
PISTES :
1. Overdrive (4:55)
2. Matrix (Part One) (9:59)
3. Interchange (7:06)
4. Ascendant (2:53)
5. Sphinx Dancer (5:21)
6. Into Space (4:20)
7. Taken To The Limit (5:06)
8. Sequent Seven (2:47)
9. Matrix (Part Two) (9:16)
10. Dawning Light (2:12)
11. Into The Blue (9:33)
12. Tritone (3:15)
FORMATION :
Steve Hillman
(guitare électrique, basse, claviers, synthétiseurs, programmation rythmique)
STEVE HILLMAN
"Matrix"
Royaume-Uni - 1994
Cyclops - 66:45
Cyclops : patronyme encore trop ambitieux au 'regard' du manque de 'clairvoyance' dont a fait preuve jusqu'ici le label anglais dans le choix de ses poulains... Malgré le scandinave et sympathique Fruitcake, on croyait cette maison de disques définitivement embourbée dans un néo-progressif insipide et sans vie (Walking On Ice, Epilogue, Ezra, Credo, Abbfinoosty...). Et heureusement, Steve Hillman est apparu.
A l'instar de Chris Fournier ("Mr. Fonya"), ce multi-instrumentiste (guitare électrique, basse et claviers, sans oublier la programmation rythmique) a publié, entre 1983 et 1993, une flopée (dix, dont une compilation) de cassettes démo autoproduites. La confidentialité dans laquelle ce format confinait Steve Hillman est aujourd'hui brisée par la publication de son superbe premier CD.
Matrix est en effet une franche réussite et doit s'appréhender comme le point de rencontre (a priori difficilement imaginable) de trois formations : Tangerine Dream, Eloy et Ozric Tentacles.
De la première, l'ami Steve s'est approprié la structure synthétique et le goût des transitions glacées (voire spectrales); la seconde lui a inspiré ses longs développements spatiaux, orchestrés par des claviers aux mélodies bouleversantes; quant à la troisième, il en a saisi la personnalité quelque peu délirante pour élaborer des séquences, où la guitare hystérique (mais toujours mélodique) et obsédante vient occuper le devant de la scène.
Cette alchimie, probante sur l'ensemble des douze morceaux (de 2:12 à 9:53) - instrumentaux et souvent liés entre eux -, est particulièrement réussie pour les deux parties de "Matrix" (9:53 et 9:13), "Interchange" (7:06) et "Into The Blue" (9:27). On y contemple, dans toute sa splendeur, un space-rock progressif, original (malgré les évidentes références stylistiques) et animé d'un souci mélodique de tous les instants.
Comme pour la plupart des multi-instrumentistes, la principale critique s'oriente ici aussi vers le côté artificiel des rythmes programmés. Néanmoins ces derniers sont globalement noyés sous les sonorités des séquenceurs, ce qui leur ôte de fait l'éventuel statut de "problème rédhibitoire". De plus, pour combattre l'aspect légèrement déshumanisé de son environnement musical, Steve Hillman a eu l'heureuse idée de faire appel, sur deux titres, à sa flûtiste de femme, Linda, qui apporte à Matrix une chaleur souhaitable.
Ainsi, cet album, malgré un style fortement orienté et une mise en son parfois maladroite, saura certainement séduire un grand nombre d'entre nous grâce notamment aux formidables pouvoir d'évocation de ses thèmes mélodiques. Les moins convaincus auront au moins le plaisir de constater que le Royaume-Uni peut, de temps à autre, s'extirper de la culture néo-progressive qui l'étouffe et engendrer des œuvres un tant soit peu singulières.
Olivier PELLETANT
(chronique parue dans Big Bang n°11 - Mai/Juin 1995)

