BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Anatomy Of A Dream (5:51)
2. Sparks And Benign Magic (1:04)
3. Self Made Men (7:42)
4. Gentle Landslide (0:39)
5. 24 (6:28)
6. Frail Purpose (3:11)
7. Sunburnt (5:12)
8. One Voice (3:30)
9. Polaroid Vendetta (6:41)
10. Alien Spheres (5:59)
11. Omnipresent Umbra (11:42)

FORMATION :

Denis Jalbert

(guitares)

Francis Doucet

(claviers)

Jean-françois Désilets

(chant, basse)

Yves Jalbert

(batterie)

HAMADRYAD

"Safe In Conformity"

Canada - 2005

Unicorn Records - 58:12

 

 

En 2001, au moment de la sortie de Conservation Of Mass et dans les mois qui ont suivi, l'album ayant bénéficié d'un excellent bouche à oreille, Hamadryad a été salué par une bonne partie de la critique et du public progressifs. Révélation pour certains, heureuse surprise pour d'autres, le groupe québécois, auteur d'un essai discographique qui se devait d'être transformé, allait donc être attendu au tournant.

Seulement voilà, plus de quatre années ont passé. Le paysage progressif a évolué et peut-être les goûts des fans de la première heure aussi. Au final, lorsque ce second album est annoncé, la formation s'est presque faite oublier. Ce qui n'est tout compte fait pas plus mal. Oui, car la toute nouvelle réalisation des Canadiens diffère sensiblement de la précédente. Là où Conservation Of Mass séduisait par sa fraîcheur et sa fougueuse spontanéité, Safe In Conformity surprend par sa rigueur formelle (très bonne prise de son) et la maîtrise instrumentale des quatre musiciens. Mais ceci au détriment de l'originalité. Bref, le temps passé à la gestation de cet album le sert autant qu'il le pénalise. Le professionnalisme dont fait désormais preuve Hamadryad le hisse à un niveau supérieur mais il est maintenant extrêmement aisé de comparer le groupe à un autre tant il a perdu de sa personnalité.

De là à affirmer que cette identité ne tenait qu'à la présence d'un seul homme, il n'y a qu'un pas : Jocelyn Beaulieu a, entretemps, quitté la formation. Il demeurait un chanteur pour le moins singulier, sa voix se rapprochant, pour reprendre la formule utilisée pour David Surkamp, leader de Pavlov's Dog, de celle d'un «enfant de chœur speedé» ! De plus, il faisait office de second guitariste, Conservation Of Mass bénéficiait donc, d'une part d'un impact rock des plus puissants et, d'autre part, d'accalmies acoustiques très travaillées. Désormais, le bassiste Jean-François Désilets reprend la place laissée vacante au chant. Sans surprise serait-on tentés de dire, car il tenait déjà parfois ce rôle sur le premier album (le remuant «...Action !»). Ce qui est surprenant, par contre et, pour tout dire, limite gênant, c'est qu'il s'escrime à chanter à la manière de Peter Gabriel (alors que ce n'était pas du tout le cas sur «...Action !» justement). Oh, certes, certains se réjouiront de cette métamorphose vocale, le succès connu par le groupe italien The Watch, par exemple, le confirme. Mais le chant manque d'assurance et de justesse, pénalisant de fait l'œuvre dans son ensemble en plus de lui conférer une certaine banalité.

Les autres musiciens vont suivre cette mutation pour passer de la dépense énergétique toute juvénile de leurs débuts à un fort rapprochement des protagonistes de Genesis (période 1970-1974). Notamment les claviers, bien plus à la fête dorénavant, et une guitare acoustique douze cordes qui enveloppe la plupart des compositions. Pourtant, au fil des morceaux, passée la déception (toute relative, certes) d'avoir affaire à un énième chanteur au timbre «gabriellien» et oubliées les attentes générées par Conservation Of Mass, on est séduits par la parfaite maîtrise et la qualité des nombreux passages instrumentaux, rassurés par cette basse toujours aussi présente et fluide, surpris par les envolées plus dynamiques (à noter que «One Voice» et ses guitares bigrement incisives renvoient au premier opus du groupe montréalais). On se dit finalement que l'on tient un bon album, que l'on peut, sans hésitation, placer dans la très bonne moyenne des sorties rock symphonique actuelles.

Au crédit de cet Hamadryad nouveau, souci mélodique, savoir-faire technique, bel enrobage formel et force de cohésion (le groupe ne tombe pas dans le piège de la dilution facile). Ces qualités suffiront-elles à combler un manque évident d'originalité ? Peut-on se satisfaire d'une évolution stylistique assumée mais à la moindre inspiration créatrice ? Ça, ce sera à vous d'en juger !

Fabien CLAIR et Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°58 - Été 2005)