
PISTES :
1. In The Open Fields (4:57)
2. Kemper / Springtheme (5:36)
3. Living Stone And First Reprise (3:30)
4. She Sat Writing Letters On The Riverbank (3:47)
5. The Underwater And Second Reprise (3:28)
6. Lowtide (3:20)
7. The Wood Is Alive With The Smell Of The Rain (4:20)
8. Evocation Of Spring In A Fastdance (2:40)
9. Toward The Sea (13:28)
a) Black Mountains
b) 3rd Reprise
c) Springland
FORMATION :
Fabio Zuffanti
(basse, guitare acoustique)
Francesca Biagini
(flûte)
Sergio Caputo
(violon)
Edmondo Romano
(flûtes à bec, cornemuse, saxophone)
Agostino Macor
(claviers)
Boris Valle
(piano)
Robbo Vigo
(piano)
Stefano Marelli
(guitare)
Federico Foglia
(batterie)
HOSTSONATEN
"Springsong"
Italie - 2002
Sublime Label - 45:03
Il n'est guère possible d'évaluer justement cet album sans auparavant revenir sur le passé de son concepteur, Fabio Zuffanti. Pilier du groupe italien Finisterre, celui-ci a d'abord voulu explorer plus largement la voie symphonique, sans se départir du capital de sympathie dont bénéficiait le groupe à l'époque, ni de la présence de la quasi-totalité de ses membres (d'où une première appellation Finisterre Project).
Très largement entouré, le bassiste connut, dès son premier album Höstsonaten, un succès au moins équivalent à celui de son groupe d'origine, lui permettant dès l'année suivante, avec le second, Mirrorgames, d'adopter définitivement le nom d'Hostsonaten (le processus rappelle un peu celui des Flower Kings, dont le premier album était sorti sous le seul nom de Roine Stolt).
Globalement très bien accueillies par la critique et le public, ces deux premières œuvres n'en présentaient pas moins de sérieuses carences, notamment au niveau vocal et rythmique, même si ce dernier aspect était peut-être mieux maîtrisé sur Mirrorgames (grâce à un changement de batteur).
Autre problème qui, paradoxalement, a plutôt fait la popularité d'Hostsonaten, l'excessive longueur de ses compositions (avec notamment une suite de 40 minutes sur le premier opus !), ou plutôt une trop grande dilution du propos, ainsi qu'un manque de structure bien compréhensible. Par la suite un autre projet, Merlin - The Rock Opera, a permis de pallier tous ces problèmes avec un meilleur découpage et le concours d'un personnel plus performant au niveau vocal.
Aussi, dès la première écoute de ce nouvel album sous l'appellation Hostsonaten, on ne peut que constater avec satisfaction un souci de ne pas reproduire les erreurs d'origine. Le plus grand motif de satisfaction concerne l'absence de chant; particulièrement calamiteux sur Mirrorgames, Zuffanti y avait eu recours, mais en toute conscience de ses limites. La voie instrumentale s'est imposée avec la plus grande évidence, d'autant qu'elle convient idéalement à l'orientation musicale retenue.
Autre point positif, la cohérence de l'ensemble. Pourtant, le principe de la longue suite est reconduit, puisqu'elle couvre ici tout l'album, soit environ 45 minutes. Mais cette fois, elle s'avère beaucoup mieux structurée. Découpée en neuf parties, elles-mêmes articulées sur trois mouvements, Springsong s'inspire logiquement du mode symphonique. En fait, le principal tour de force de Fabio Zuffanti est d'avoir su conserver les spécificités positives de ses projets antérieurs (notamment le charme pastoral et la très grande variété de couleurs instrumentales).
Si la substance semble beaucoup plus dense tout en demeurant limpide, c'est qu'en fait l'aspect mélodique y a été beaucoup plus travaillé qu'auparavant, un aspect positivement appuyé parfois par l'usage de formes celtiques (je n'en dirais pas autant des formes orientales qui renforcent l'indolence glauque du violon sur «She Sat Writing Letters On The Riverbank»). De ce fait, l'œuvre rapproche son auteur d'un Anthony Phillips, tout en conservant, de par la participation de certains de ses membres, les couleurs d'Eris Pluvia.
Maintenant, peut-on en conclure au chef-d'œuvre ? Sûrement pas, et ça ne serait pas rendre service au compositeur que de lui laisser entendre une telle chose, car visiblement celui-ci s'est intelligemment placé dans une logique de progression où l'écho de la critique reste le plus précieux allié. L'intérêt mélodique de Springsong est certes sa plus grande qualité, mais il verse parfois dans une trop grande simplicité ou emboîte un pas langoureux qu'on pourrait croire trop appliqué. Un brin de folie serait le bienvenu sur le prochain album.
Quant à la production, si elle s'avère à même de mettre idéalement les instruments en valeur, on peut regretter que l'aient été aussi les grincements de doigts sur les cordes de guitare au tout début du CD. Les effets d'enfermement de la musique dans un placard et de voix issue d'un mauvais haut-parleur n'apportent pas grand-chose, d'autant qu'ils ont déjà été mieux exploités par d'autres.
Ceci dit, je ne voudrais pas effrayer outre mesure, ces réserves étant plutôt minces au regard de mon enthousiasme global. Compte-tenu de l'accueil que le public a réservé à ses devanciers en sachant faire abstractions de points négatifs autrement plus sérieux, il est évident que Springsong plaira très largement. C'est en tout cas ce qu'on lui souhaite, en espérant que Fabio poursuive de son côté dans la même voie ascensionnelle.
Laurent MÉTAYER
(chronique parue dans Big Bang n°43 - Mars 2002)

