...
Voilà vraiment un excellent album. Il ne s'agit pas, loin de là, de renier le premier; cependant, il faut vraiment insister sur l'importance des progrès réalisés, sûrement bien plus grands qu'ils ne furent perçus à la sortie de cette seconde production.
Entre 1990 et 1994, Halloween s'enferme dans un long silence discographique, à peine troublé par deux titres sur les compilations Muséa Enchantement (1991) et Seven Days Of A Life (1993). Le premier, "Higor" (5:25), s'inscrit tout à fait dans le registre développé sur Laz. Quant au second, "March" (9:30), illustrant l'adolescence du héros du concept de la compilation, il montre un Halloween plus climatique encore qu'il ne l'a jamais été, sacrifiant quelque peu l'aspect mélodique pour donner à sa musique une impression de malaise finalement très fidèle au thème imposé. Ce rôle un peu ingrat, bien qu'idéalement interprété, pourrait donc laisser une image un peu austère du groupe pour qui ne le connaît pas, ou l'aurait un peu trop vite oublié. Il est donc utile de rappeler que, si la compilation Seven Days... est sortie en 1993, le morceau fut enregistré en juin 1990 ! Entre temps, et dès la fin 1990, Yann Honoré a été remplacé par Jean-François Delcamp. On l'aimait pourtant beaucoup, ce Yann Honoré... Enfin, le petit nouveau saura sans doute atténuer nos regrets !
Chapitre III - "Merlin" (1994)
On peut dire que cet album, très (trop ?) tôt annoncé, a généré une attente et un suspense prolongés, à la mesure du talent exprimé sur les deux premiers albums. Aussi, le résultat se devait d'être à la hauteur des espoirs engendrés. Le titre/concept Merlin avait aussi de quoi laisser dubitatif quant aux clichés passés de l'imagerie progressive... Cependant, on imaginait quand même mal nos quatre brestois donner dans le pitoyable spectacle d'un Wakeman des mauvais jours !
Le temps d'insérer le disque sur la platine, et nous voilà vite rassurés. Sur fond de percussions, une multitude d'instruments (claviers, violon, trompettes etc...) ébauchent le premier tableau, "Le Conseil Des Démons" (7:00). Vite, on se précipite sur le luxueux livret, pour constater l'étoffement du personnel dont nous avions eu vent depuis longtemps.
Outre une section de cuivres (Bicinia), le groupe s'est adjoint les services d'un quatuor à cordes (Matheus), ainsi que ceux d'une chanteuse, Géraldine Le Cocq, d'un flûtiste et de deux bassistes (l'un des deux étant aussi contrebassiste). Autre motif de satisfaction : dès les premières paroles de Gilles Coppin, le chant est en français - espérons que cette décision est définitive -, même si la mélodie qui le porte n'est pas vraiment convaincante, cette volonté d'exprimer au mieux le concept retient notre attention. Le morceau s'achève sur un thème type procession, ouvrant la marche vers la suite de l'album.
"Le procès" (5:08) débute sur une récitation de Jean-Philippe Brun, peut-être excessivement théâtrale, mais le manque de naturel paraît de toute façon compensé par le jeu des instruments classiques ou traditionnels. D'autre part, la voix de Géraldine Le Cocq vient encore accroître la diversification des sons utilisés, autant qu'elle contribue à la mise en scène du concept. Le jeu des acteurs est alors suivi d'une première montée instrumentale où domine l'électricité.
L'écriture, plus complexe, paraît adaptée à l'élargissement du registre employé. Ce n'est donc pas un hasard si les compositions de cet album semblent se bonifier au fil des écoutes. Aussi, il convient évidemment de ne pas se forger un avis trop hâtivement.
Bref, Géraldine Le Cocq revient conclure avec hargne ce second titre, pour un dernier couplet répétitif.
"Après La Bataille" (5:47), apaisement sous tension, porte en lui la mémoire de l'affrontement. Cet instrumental renouvelle la symbiose de tous les ingrédients mis en œuvre. Même sans texte, la musique reste fidèle au concept et, forte de ses moyens, s'attache à multiplier les couleurs.
"Le Sacre" (4:06) commence gaiement, comme du Jean-Sébastien Bach - avec, donc, les instruments classiques -, puis une porte se referme. L'atmosphère, désormais plus médiévale, reste enjouée, mais vire ensuite à la tourmente, sur un rythme assez rapide où la guitare dialogue avec les claviers dans un langage proche du jazz-rock. Ce style musical a sans doute les faveurs de Delcamp et Di Faostino, puisqu'ils sont les auteurs de cet instrumental (les autres titres étant généralement signés Gilles Coppin).
"Table Ronde" (5:13) débute comme un morceau de Kansas (période Point Of Know Return), avec majesté, puis tourne au chaos pour trouver finalement un apaisement définitif incarné par des violons d'une extrême douceur.
Sur "Morgane" (3:45), Géraldine Le Cocq, sur fond de claviers, vient alors nous susurrer les vers qu'elle a elle-même écrits (les autres textes étant de Coppin). Sa bouche paraît collée à notre oreille, tandis que la musique, maintenant soutenue par les violons, souligne l'hypnotisme et le charme de sa mélodie. Il faut se pincer pour être sûr de ne pas délirer... Vraiment très réussi !
Le rire moqueur de Morgane, comme s'il nous était adressé, nous ramène sur Terre... Et nous voilà tout droit conduits au duel "Arthur Contre Morgane" (5:42). Le chant masculin de Gilles Coppin se veut le premier coup porté; mais il est un peu trop couvert par une musique très forte. Peut-être est-ce intentionnel, car cette virilité instrumentale, où les claviers se font inhabituellement "genesissiens", laisse place, après une subtile transition avec pour seul accompagnement de Morgane, une guitare acoustique. Enfin, les autres musiciens d'Halloween se joignent à l'affrontement verbal, pour préparer un nouveau solo de synthé digne du meilleur Tony Banks.
Nous ne connaissions pas le groupe sous ce jour. Merlin est en fait, pour lui, l'occasion de nous dévoiler l'étendue de ses possibilités. Son image de "groupe sombre" se nuance, et c'est très bien ainsi. Il est rassurant de savoir que sa personnalité, ses connaissances et ses capacités lui permettent, tel le caméléon, de prendre toutes les couleurs de l'arc-en-ciel en restant toujours lui-même.
Si Gilles Coppin signait jusqu'à présent la musique de tous les titres (sauf "Le Sacre"), il laissera désormais s'exprimer tour à tour les autres musiciens du groupe, comme pour mieux laisser éclater leur diversité, au moment où l'on pourrait commencer à se lasser.
Ainsi, "Arthur Contre Morgane" est de Jean-Philippe Brun, "Viviane" (2:11) de Jean-François Delcamp. Cette courte et émouvante pièce de guitare acoustique nous propose un nouveau repos. Malheureusement, celui-ci est un peu gâché par le grincement des cordes, dont on ne saurait trop dire si l'amplification (écho) est intentionnelle ou non. Enfin, il est vrai qu'au fil des écoutes, on n'y prête plus vraiment attention, pour ne retenir que la triste mélodie.
"Dragon Rouge, Dragon Blanc" (5:38), pièce néo-classique par excellence de Philippe Di Faostino, ne déparerait pas un album d'Art Zoyd, sinon qu'il nous délivre une palette sonore et climatique plus large encore de par l'emploi d'un xylophone et d'un synthé façon Vangelis-Albedo 0.39. Voilà donc un autre Halloween (encore !), incarnant le meilleur des musiques nouvelles.
La "Dernière Bataille" (5:59), de Jean-Philippe Brun, et ses cuivres en ouverture, prolonge cette veine musicale; habile transition pour pour amener un thème plus symphonique dont le développement permet d'apprécier une fois de plus la géniale cohabitation des multiples instruments. On n'est pas très loin, ici, du Jean-Pascal Boffo de Rituel.
La "Mort De Morgane" (6:55), co-écrit (c'est rare !) par Coppin et Brun, débute sur une phrase lente et funèbre, la beauté du thème hyper-mélodique appuie la tristesse engendrée... Superbe ouverture. Soudain, le rythme s'accélère et amorce une sorte de bal endiablé où Géraldine-Morgane vient chanter ses derniers couplets d'une voix délicieusement dédoublée, nous rappelant son enfance avant d'évoquer le cimetière. Tour à tour mélancolique et rageuse, la musique accompagne ses derniers instants, jusqu'à la désagrégation finale.
Enfin, Halloween nous abandonne dans la "Forêt" (4:14), titre par lequel pas moins de trois membres du groupe (Coppin, Di Faostino et Delcamp) signent la musique. Nous n'y sommes pas totalement perdus, car avec sa superbe pochette, Pascal Ferry, tel le petit poucet, nous a balisé le terrain. Mystère et nostalgie referment le drame, non sans une dernière montée au créneau de la guitare, soutenue par l'ensemble des instruments. Quel travail ! Vraiment, cela valait bien la peine d'attendre quatre ans !
Il paraît nécessaire de prévenir cependant le lecteur qu'il ne doit pas s'attendre à connaître (s'il ne la connaît pas déjà) l'histoire de Merlin au terme de cette audition. Il s'agit en fait de l'illustration sonore (quasi cinématographique) du livre de Michel Rio, "Merlin" (Ed. Le Seuil), sur lequel les plus curieux d'entre nous ne manqueront pas de se précipiter. Ça ne sera peut-être pas le moindre mérite de ce formidable CD.
Laurent MÉTAYER
(chronique parue dans Big Bang n°6 - Juillet-Août 1994)

