BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Into Voyage (8:09)
2. Terminal Scorn Serenade (3:58)
3. There (19:19)
4. Two Towers (7:13)
5. Metamorphosis (16:14)
6. Dystopia (8:39)
7. Intermezzo (1:18)
8. The Room Of Decision (4:15)
9. Birth (6:42)

FORMATION :

Wolfgang Hierl

(guitares électrique et acoustique, flûte, claviers, chant)

Uli Jenne

(batterie, percussions)

Erich Kogler

(basses électrique et acoustique, piano, chant)

Erich Kogler

(claviers, accordéon, chant)

HIGH WHEEL

"There"

Allemagne - 1996

Ipso Facto - 75:48

 

 

Bien que There soit son troisième album, Big Bang ne vous avait jamais parlé d'High Wheel jusqu'à aujourd'hui. La raison en est simple : nous ne savions tout simplement pas trop que penser de sa musique (une espèce de maelstrom de défauts et de qualités, susceptible d'engendrer à terme le meilleur comme le pire...).

There arrive donc à point pour examiner le fondement, et l'éventuelle concrétisation, de l'alternative évoquée... Pour être complet et précis, il me faut au préalable vous rappeler que High Wheel existe depuis 1989, à l'initiative de Wolfgang Hierl (unique compositeur, guitare, flûte, claviers et chant), Uli Jenne (batterie) et Erich Kogler (basse et claviers). Ce trio est ensuite rejoint en 1991 par Andreas Lobinger (claviers et guitare), arrivée qui permet alors à High Wheel d'exister sous sa forme actuelle. Le travail de création peut commencer : deux albums voient successivement le jour en 1993 et 1994, respectivement 1910 et Remember The Colours.

Globalement, si aucun des deux ne me semble vraiment réussi, on note malgré tout une plus grande ambition progressive sur le premier et plus de maîtrise sur le second. Vous le voyez, difficile pour nous de souscrire à l'enthousiasme qui accompagna leur sortie... Engouement qui, soit dit en passant, fut apparemment un peu rapide , car personne ne parle aujourd'hui (c'est-à-dire avant la sortie du nouvel album) avec plus d'affection que cela de ces chers allemands...

Basé sur un concept intéressant (après s'être suicidé, un jeune homme se retrouve en un lieu étrange qui s'avère n'être ni le paradis ni l'enfer), mais un peu bêtement idéaliste (je vous laisse imaginer la fin...), There s'impose rapidement comme le fruit d'un talent parvenu à maturité. Voici réunies en un ensemble parfaitement proportionné les aspirations progressives de 1910 et l'assurance (tant au niveau de la production que de la maîtrise technique des musiciens) de son successeur. Le tout baignant dans une ambiance légèrement loufoque : on passe effectivement parfois du coq à l'âne, mais avec un tel naturel que l'auditeur n'en ressent aucune gène.

Cette facette de la personnalité de High Wheel se retrouve essentiellement dans le brassage des styles (quelquefois au cœur du même morceau) qu'il effectue avec un culot qui n'a d'égal que sa spontanéité. La musique de ce jeune (la moyenne d'âge est de 25 ans) quatuor emprunte en effet beaucoup à différents sous-genres du mouvement progressif. On peut ainsi reconnaître diverses influences (ou références, à vous de voir selon vos propres nuances...) comme Eloy (le morceau instrumental d'ouverture "Into Voyage" (8:09) est fabuleusement proche de ce qu'a pu faire la bande à Bornemann vers la fin des années 70), Pink Floyd (la mégalomanie conceptuelle), Gentle Giant (le goût pour certaines structures alambiquées et saupoudrées d'arrangements vocaux) et même certains ténors du mouvement hard-progressif (je pense surtout au meilleur Dream Theater) et de la scène Scandinave (une nostalgie très sombre apparaît ici et là)...

Ce qui est le plus surprenant, c'est que le groupe ait su réaliser une fusion brillante (la pari n'était pas gagné d'avance, loin de là...) de ces références a priori assez incompatibles. Le propos musical de High Wheel est ainsi paradoxalement très original et à même de séduire les amateurs de rock symphonique, de musique complexe et aventureuse et de hard-prog. Etonnant, non ?

Neuf compositions (de 1:18 à 19:19, en passant par 8:09, 3:58, 7:13, 16:14, 8:39, 4:15 et 6:42) structurent donc cet ambitieux ouvrage en une multitude de galeries sonores au sein desquelles il est bon de déambuler.

De plus, pour une fois que le chant est à la hauteur de l'ambition affichée, il serait malvenu de ne pas le saluer. Wolfgang Hierl guide effectivement nos pas hébétés (la douce surprise, certainement...) en nous dévoilant de nombreuses paroles souvent empreintes de poésie. Notre talentueux vocaliste est relativement présent tout au long de l'album, ce que réclame bien sûr l'exposition du concept. Les amateurs de symphonisme verront peut-être ici la limite de leur affection (malgré tout importante) à apporter à High Wheel. Pour les autres, la fête bat son plein pendant une heure et quart, voyant défiler toutes sortes de thèmes célébrant un rock progressif tour à tour classique, insolite et extravagant...

Un pavé ambitieux jeté (pour une fois) avec intelligence dans la mare de l'orthodoxie progressive...

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°17 - Automne 1996)