BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Capricorne "Ultime Condensation De La Matière" (2:10)
2. L'Empreinte D'Uranus "Éclatement De La Matière" (6:56)
3. La Roue Du Temps "Espace Chronique" (1:50)
4. Dialogue H2O "Articulation Des Complémentaires" (10:50)
5. La Course Des Nuages "Levée Du Voile" (1:46)
6. Les Jardins "Ethernels" "Ici, Ni Mouvement, Ni Joie Ni Peine Et Pourtant Tout Y Est" (24:40)

FORMATION :

Thierry Brandet

(claviers)

Pascal Tremblay

(basse)

Claude Chauveau

(batterie)

Delphine Douillard

(harpe)

HÉCÉNIA

"La Couleur Du Feu"

France - 1994

Muséa - 48:22

 

 

Cinq années se sont écoulées depuis le premier album d'Hécénia, Légendes, modifiant de façon conséquente les conditions d'existence du groupe angevin. Thierry Brandet est aujourd'hui entouré d'une nouvelle équipe d'instrumentistes, qui ne remplacent cependant pas la précédente à l'identique. Plus donc de chanteur ni de guitariste, mais enfin une réelle section rythmique (Pascal Tremblay à la basse, et Claude Chauveau à la batterie) et une (divine) harpiste (Delphine Douillard).

Le temps qui sépara la conception de La Couleur Du Feu de sa sortie, éclaire d'ailleurs la personnalité du mentor d'Hécénia. Il est évident que Thierry Brandet est un artiste opiniâtre et un compositeur foncièrement individualiste et perfectionniste. Désirant sûrement, de manière inconsciente, justifier la démarche de ce dernier, je me permettrai de vous citer une phrase de Saint-John Perse (alias Alexis Léger) : "L'œuvre d'art capable de devancer le temps et de bouleverser les frontières est obligatoirement le fait d'un acte solitaire".

Dans cette optique, il semble évident que La Couleur Du Feu marquera les esprits qui auront la chance de l'écouter, tant il s'impose, dès la première écoute, comme l'un des plus précieux fleurons du patrimoine progressif, non seulement français, mais mondial. Cet album possède effectivement une intense originalité, qui dénie logiquement toute tentative de comparaison (ceci est d'ailleurs une bonne chose, car nous permettra d'éviter de tomber dans le travers des rapprochements douteux et restrictifs). Cette réelle singularité confère à Hécénia une couleur musicale identifiable entre mille, qui fait qu'en tant qu'auditeur, on a une tendance égocentrique à vouloir se l'approprier. La richesse des six compositions est telle qu'on se laisse gracieusement emprisonner dans les oubliettes de leur construction mélodique. Brandet, par la force de son écriture, parvient à injecter énormément d'émotion et de sensibilité dans les paysages que ses claviers dépeignent. Cela peut sembler paradoxal, mais le panorama sonore qui s'offre alors à nos oreilles m'évoque, non pas un désert suffocant de chaleur, mais des contrées entièrement enneigées exacerbant, par leur calme, l'acuité auditive. L'assemblage minutieux des notes réalisé par le miniaturiste Brandet acquiert alors une capacité de séduction à laquelle il sera vain de vouloir échapper. Car le bon goût de ce claviériste, parvenu visiblement à sa pleine maturité, s'exprime autant dans la pertinence de ses choix sonores que dans la précision et la profondeur de chacune de ses compositions.

Je pense que vous l'aurez compris, les claviers sont ici souverains pour décrire des atmosphères sensiblement plus classisantes que sur Légendes. De façon générale, La Couleur Du Feu est moins typiquement progressif que son prédécesseur, ayant délaissé les majestueuses et longues envolées de Moog au profit de passages plus intimistes. Quant aux phases les plus dynamiques, elles sont orchestrées par l'orgue vrombissant cher à Brandet, qui traduit son évidente passion pour Jean-Sébastien Bach. Je crois cependant que les comparaisons que l'on pourrait effectuer entre les deux albums d'Hécénia sont stériles car elles mettent en relation des géniteurs qui n'ont plus grand-chose à voir entre eux.

Il est temps à présent de vous parler de la judicieuse idée qu'a eue Thierry d'enrichir sa palette sonore des arpèges volubiles (arpeggio vient d'ailleurs de arpa, en italien) de la harpe de Delphine Douillard. Cet apport, plein de romantisme, confère définitivement à l'album des caractéristiques d'ordre classique. La harpe, qui fut initialement une instrument de choix en musique de chambre, est très ancrée dans la tradition musicale française, d'un point de vue classique bien sûr mais aussi folk (Alan Stivell, qui joua un rôle important dans la redécouverte de cet instrument symbole). Cette union (libre... de tout carcan) à laquelle Hécénia nous convie peut par conséquent être interprétée comme une 'revisitation' moderne et intelligente, sous une forme progressive évidemment, de la musique classique qu'honora avec brio le siècle romantique (le XIXème). Je vous laisse maintenant entre les mains expertes de Brandet, qui se propose de démêler (succinctement, rassurez-vous ! Il ne veut aucunement vous priver du plaisir d'une analyse personnelle) les entrelacs de "Dialogue H20" (10:50), morceau qui, à mon sens (et pas forcément au sien), représente la quintessence de l'art jubilatoire d'Hécénia :

"H2O est, comme vous le savez sûrement, le symbole chimique de l'eau. Ce titre est en fait une astuce qui explicite de manière voilée le contenu du morceau : H2 pour deux harpes (je pensais au départ qu'il en faudrait deux pour le jouer) et O pour orgue ! L'eau est l'élément qui fait la jonction entre le ciel et la terre. Elle réunit les opposés, plutôt les complémentaires, d'où le sous-titre de la composition, "Articulation Des Complémentaires". Elle symbolise l'attitude de l'esprit séparateur qui transforme les opposés en complémentaires. Le plus et le moins sont nécessaires pour créer le courant électrique par exemple, on n'a donc pas à choisir entre l'un et l'autre, c'est-à-dire à les hiérarchiser. "Dialogue H2O" est bâti sur la fusion et l'harmonisation de deux instruments qui ne sont pas faits pour jouer ensemble. Lors de la première partie, l'orgue et la harpe s'expriment tour à tour en solitaire; mais, en cours de route, l'orgue [ndr : dans un accès de jalousie face à la beauté diaphane de sa rivale ?] tente de se mettre à la hauteur de son adversaire en jouant sur le son (orgue-flûte). Mais il 'craque' et se fait grondant de colère. La dispute éclate entre les deux instruments. La harpe ne veut cependant pas rentrer dans ce conflit, et cherche alors à tempérer la fougue du 'belliqueux'. L'harmonie parvient finalement à se créer, orgue et harpe jouant ensemble et enfin dans leur vraie nature...".

Bien que cette composition décrive idéalement le génie de Brandet, elle ne doit aucunement me faire oublier de vous parler des cinq autres (dont la suite de 25 minutes qui honore, durant de longues séquences, un symphonisme précieux et délicat, avant de voir l'orgue exercer son hégémonie et de laisser, galanterie oblige, le mot de la fin à la harpe : grandiose !!), qui sont agencées avec intelligence. La Couleur Du Feu est en effet structuré sur l'alternance de morceaux touffus (7, 11 et 25 minutes) et de courtes pièces transitoires (2 minutes en moyenne). Ces dernières doivent vraiment être considérées comme des havres de tranquillité pour l'esprit, nous préparant, par leur tendre mélodie, aux joutes instrumentales qu'elles introduisent.

Il me faut à présent aborder le problème de l'écriture rythmique qui, comme toujours dans le cas d'œuvres d'essence symphonique, prête le flanc à la critique. Loin de moi l'idée de polémiquer car, au contraire, les réserves que je peux émettre en ce domaine crédibilisent le ton quelque peu dithyrambique de mes propos ultérieurs. De façon générale, la démarche perfectionniste de compositeur de Brandet est assez (et logiquement somme toute) égocentrique dans la mesure où elle sert uniquement les claviers. Ainsi, si les parties de basse sont tout à fait réussies, on sent en revanche que Claude Chauveau n'est pas vraiment à son aise. Le problème peut alors se poser en ces termes : composer à l'aide d'une boîte à rythmes ne génère-t-il pas des séquences injouables pour un vrai batteur ? Car Chauveau, du coup pas très à son avantage ici, paraît être un musicien compétent, mis uniquement en défaut par le caractère mécanique et dense de la rythmique. Il lui semble impossible d'injecter une réelle personnalité dans son jeu, tant la partition est fermée, fixée. Cette situation trouve ses limites auditives dans le contraste, parfois désagréable, qu'elle engendre entre les sonorités cristallines des claviers et de la harpe, et le côté pétaradant de la batterie. L'interpénétration entre ces instruments ne parvient généralement pas à s'effectuer sans heurts, c'est-à-dire avec naturel. Quoi qu'il en soit, le doigt est mis sur le talon d'Achille d'Hécénia, dont la musique semble devoir refuser, par essence, tout habillage rythmique. La solution, qui ne passe pas à mon avis par la disparition pure et simple de la batterie, peut éventuellement se situer dans l'utilisation de percussions ou de séquenceurs (façon Tangerine Dream). Elle n'appartient de toute façon qu'à Thierry Brandet, qui, on l'espère, ne tardera pas à la trouver, car son immense talent mérite une apparence formelle irréprochable.

Ces critiques demeurent évidemment marginales par rapport au gigantisme de l'œuvre, mais représentent tout de même (en guise de motivation pour Hécénia) la marge de progression que le groupe se doit encore de franchir. On n'ose alors imaginer le possible résultat, car, à la lumière de multiples écoutes, La Couleur Du Feu pourrait bien déjà apparaître, par la perfection de son écriture harmonique, comme le plus abouti à ce jour des albums progressifs français...

Olivier PELLETANT et Laurent MÉTAYER

Entretien avec Thierry BRANDET :

Salut, Thierry. Je m'aperçois que je ne t'ai jamais demandé la signification et le pourquoi du nom d'Hécénia...

Hécénia a pour souche "Essénien". Les Esséniens étaient une communauté religieuse juive, installée du IIème siècle avant J.C. au 1er siècle après J.C. à Qumran, en Palestine, dont on découvrit entre 1946 et 1956 les manuscrits. Beaucoup de courants ésotériques (rose-croix, théosophe etc...) prétendent que le Christ y a été initié durant toute la partie de sa vie qui n'est pas mentionnée dans les quatre Évangiles reconnus par la chrétienté. D'après l'écrivain Messadié, il existe 31 autres versions de la vie de Jésus non acceptées, elles aussi, par l'Église (la censure est dure !). Les Esséniens effectuaient le baptême, étaient médecins, et pratiquaient le rite du pain et du vin. D'après l'ethnologue Louis-Claude Vincent, les Esséniens seraient les descendants des "Gymnosophes", qui eux-mêmes étaient ceux des prêtres égyptiens. Ils auraient conservé les secrets non dévoilés d'une Égypte, finalement mal connue, qui serait la décadence d'une société plus ancienne engloutie (mythe repris par les Grecs de l'Atlantide). Savais-tu que les Grecs ont passé beaucoup de temps à étudier les apports des Egyptiens (les pères de la science moderne) ? Ces derniers ne laissaient aucun écrit, à l'instar des hindous d'ailleurs. Un sage hindou affirmait à ce propos que "le livre affaiblit la mémoire". L.C. Vincent dit, et démontre, que les Grecs n'ont fait que compiler les informations scientifiques des Égyptiens (cf. en fin d'entretien quelques-unes de ses références bibliographiques).

Le nom d'Hécénia est donc là pour nous interroger sur ce que nous dissimule l'apparence des choses, officialisées par des gens trop pressés ou en quête de pouvoir et/ou de notoriété. Beaucoup de faits de l'histoire de l'humanité demeurent encore à approfondir. Alors, bonne chasse à tous !...

Peux-tu nous parler du concept de La Couleur Du Feu ? Je dois t'avouer ma surprise, car le feu symbolise pour moi la passion dévorante et excessive, alors que ta musique m'évoque la sérénité et la rationnalité...

Le feu est un élément symbolisant la conscience; il rappelle le soleil qui permet l'activité sur Terre. Sans lui, pas de vie ! De plus, le feu réchauffe l'hiver; dans l'obscurité, il rassure : le monde de la nuit est celui des monstres et des fantômes, représentant en fait la partie inexplorée de l'inconscience humaine, les angoisses et les refoulements. Le feu est là pour accorder sa chaleur et pour éclairer celui qui se blottit autour de lui; il révèle ainsi les formes fantasmagoriques dans leur réalité. Il évite aux "loups de la nuit" de dévorer l'homme aventuré dans ses rêves nocturnes. Le feu symbolise donc l'étincelle de vie qui brille au cœur de l'homme. C'est pour ça qu'il faut savoir l'entretenir, pour éviter d'être la proie de son inconscience. Promène-toi la nuit, une bougie à la main, et vois comme le noir s'incline, s'efface, devant la flamme. Les hindous, dans les rites védiques [les Véda - en sanscrit "le savoir" - sont des textes sacrés de l'hindouisme], s'adressaient à Agni [dieu du Feu], Pour les hindous, le feu purifie et détruit les scories de l'homme (symboliquement, bien sûr). Le concept a d'ailleurs été repris par la chrétienté avec le purgatoire : le dieu Agni aurait-il été changé en "l'agneau" de Dieu, fêté à Pâques, et censé sauver le péché du monde ? Ce qui est étonnant, c'est que Pâques se trouve peu après la nouvelle année astrologique, lorsque le soleil est dans le Bélier (signe cardinal de feu, symbolisant la renaissance de l'impulsion vitale). Si l'on considère que la Terre est le monde de l'incarnation et le Ciel le monde désincarné, on peut dire que c'est l'eau qui fait la jonction entre eux. En effet, l'eau tombe du ciel sous forme de pluie, pénètre la terre, puis s'évapore et réintègre le ciel : c'est bien le feu qui permet l'évaporation. Il est donc l'élément par lequel on peut prendre contact avec le ciel. Toujours en astrologie traditionnelle, le Sagittaire est le signe du visionnaire, de l'avenir et de la prophétie : c'est le signe mutable de feu. Lorsque les hindous incinéraient leurs morts, ils provoquaient la dissociation des éléments pour qu'ils retournent à leur source. La terre à la terre (sous forme de cendre), l'eau à l'eau, l'air à l'air (sous forme de condensation et mouvement de fumée) et la lumière à la lumière (avec la couleur du feu...). Dans les cimetières, la dissociation se fait aussi, et la lumière est encore présente (les feu-follets). Un homme vivant a une température de 37°, lorsqu'il est mort, il est froid. L'homme est donc une espèce de "feu vivant".

Là où je rejoins ton point de vue quant au "feu-passion", c'est qu'un feu qui brûle trop détruit. Trop de fièvre, et on meurt. Mais, regarde bien autour de toi, les gens actifs vivent dans la passion et le désir, alors que les dépressifs n'éprouvent aucune envie; et pourtant, ces derniers ont besoin de chaleur humaine...

J'imagine alors que les titres de chacun des morceaux ont eux aussi une signification bien précise ?

Globalement, le CD se veut être une quête initiatique, un retour vers l'unité fondamentale, c'est-à-dire vers l'essence de toute chose. Le premier morceau, "Capricorne" (2:10), symbolise l'étape terrestre (le bas). Le Capricorne est le signe cardinal de la Terre : c'est un signe de solitude, intellectuel, scientifique, sceptique, structurel et cristallisant. Son point fort est donc l'organisation et le pouvoir matériel, et son point faible la classification à outrance.

"L'Empreinte D'Uranus" (6:56) : d'un point de vue astronomique, Uranus vient après Saturne (cette dernière étant la planète analogique au Capricorne, car elle porte ses propriétés). Symboliquement, Uranus rompt, brise, détruit ce qui a été établi par Saturne. Elle représente de plus la révolte, l'anticonformisme, l'imprévu, l'innovation et la provocation; avec cette composition, on assiste alors à la naissance du mouvement, du rythme, et donc à l'entrée dans le monde du temps.

"La Roue Du Temps" (1:50) caractérise le retour cyclique des événements (on monte et on descend).

Quant au quatrième morceau, je l'ai déjà évoqué dans ta chronique.

Avec le cinquième titre - "La Course Des Nuages" (1:46) -, on peut enfin voir le ciel. Les nuages nous empêchent d'admirer sa plénitude; lorsqu'ils s'écartent, il y a "lever du voile".

"Les Jardins «Ethernels»" (24:40) racontent pour leur part toutes les péripéties pour arriver à l'essence des choses, à "la fondamentale". Dans les traditions, l'élément éther était la matrice des quatre autres éléments, il est donc le germe de toute chose manifestée.

Tu as l'air très au fait des choses de l'astrologie. La pratiques-tu ?

Oui, je pratique l'astrologie, comme toutes les "sciences" du symbolisme. Il ne faut bien évidemment pas confondre ces pratiques avec la science. Le mode de pensée n'est certes pas le même, mais est tout aussi valable. Il faut savoir s'ouvrir à d'autres formes spirituelles que le cartésianisme, qui fonctionne peut-être parfaitement pour l'empirisme (j'ai d'ailleurs un Bac D), mais pas pour la connaissance de l'homme. Actuellement, l'astrologie est méconnue des scientifiques qui, à mes yeux, se rendent ridicules quand ils en parlent. Ils n'y connaissent rien, et ont pourtant un avis (c'est tout le contraire d'une attitude rationnelle). On peut rapprocher cette idée de quelqu'un qui rejetterait en bloc la géométrie sous prétexte qu'elle repose sur des axiomes jamais démontrés (puisque axiomes). L'astrologie, c'est comme la musique, il faut beaucoup d'années d'observation et de travail, et l'interprétation reste un art. Ça ne s'apprend pas en cinq minutes ! Alors, les dérives mercantiles de l'astrologie sont ce que la techno est à la musique... Sans commentaire !

L'utilisation de l'astrologie pour prédire l'avenir à tout vent est ridicule. L'astrologie a toujours été pratiquée par les scientifiques (Kepler, Copernic et plus récemment Einstein). C'est sous Colbert qu'elle ne fut plus enseignée en université (nouvelle censure arbitraire !) et là, elle est tombée entre les mains de gens moins doués, faisant preuve de moins de discernement, et dérivant peu à peu vers des recettes de cuisines... Si les scientifiques s'y intéressaient davantage (comme ça a tendance à être le cas en cette fin d'ère), elle recouvrerait certainement ses lettres de noblesse...

La pochette de La Couleur Du Feu répond-elle elle aussi à un souci symbolique de ta part ?

Non, pas vraiment. J'ai laissé carte blanche à Thierry Moreau. Je lui ai donné les maquettes sonores et le concept, puis c'est lui qui a fait le reste. La photo a été prise un soir de l'été dernier; les champs venaient d'être fauchés, et les paysans y avaient mis le feu ci et là. Je lui avais plutôt demandé un photomontage, mais finalement j'aime beaucoup de résultat. Tu vois, dans la nature (comme dans l'homme ?), le feu détruit les résidus (les scories)...

Quel est le tirage de l'album ?

La Couleur Du Feu a été tiré à 500 exemplaires, et sera re-pressé, suivant la demande, par tranches de 500.

As-tu volontairement délaissé l'instrument-roi de Légendes, à savoir le moog ?

Non, il n'y a pas de raison particulière à propos de la faible utilisation du moog sur La Couleur Du Feu. Je l'utilise par exemple beaucoup dans le nouveau morceau de 12 minutes que je viens de composer.

Les nouveaux venus dans Hécénia vont-ils s'impliquer dans l'écriture musicale d'un éventuel troisième album ?

Claude, Pascal et Delphine ne désirent pas composer. Ils se sentent mieux dans leurs rôles d'exécutants; ce qui ne les empêche pas cependant de me donner leur avis, dont je tiens bien sûr compte. Même si je demeure le seul compositeur, j'estime qu'il y a quand même, et réellement, un esprit et un travail de groupe, j'espère simplement que cette formation tiendra (mais l'avenir ne nous appartient pas...).

Pour l'instant, aucune proposition de concert, mais j'attends de réunir assez d'articles sur le groupe pour vraiment prospecter. La survie d'Hécénia sous sa forme actuelle dépendra des concerts. Le travail de mise en place (surtout rythmique : Claude et Pascal ont passé un temps fou a travailler tous les deux entre les répétitions) demande beaucoup de suivi, et il faudra logiquement que l'on tourne pour conserver la dynamique présente.

Il est donc trop tôt pour s'avancer quant à un troisième album (ce que j'espère néanmoins...).

J'ai appris que Légendes allait être bientôt réédité en CD. N'est-il pas possible, comme ce fut le cas pour Carillons de Jean-Pascal Boffo, d'y apporter de nouvelles parties de batterie ?

Non, on ne peut pas retoucher aux bandes studio. L'enregistrement a été effectué en 8 pistes, car nous n'avions pas les moyens financiers d'en avoir plus. Le mixage avait été un vrai bazar, car nous étions obligés d'avoir plusieurs instruments sur la même piste. De plus, le calage d'un vrai batteur ferait vraiment "lifting artificiel". En fait, ça serait plus facile, mais aussi beaucoup plus coûteux, de tout refaire. De toute façon, je préfère aller de l'avant, et préparer un autre album, plutôt que de bricoler Légendes. Je n'ai de plus pas envie de reformer l'ancien groupe, je préfère faire vivre le nouveau. Hécénia 1 n'a pas marché, et j'ai perdu beaucoup d'argent. Je crois en la dynamique du groupe actuel, et je préfère dépenser mon énergie à ce qu'il prenne de l'expansion. Toute l'équipe est d'accord pour faire de la scène et continuer. Je pense d'ailleurs que ça serait bien de roder les morceaux du prochain album sur scène (si comme je l'ai dit tout à l'heure, l'occasion nous en est donnée...). Je sais, c'est dommage pour Légendes, mais on est trop peu connus et on n'a pas les moyens financiers (Boffo vend beaucoup plus que nous). Il est vrai qu'on avait espéré, avec la première formation, faire un enregistrement live, mais il n'y eut pas assez de concerts et, leitmotiv récurrent, pas assez d'argent. Sache qu'au "143", en 1991, on ne s'est déplacés qu'en contrepartie des frais de transport. Un groupe, c'est beaucoup de travail, le travail c'est du temps, et malheureusement dans notre société actuelle, le temps c'est de l'argent. Aujourd'hui, je ne ferais plus la même erreur de jouer pour rien; ça a asphyxié le premier groupe, ça l'a démotivé et il a fini par s'effondrer comme un château de cartes. Mais cela a eu l'avantage de me conforter dans l'idée de faire ce que je voulais, sans aucune limite. Dans La Couleur Du Feu, j'ai mis le meilleur de moi-même; je me suis laissé aller sans penser au public qui l'écouterait. Après Légendes, si Jean-Paul et Daniel voulaient que ce soit plus chanté et plus rock, c'est avant tout parce qu'ils pensaient que ça se vendrait mieux. Cela a eu pour effet de me débloquer et de me faire composer La Couleur Du Feu. C'est sûrement pour ça que le nouvel album sonne plus 'classique' (j'ai dix ans de piano classique derrière moi). J'ai effectivement beaucoup travaillé, et Pascal, Claude et Delphine également. Ce projet paraissait au départ un peu fou, mais c'est ce défi qui, paradoxalement, nous motivait. On est réellement très heureux de jouer cette musique, et franchement, on n'attend qu'une chose : la scène !!!

As-tu une date précise de sortie pour la version CD de Légendes ?

Je viens d'envoyer à Muséa les bandes et les informations nécessaires au livret il y a quelques jours. La réédition ne devrait donc pas tarder (un mois ou deux).

Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

Oui, je souhaite dire que cette expérience et cette rencontre avec Pascal, Claude et Delphine, sont quelque chose de fantastique pour moi. Et même si le disque ne marche pas d'un point de vue commercial (ce que je ne souhaite pas quand même !), c'est déjà pour moi un succès, car il y a eu réellement un travail de groupe, une énergie, la vie, quoi !...

Références bibliographiques :
"Le Paradis Perdu De Mu - Le Continent Englouti Du Pacifique " de Louis-Claude Vincent (Ed. Copernic - Tome 1 - et Ed. La Source D'Or - Tome 2)

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°10 - Mars/Avril 1995)