
PISTES :
1. The Great Man (3:01)
2. Overdrive Locomotive (6:31)
3. Nord Company Vs. Lead Company (5:19)
4. Filial Piety At the Dawn (4:03)
5. The Sushi Bar (11:42)
6. He Is Coming At Tokyo Station (3:50)
7. The Picture Book - X Rated (6:29)
8. The Three Leaves Insect (12:19)
9. The Great Man (Revisited) (1:25)
FORMATION :
Kenichi Morimoto
(claviers)
Tatsuya Myano
(basse)
Takahiro Izutani
(guitare)
Keiichi Nagase
(batterie)
HAPPY FAMILY
"Toscco"
Japon - 1997
Cuneiform - 55:09
Les musiciens d'Happy Family ne se sont visiblement pas laissés griser, au moment de mettre en chantier ce second album, par les éloges adressés quasi-unanimement à son prédécesseur. Attitude d'autant plus louable que le recul de deux années a introduit quelques nuances dans le jugement que l'on pouvait porter sur une œuvre dont l'extrémisme affiché semblait appeler des réactions extrêmes. Ainsi, les influences évidentes de Magma (pour la pulsation rythmique obsessionnelle) et King Crimson (pour le son strident de la guitare), demeuraient finalement assez scolaires et superficielles malgré l'énergie prodigieuse (et communicative) déployée par le quatuor.
Happy Family s'emploie donc, sur les neuf compositions (de 1:25 à 12:19) de Toscco, à canaliser cette énergie dans un discours musical davantage empreint de nuances et de subtilité. Sans doute l'arrivée d'un nouveau guitariste, Takahiro Izutani, fortement impliqué dans le travail d'écriture, a-t-elle été cruciale dans cette évolution. Mais on sera également tenté d'y voir également une reprise en main du style du quatuor par son leader, le claviériste et principal compositeur Kenichi Morimoto, désireux de l'orienter davantage dans la direction des musiques nouvelles et du 'rock de chambre' de groupes comme Univers Zéro ou Henry Cow.
Si l'influence de Magma demeure, elle n'est plus qu'épisodique et confinée aux rythmes et, beaucoup plus rarement, à quelques bribes mélodiques que l'on croirait sorties tout droit d'Udu Wudu. La puissance sonore reste certes de mise, mais il est désormais difficile d'évoquer une quelconque transe rythmique. Cette puissance a finalement plus à voir avec une sorte de hard-core extrémiste, dont on sait qu'il imprègne nombre de formations nippones (Ruins en particulier). Toutefois, les sons saturés de la guitare sont souvent contrebalancés, et c'est une nouveauté des plus probantes, par des bruitages et tourbillons synthétiques à la Hawkwind.
Bref, si la musique développée ne vise clairement pas à émouvoir, elle n'en possède pas moins un réel pouvoir de fascination. Aussi, d'un certain point de vue, nous ne sommes ici pas si loin d'un Änglagård. Les multiples changements d'ambiance (interludes intimistes, parfois jazzy, parfois étonnamment mélodiques) comme l'éclat instrumental (la cohésion du quatuor est réellement époustouflante) de cette musique en constant bouillonnement lui confèrent en effet une richesse inattendue.
Ces différents partis-pris font de Toscco un album beaucoup plus accessible que son devancier, et moins susceptible de rebuter les personnes d'habitude peu friandes de l'école 'zeuhl'. Le contexte débridé et le souci de variété affiché ont de plus l'immense mérite de ne jamais donner le temps aux conventions de genres bien délimités de s'installer. Voilà qui devrait permettre à Happy Family de s'extirper de toute affiliation réductrice et de trouver un large écho auprès des mélomanes progressifs férus d'audace et d'innovation... et munis de tympans à toute épreuve !!!
Laurent MÉTAYER, avec Jérôme SCHMIDT
(chronique parue dans Big Bang n°21 - Juillet/Août 1997)

