BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

pochette album

PISTES :

CD 1 :
1. Race Against Time (2:11)
2. 162 (4:37)
3. We Unearth The Lost Book Of Mr. Personality, And Its Consequences (2:30)
4. Reddy 4 Luv (1:44)
5. The Quasi Day Room Ceremonial Quadrille (2:46)
6. Love Theme From All Clymtemnestra On The Western Front (1:51)
7. Oye Comatose (6:55)
8. Litost (4:26)
9. Le Sacre D'Merde (2:59)
10. The Quasi Day Room Ceremonial Tango (1:29)
11. The Fairytale In Reverse (4:28)
12. Phoenix (4:25)
13. It Was Only A Dream (2:52)

CD 2 :
1. Bean Dance (4:47)
2. The Cat Song (3:05)
3. Bur Di Lie Down So (6:27)
4. Jeanne-Marie (3:35)
5. Bug 2: The History Of The United States Of America (4:12)
6. Vermilion Hue Over Lake Lausanne (6:17)
7. Tick Fever (2:41)
8. Vang Vang (5:04)
9. Home (3:56)
10. The 5 (2:49)
11. Hamster Dance (4:23)
12. The Bug Show (4:29)
13. Cat 2: Siege On Hamburger City (4:41)

FORMATION :

Dave Willey

(accordéon, claviers, basse, batterie, guitare)

Jon Stubbs

(trombone, basse, claviers)

Mark Harris

(saxophones, clarinettes, flûtes, percussions)

Mike Johnson

(guitare, mandoline, banjo, percussions)

Raoul Rositer

(batterie, percussions, marimba)

Brian McDougall

(basse [CD 1])

Emily Bowman

(violon alto à pavillon [CD 1])

HAMSTER THEATRE

"The Public Execution Of Mr. Personality /
Quasi Day Room"

États-Unis - 2006

Cuneiform - 45:58/56:25

 

 

Reconduisant une formule inaugurée avec le dernier album de Miriodor, Cuneiform nous propose un double-CD de Hamster Theatre associant sa dernière création studio et l'enregistrement d'un concert de 2002. Cet excellent concept nous avait permis de vérifier le potentiel scénique considérable des Québécois; dans le cas de leurs collègues américains, son intérêt est encore renforcé par le fait que, sur disque, Hamster Theatre n'est pas un véritable groupe, mais plutôt le projet du multi-instrumentiste Dave Willey, renforcé selon ses besoins par d'autres musiciens.

A ce sujet, on commence par noter, à la lecture des crédits de The Public Execution Of Mr. Personality, une évolution de la physionomie de ce collectif. Jusqu'ici principal lieutenant de Willey, le tromboniste, claviériste et bassiste Jon Stubbs est en net retrait, n'apparaissant que sur cinq des treize morceaux et n'en composant que deux. A l'inverse, le guitariste Mike Johnson (membre du groupe depuis 1996 parallèlement à son rôle de leader de Thinking Plague), est presque systématiquement présent. Mais il ne signe qu'un morceau : c'est bel et bien Willey qui se taille la part du lion, tant dans l'écriture que dans l'interprétation, cumulant les rôles d'accordéoniste (l'instrument emblématique du groupe), les claviers, la basse et la batterie.

Cette méthodologie peut a priori laisser sceptique : outre la faible probabilité qu'un seul et même musicien puisse assurer avec la même compétence autant d'instruments différents, il semble difficile, voire impossible, de recréer en studio la dynamique particulière d'un vrai groupe. Or Hamster Theatre y parvient, ici comme sur son précédent opus, Carnival Detournement, et ce pour une raison essentielle : la maîtrise rythmique sans faille de Dave Willey. Les amateurs de Thinking Plague savent que l'homme est un excellent bassiste, et un batteur plus qu'honorable (ceux qui avaient vu le groupe au festival MIMI en 2000 se souviendront de cette séquence où Willey et le batteur Dave Kerman échangeaient leurs rôles), qui de toute façon délègue le plus souvent ce rôle au titulaire habituel, Raoul Rossiter. Cette assise rythmique solide et vivante garantit la crédibilité «sonore» du «groupe», aussi virtuel soit-il, d'autant que la production de Bob Drake se veut cette fois plus «naturaliste» et organique.

L'autre avantage du choix d'un effectif à géométrie variable, c'est de s'affranchir de l'obligation d'utiliser systématiquement certains instruments. Plusieurs morceaux, par exemple, se dispensent totalement de section rythmique; tandis que d'autres voient Willey et ses acolytes se démultiplier en une polyphonie impossible à reproduire sur scène. Hamster Theatre présente ainsi une multiplicité de visages, et les contrastes appuyés qui en résultent contribuent au plaisir ressenti à l'écoute de l'album. Car après tout, les attentes de l'auditeur ne sauraient être les mêmes dans une salle de concert et dans son salon : pas besoin, dans le second cas, de déployer la même force de frappe que dans le premier, le confort d'écoute autorise (et exige) un propos plus nuancé.

La palette de styles et d'influences extrêmement large de Hamster Theatre justifie pleinement ces préoccupations esthétiques. Autour de l'utilisation prédominante de l'accordéon, qui renvoie aux expériences folkisantes du courant Rock In Opposition (Lars Hollmer, Nimal...), sa musique brasse pêle-mêle les musiques extra-européennes, le classique contemporain, le free-jazz... tout en conservant une base instrumentale et rythmique rock qui affilie clairement l'ensemble aux musiques progressives. Les compositions, exclusivement instrumentales, se distinguent par des orchestrations d'une grande sophistication, jamais surchargées, et un réel talent mélodique. Ce dernier élément est crucial, car si sa musique se fait à l'occasion plus ardue ou avant-gardiste, Hamster Theatre n'est jamais abscons ou élitiste, et conserve en permanence une jovialité contagieuse et un authentique souci de séduire. Sans doute la dimension folk y est-elle pour beaucoup : on n'est parfois pas très loin de la musique de bal («Reddy 4 Luv» - non, ce n'est pas une reprise de Prince !).

Le second CD, intitulé Quasi Day Room : Live At The Moore Theatre, est issu d'un concert donné lors du festival Progman Cometh à Seattle (Etats-Unis) le 17 août 2002. L'auteur de ces lignes, présent dans la salle ce jour-là, peut témoigner que la prestation du sextette fut particulièrement mémorable, la richesse du matériau musical étant mise en valeur par un savoir-faire instrumental hors du commun. Le tout constitue un complément idéal à l'album studio : aucun doublon n'est à déplorer (mais pas d'inédits non plus), et l'on retrouve tous les morceaux emblématiques du groupe (huit figuraient déjà sur le live Siege On Hamburger City de 1999, et huit également - dont trois communs avec Siege - sur Carnival Detournement). L'ensemble s'avère logiquement plus homogène dans l'énergie et le style, proposant une variante plus percutante, et tout aussi convaincante, des travaux studio du groupe.

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)