
PISTES :
1. Sinfonia Della Luna Part 1 (1:47)
2. Höstsonaten (41:21)
i) Sunset
ii) Starfields
iii) Forest
iv) Ghosts Of Summer Evenings
v) Watersong
vi) Spirals
vii) Seascape
viii) Morning
3. Remember You (7:32)
4. The Rime Of The Ancient Mariner Part I (12:35)
FORMATION :
Fabio Zuffanti
(basse synthétiseur, guitare classique, chant)
Stefano Marelli
(guitares)
Osvaldo Giordano
(synthétiseurs, mellotron)
Fabio Casanova
(minimoog)
Boris Valle
(piano, monimoog)
Edmondo Romano
(saxophone, flûtes à bec)
Francesca Biagini
(flûte)
Marco Cavani
(batterie, percussions électroniques, programmation)
Claudio Castellini
(chant [4])
Carlo Carnevali
(chant, narration {4])
FINISTERRE PROJECT
"Höstsonaten"
Italie - 1997
Mellow Records - 63:18
Si l'on avait de quelconques raisons de soupçonner Fabio Zuffanti d'être guidé par de sombres et cyniques pensées mercantiles, on serait tenté de voir dans ce Höstsonaten un produit habilement calibré pour séduire le plus grand nombre d'amateurs de rock progressif.
Le menu affiché est effectivement particulièrement alléchant ! On note évidemment d'emblée la présence d'une pièce (qui donne son titre au CD) s'étendant sur pas moins de 40 minutes ! On avait rarement vu cela depuis le mémorable Quasimodo de Quatema Requiem... Et puis, il y a la participation d'une pléthore d'invités, garants d'une richesse instrumentale conséquente. Parmi eux, des membres de Finisterre bien sûr - Stefano Marelli (guitare), Boris Valle (piano, moog), Francesca Biagini (flûte) et même l'ancien batteur Marco Cavani ! - mais aussi le fidèle Edmondo Romano (Eris Pluvia, Ancient Veil), son sax soprano et surtout sa flûte à bec, Fabio Casanova (Malombra) aux claviers, Osvaldo Giordano aux claviers et au mellotron et enfin, Claudio Castellini et Carlo Carnevali aux chœurs. Quant à Fabio, en plus de la basse, il assure des parties de guitare acoustique, de synthé et de chant.
Bref, tous les ingrédients sont réunis pour faire de Höstsonaten une grande réussite. Et force est de constater que, sans atteindre la perfection absolue, elle s'impose d'ores et déjà comme l'un des jalons essentiels de l'année progressive en cours. Par son ampleur, l'initiative de Fabio Zuffanti force le respect, et par ailleurs la perspective d'une épopée musicale à rebondissements comme l'est la pièce-phare de l'œuvre ne peut que séduire tout amateur de rock progressif qui se respecte.
Pourtant, les premières écoutes s'avèrent un peu fastidieuses. Dans son ensemble, Höstsonaten donne une impression de langueur et de mollesse, due à l'étirement des thèmes comme aux partis-pris de l'instrumentation (le côté pastoral des séquences acoustiques) et aux rythmes imprimés (souvent lents, voire très lents). Cependant, à mesure que l'on se familiarise avec l'album, le propos de Fabio Zuffanti révèle une cohérence insoupçonnée au premier abord, ainsi que de grandes qualités mélodiques. L'alternance de passages acoustiques et électriques, comme la variété des mélodies, procurent de plus une dose satisfaisante de contrastes, et fixent finalement assez vite de nombreux points de repère.
Toutefois, même au-delà d'une dizaine d'écoutes, on garde sur certains passages l'impression d'un manque de densité. Et paradoxalement, c'est en fait la plus courte des deux suites, «The Rime Of The Ancient Mariner» (12:35), qui par ailleurs se rapproche davantage (par son approche plus électrique) de ce que l'on connaît de Finisterre, qui en souffre le plus.
Cette impression tient à deux éléments défaillants. Le chant, tout d'abord : malgré les similitudes de sa voix avec celle de Peter Gabriel jeune, Zuffanti n'en possède hélas pas, loin s'en faut, le potentiel expressif. Beaucoup trop fluette, sa voix se cantonne à un registre étroit qui restreint de fait les possibilités musicales d'accompagnement. Il est vrai que les parties vocales sont assez rares, mais d'un autre côté elles n'en apparaissent que plus superflues.
L'autre faiblesse constatée concerne la batterie. Le jeu très pesant et embarrassé de Marco Cavani tend à empâter et plomber une musique qui aspire au contraire à la légèreté. Difficile de dire si c'est par manque de technique ou par choix stylistique (bien que l'on penche a priori fortement pour la première explication), mais le résultat est à l'évidence fort discutable. Ce qui fonctionne chez un Landberk, par exemple, repose (en fait très fragilement) sur un contexte très particulier qui est aux antipodes des racines progressives italiennes, comme des options spécifiquement développées par Fabio Zuffanti.
On peut noter la présence de deux reprises de groupes symphoniques japonais (une autre influence majeure de Fabio) : une courte reprise d'un thème du «Sinfonia Della Luna» de Mugen, magnifiquement arrangé et interprété par Francesca Biagini, et une version d'une chanson de Cinderella Search, d'un intérêt somme toute limité (même si le final instrumental est bien plus réussi que le début plus chanté), bref le seul vrai point faible de cet album...
Le grand mérite de Höstsonaten, et c'est sans doute ce qui lui permettra de séduire un très large public, c'est sa fidélité affichée et assumée à une certaine tradition progressive, symphonique en général et italienne en particulier. Cette démarche, qui peut irriter certains voyant dans le concept même de l'œuvre une absence d'originalité et une soumission aux clichés les plus fréquemment décriés de notre genre de prédilection, plaira tout autant à ceux qui y verront d'abord une invitation alléchante à un beau voyage musical...
Christian AUPETIT et Laurent MÉTAYER
Entretien avec Fabio ZUFFANTI :
Peux-tu en quelques mots nous raconter l'histoire de cet album ?
Ce projet est réellement né en 1992, et j'ai d'ailleurs commencé à enregistrer une démo dans le studio d'Eris Pluvia à cette époque, mais celle-ci n'a jamais pu être achevée. Ensuite, il y a eu l'aventure Finisterre, et du coup, je n'ai plus eu le temps de m'en occuper. Jusqu'à l'été dernier, où j'ai enfin trouvé le temps de m'y consacrer à nouveau.
Pourquoi l'avoir réalisé sous le nom de Finisterre Project ?
Le nom Höstsonaten se veut un hommage au grand cinéaste suédois Ingmar Bergman et à son film «Sonate d'Automne» de 1977. A l'avenir,Höstsonaten demeurera le nom de mes projets solo. Finisterre Project a été utilisé pour faire le lien avec le groupe, mais je ne pense pas que nous l'emploierons à nouveau.
Pourquoi avoir choisi d'enregistrer deux reprises de groupes japonais ?
Parce que j'adore le progressif japonais, en particulier Mugen, Pageant et Motoi Sakuraba. En ce qui concerne le morceau de Cinderella Search, je n'aime pas particulièrement ce morceau, mais c'est le label qui me l'a en quelque sorte imposé. Néanmoins cela ne m'a pas posé de gros problèmes.
Tes compositions mêlent intimement sonorités acoustiques et électriques...
J'aime beaucoup la musique acoustique, à travers des compositeurs anciens ou modernes, comme Anthony Phillips ou Angelo Branduardi, mais j'aime aussi le rock symphonique et le hard-prog - Dream Theater en particulier -, donc il était très naturel pour moi de marier toutes ces influences. Je voulais vraiment créer une alternance de passages calmes et plus violents. De plus, j'ai d'abord commencé ma carrière musicale en tant que compositeur de pièces acoustiques, et c'est seulement en intégrant le groupe Finisterre que j'ai découvert la voie plus rock. Ainsi les parties acoustiques de l'album sont les plus anciennes que j'aie composées.
Pourquoi avoir choisi de travailler surtout avec tes collègues de Finisterre plutôt que de tenter de nouvelles rencontres ?
Je ne me lasse pas de travailler avec ces musiciens, et puis je sais qu'ils comprennent parfaitement ce que je veux lorsque je propose une nouvelle composition. Il est très difficile de trouver des musiciens capables d'insuffler à tes morceaux exactement ce que tu désires. Avec Stefano Marelli et Boris Valle, ce problème n'existe pas ! En plus, je trouvais très naturel de leur demander leur aide. Mais cela n'exclut pas qu'à l'avenir, je fasse appel à d'autres musiciens, en particulier à des concertistes classiques (violon, trompette, trombone, etc).
Quelle est pour toi la différence fondamentale entre Höstsonaten et Finisterre ?
Elle concerne ma passion immodérée pour le rock symphonique ! Celui-ci sera toujours l'élément principal de mes travaux solistes, même si je n'exclue pas d'intégrer d'autres styles de musique. Au contraire, avec Finisterre, nous avons choisi d'avancer dans un champ d'expérimentations musicales dans lequel le rock symphonique n'est qu'une des composantes, et pas forcément la plus importante.
Pour finir, as-tu déjà des nouvelles sur tes prochains projets solo ?
Je compose actuellement les morceaux du prochain Höstsonaten dont l'enregistrement devrait débuter à la fin de l'année. Le CD comprendra cinq morceaux assez courts et une suite de 25 minutes. A priori, la musique devrait être un peu plus rock !
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°20 - Mai/Juin 1997)

