BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Hypnos 69 pochette

PISTES :

1. The Endless Void (7:47)
2. Good Sinner, Bad Saint (9:54)
3. Third Nature (6:22)
4. Twisting The Knife (4:20)
5. Islands On The Sun (3:02)
6. The Next Level (4:37)
7. A Castle In The Sky (4:20)
8. Islands, Reprise (3:05)
9. Absent Friends (4:48)

FORMATION :

Steve Houtmeyers

(guitares électrique et acoustique, chant, Theremin)

Tom Vanlaer

(basse, claviers)

Dave Houtmeyers

(batterie, percussions)

Steven Marx

(saxophones ténor et baryton, clarinette, claviers)

EXTRAITS AUDIO :

HYPNOS 69

"The Intrigue Of Perception"

Belgique - 2004

Elektrohasch - 69:04

 

 

Hypnos 69 est un groupe d'envergure professionnelle : il est important de le préciser. Dès son premier album, Timeline Traveller, sorti à l'aube du nouveau millénaire et alors que le groupe n'évoluait qu'en trio, Hypnos 69 avait le potentiel de convaincre les plus sceptiques (dont je faisais partie, je l'avoue), grâce à des musiciens sûrs de leur art et une production génératrice d'un son sans faille.

Il faut dire que la naissance du trio remontait à 1996 et, air désormais connu, c'est plus à une période (1970-1975, en gros) qu'à un genre clairement défini, qu'il décida de s'inspirer. Ce qui peut donner au final, en schématisant à l'extrême, une musique au confluent de celle générée par le Black Sabbath des débuts et la période la plus symphonique de Pink Floyd.

De ce fait, nos Flamands ont toujours été affiliés au 'stoner'. Ce qui, à l'écoute de leurs trois albums en date, est bien trop réducteur d'une part, et tend fortement à s'amoindrir au fil de la sortie des albums d'autre part. J'en veux pour preuve l'iconographie des albums du groupe, passant du bon gros moteur genre Harley Davidson, à une imagerie tout ce qu'il y a de plus céleste. Car si la filiation avec Black Sabbath est assez probante sur trois des cinq titres de Timeline Traveller, elle s'amoindrit fortement dès le deuxième album du trio, sorti en 2003, Promise Of A New Moon.

Mais commençons par le commencement. Sur Timeline Traveller, Hypnos 69 est un trio classique guitare/chant-basse-batterie. Chacun assure, de façon sporadique, son quota d'interprétation aux claviers, aux sons délicieusement 'vintage', bien sûr : Hammond, ARP et Fender Rhodes en tête. Mais la guitare rugueuse de Steve Houtmeyers et la basse tellurique de Tom Vanlaer sont au centre du débat. Elles sont magnifiquement soutenues par la frappe implacable de Dave Houtmeyers à la batterie. Les titres font tous entre six et neuf minutes, le temps nécessaire pour, souvent après une introduction tout ce qu'il y a de plus 'stoner' (jusqu'à la voix, éraillée et quelque peu forcée), développer de longs entrelacs spatiaux, lors desquels le fameux theremin fait son entrée. Tout cela est bien sympathique (hormis, encore une fois, une réserve émise sur la voix) mais ce sont surtout deux superbes instrumentaux qui tirent l'album vers les sommets du genre. Un premier, «N.O. Mustang», plutôt planant, mais dominé par un son de basse énorme, cette même basse que l'on retrouve, encore plus aux avant-postes sur les deux parties de «A Neverending Enigma». Un des meilleurs morceaux qu'il m'ait été permis d'écouter de mémoire récente, tout simplement ! Imaginez Chris Squire et Tommy Iommi tapant le bœuf avec Steve Hillage lors des sessions de Wish You Were Here, et vous n'aurez qu'un faible aperçu de la maestria dégagée par ce titre ! Un pur moment de grâce qui replace Timeline Traveller rétrospectivement parmi les sorties de l'année 2002 les plus recommandables...

C'est malheureusement moins le cas avec son successeur, Promise Of A New Moon, sur lequel on a l'impression que le groupe se cherche. Alors que la réussite majeure de Timeline Traveller provenait d'un savant mélange de genres au sein même de chaque morceau, sur cette deuxième tentative, chacun se concentre le plus souvent sur une seule ambiance. Et même si la palette d'influences s'élargie (des citations pop et jazz font leur apparition), le fait de n'avoir là que des plages entièrement 'sabbathiques' ou d'autres exclusivement planantes, rapproche Promise Of A New Moon d'une déception - relative, certes, mais une déception quand même. Même «Burning Ambition», le morceau le plus proche de l'album précédent dans l'esprit, ou «Vertigo», bel exercice pop sixties, ne changent pas la donne... Cependant, un point est générateur d'une immense satisfaction : invité sur cet album, le saxophoniste Steven Marx se lie d'amitié avec le trio et les accompagne désormais en concert pour enfin étendre le groupe à quatre membres.

C'est donc, malgré ce sentiment d'amertume laissé par Promise Of A New Moon, rassuré comme un préservatif à un congrès d'eunuques que je glisse The Intrigue Of Perception dans ma platine. D'autant plus qu'un Mellotron et qu'une suite en quatre parties font leur apparition sur l'album. Pas de doute, déjà formellement, Hypnos 69 se rapproche de très près du rock progressif...

Ayant quasiment effacé, sur disque tout du moins, toute velléité stoner, The Intrigue Of Perception surprend par son calme apparent. Seule la voix, par moment, se fera quelque peu criarde. Cependant, Steve Houtmeyers peut se targuer de progrès, obtenus à force de travail. Heureusement, car le chant occupe désormais une place plus importante au sein des compositions.

Ce côté heavy-psyché a été, pour notre plus grand bonheur, gommé au profit d'un versant jazzy abordé par le saxophone (mais aussi un son «contrebasse et balais» sur «Good Sinner - Bad Saint») et un autre, carrément prog, avec de superbes parties de Mellotron et d'orgue Hammond. Aucun des protagonistes n'étant un véritable joueur de claviers, le Fender Rhodes, bien que présent, se contentera donc d'accords épars et discrets.

Il convient également de signaler que le saxophone est loin de faire de la figuration, et ne se contente en aucun cas de la touche jazzy citée plus haut : sous forme de riffs dans les passages plus enlevés, évanescent lors de «planeries» contrôlées, il est littéralement possédé et déchirant, au gré de poignantes envolées.

Hypnos 69 a encore affermi sa personnalité sur cet album et, si la comparaison avec Pink Floyd peut demeurer, ce sont désormais de fugaces réminiscences d'autres formations qui nous viennent à l'esprit : Tangerine Dream sur la partie 'stratosphérique' de la suite titre (jusque dans la guitare qui évoque Edgar Froese), Anekdoten lors des moments les plus rythmés, voire l'Anathema des deniers albums lorsqu'un aspect plus mélancolique, intimiste et pop montre le bout de son nez. Considération toute personnelle, le génial (vraiment) final de la suite titre renvoie au grandissime compositeur de musiques de films italien, Riz Ortolani (un oscar pour Mondo Cane, mes cocos !)... ou à Morte Macabre, si vous préférez !

Un petit mot également sur «Endless Void», puissant titre d'ouverture et son final improbable dans lequel Mellotron et Theremin se tirent une bourre pas possible ! Du jamais entendu !

Enfin, je ne peux taire la seule (minuscule) faute de goût de The Intrigue Of Perception : il se t(h)ermine avec «Absent Friends» sur un fade out un peu trop long (allez, dix-neuf minutes, au bas mot !). En fait les vingt dernières (vraies !) minutes manquent un peu de rythme... Une impression qui s'amenuisera toutefois au fil des écoutes.

En définitive, on se retrouve avec un album majeur, engendré par un groupe que l'on peut désormais accueillir séance tenante et bras béants dans notre microcosme (seulement si on veut continuer à tout cloisonner, hein ?!).

Hypnos 69 : retenez ce nom !

Fabien CLAIR

(chronique parue dans Big Bang n°57 - Avril 2005)