
PISTES :
1. Örn (3:58)
2. Raskaana (3:10)
3. Hämärän Joutomaa (7:07)
4. Pannuhuoneesta (2:08)
5. Luottamus (4:30)
6. Kaivoonkatsoja (4:00)
7. Kosto (5:57)
8. Hätä (3:42)
9. Myrskynmusiikkia (6:46)
10. Hyönteiset (3:13)
FORMATION :
Jukka Hannukainen
(chant, synthétiseurs, programmations)
Teemu Hänninen
(batterie)
Tuomas Hänninen
(guitares)
Jussi Kärkkäinen
(guitare, orgue)
Nina Lehos
(hautbois)
Topi Lehtipuu
(chant, violon)
Marko Manninen
(violoncelle)
Jarno Sarkula
(basse, orgue)
HÖYRY-KONE
"Hyönteisiä Voi Rakastaa"
Finlande - 1995
A.P.M. - 46:26
Tout phénomène de mode doit, par définition, être envisagé avec méfiance, et l'engouement suscité à l'heure actuelle par la scène progressive Scandinave ne doit pas faire exception. L'accueil délirant réservé l'année dernière à White Willow, groupe certes plein de promesses mais à l'immaturité encore flagrante, a marqué de ce point de vue le franchissement d'une limite au-delà de laquelle la passion sincère cède la place à des automatismes tristement pavloviens.
Bref, qu'on les laisse grandir en paix, ces groupes ! Qu'on se souvienne du triste exemple d'Änglagård : si cette formation n'avait pas été portée aux nues comme elle l'a été, elle serait peut-être encore parmi nous. Attention, en tout cas, au syndrome de la poule aux œufs d'or : réclamer à des groupes plus et mieux qu'ils ne peuvent offrir, glorifier à outrance un pays ou une région que l'on considère (de façon totalement irrationnelle, on aurait presque tendance à l'oublier !) comme une source inépuisable de richesse, c'est le meilleur moyen de tarir celle-ci prématurément.
J'en viens au sujet de cette chronique : un nouveau groupe finlandais (dont le nom signifie "moteur à vapeur"), qui sort son premier album chez A.P.M. (dont le titre signifie "il est possible d'aimer les insectes"...). Il ne fait aucun doute que Höyry-Kone va provoquer des réactions très contrastées de la part du public : certains vont y voir le meilleur groupe du moment (c'est déjà le cas !), et d'autres, attentifs en priorité aux défauts du présent album, vont s'empresser de l'enterrer.
Je serai pour ma part plus mesuré. Nous avons affaire à un disque très inégal et à des musiciens bouillonnant de créativité mais semblant manquer de but précis. Résultat : un mélange de titres (dix au total, de 2:08 à 7:07) pour certains presque insupportables (sorte de new-wave expérimentale d'assez mauvais goût), pour d'autres prometteurs mais immatures (desquels ressort assez nettement l'influence de King Crimson - faut-il s'en étonner ?), et de quelques compositions plus typiquement progressives (aux multiples subdivisions), augurant d'un bel avenir.
Précisons à ce stade que Höyry-Kone se compose de huit jeunes musiciens, pour la plupart de formation classique (cela s'entend, y compris au niveau du chant de Topi Lehtipuu qui évoque de façon troublante celui d'Alberto Piras de Deus Ex Machina), et inclut aussi bien la lutherie rock 'traditionnelle' (guitares, claviers, basse, batterie) que des instruments plus inattendus (hautbois, violon et violoncelle).
C'est lorsque ces derniers sont utilisés que le groupe dévoile tout son potentiel : sa musique se fait plus mélodique, plus sereine, moins provocatrice. Car il y a à mon avis, dans ce qui choque chez Höyry-Kone, beaucoup d'anticonformisme primaire. J'y vois pour ma part une sorte de caprice de bons élèves, exprimant leur lassitude de la discipline par une révolte un peu simpliste contre les conventions, y compris celles (ou ressenties comme telles) du rock progressif.
Gageons que ceci n'est qu'une erreur de jeunesse et que cette turbulente formation saura trouver, sinon une discipline, en tout cas plus de cohérence et de maturité (en espérant que celle-ci sera placée sous le signe d'une musique plus constamment progressive). Pour le reste, nous avons avec Hyönteisiä Voi Rakastaa la preuve de son considérable potentiel...
Aymeric LEROY
(chronique parue dans Big Bang n°15 - Printemps 1996)

