BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Eternal Loop (0:49)
2. Amora Demonis (6:58)
3. Carved In Rust (0:23)
4. Still They Laugh (2:22)
5. The Second Round (4:31)
6. Still They Laugh Pt. 2 (2:25)
7. Shades Of Blue (5:26)
8. Action ! (9:39)
9. Nameless (10:24)
10. The Second Coming (4:23)
11. Watercourse Hymn (10:10)

FORMATION :

Denis Jalbert

(guitares)

Jocelyn Beaulieu

(chant, guitares)

Jean-François Désilets

(basse)

Francis Doucet

(claviers)

Yves Jalbert

(batterie, percussions)

HAMADRYAD

"Conservation Of Mass"

Québec - 2001

Unicorn - 58:02

 

 

Le Québec est à la fête en ce moment ! Après ces innommables horreurs que sont Garou, Céline Dion ou encore la génialissime Isabelle Boulay, nous arrivent trois autres groupes plus fréquentables : Visible Wind, Spaced Out et Hamadryad, tous trois officiant dans des univers assez différents les uns des autres. Et autant vous le dire tout de suite, Hamadryad surpasse, et de loin, les deux autres - ainsi qu'une pelletée d'autres, d'ailleurs. Ne vous attendez pas à la claque immédiate, mais plutôt à une lente et progressive maturation vous conduisant à l'extase musicale. En effet, les premières 'lectures' de l'album s'avèrent assez difficiles, mais l'impression d'un bouillon sonore se dissipe au fil des écoutes, pour notre plus grand bonheur.

Nos Québécois arrivent pour ainsi dire de nulle part, et cela se comprend : après être apparu en 1995, Hamadryad ne s'est réellement stabilisé qu'il y a un an. Et si, dans ce laps de temps réduit, les musiciens ont su créer une telle alchimie, on n'ose imaginer ce que pourraient donner leurs futurs opus... En ce laps de temps, le groupe a en effet intégré ce qui peut se faire de mieux dans notre mouvement, c'est-à-dire une ambition démesurée alliée à une formidable puissance mélodique. Pour vous éclairer par un petit raccourci, vous pouvez imaginer avoir à faire à un prog moins consensuel que celui des Flower Kings et autre Spock's Beard, mais moins complexe et touffu, toutefois, que celui (pour citer l'une des formations les plus remarquées l'an dernier) de Versus X. Ne craignez donc pas les clichés style "clone de..." Genesis, ELP ou je ne sais qui... Car les musiciens d'Hamadryad maîtrisent parfaitement leur art progressif (finalement assez classique), tout en essayant d'insuffler une grande part de personnalité dans les échanges instrumentaux.

Rarement les Mellotron, Moog, guitares acoustiques ou électriques, et rythmiques appuyées n'auront sonné aussi juste. Passé l'énervement lié au chant suraigu (entre André Matos d'Angra et Jon Anderson), Jocelyn Beaulieu se révèle (et quelle révélation !) être un soliste parfait, donnant à la musique un souffle lyrique et lumineux qu'il est bien difficile de détester. Les parties instrumentales sont réellement jouissives, nous faisant naviguer entre moments de pure folie et douces accalmies - bref, du prog symphonique et complexe de très grande classe. Trois des morceaux flirtant avec les 10 minutes, vous aurez largement de quoi vous régaler. Une chose est sûre : après y avoir goûté, il est bien difficile de s'en passer, si bien que l'on regrette qu'ils ne nous aient pas sorti un double-album. Il suffit juste de s'intéresser au dernier morceau, le plus long, pour s'en apercevoir : on commence par une ritournelle à la mélodie si évidente que l'on se mettrait presque à sautiller, et après cette première partie très bucolique vient se greffer un solo de Moog enchanteur. Puis, notre "castrat" se faufile entre les instruments pour tirer d'une fort belle manière sa révérence...

Pas besoin d'aller plus loin dans la description de l'album, car tout fan de prog se doit d'acheter celui-ci. Non content d'avoir sorti un des meilleurs enregistrements de ces derniers mois (comme j'y vais, dis donc !...), Hamadryad se place directement au niveau des plus talentueux outsiders de notre mouvement. Les Québécois ont placé la barre très très haut, au point qu'il va leur falloir une sacrée dose de créativité pour réitérer leurs exploits. Allez, rêvons un peu, car le futur du prog est peut-être entre leurs mains !

Julien GOARNISSON

(chronique parue dans Big Bang n°39 - Mai 2001)