
PISTES :
1. I And You And Me (I) (1:26)
2. The Eclectic Measure (6:56)
3. Forgotten Souls (3:45)
4. My Ambiguity Of Reality (1:55)
5. The Antagonist (3:56)
6. Halfway To The Stars (3:38)
7. I And You And Me (II) (6:25)
8. Ominous (But Fooled Before) (5:41)
9. The Point Of No Return (7:42)
10. Deus Ex Machina (6:57)
FORMATION :
Steve Houtmeyers
(guitares électrique et acoustique, chant)
Tom Vanlaer
(basse, Moog, orgue Hammond)
Steven Marx
(saxophones ténor et baryton, Fender Rhodes)
Kyoko Kanazawa
(batterie, percussions, tympani)
HYPNOS 69
"The Eclectic Measure"
Belgique - 2006
Elektrohasch - 48:25
On ne sait plus si l'on doit se réjouir ou pleurer. Se réjouir, car Hypnos 69 publie là son meilleur album, le plus abouti, et à n'en pas douter un des essentiels de l'année. Pleurer, parce qu'à en croire le communiqué paru dernièrement sur son site Internet, le groupe aurait décidé de se mettre entre parenthèses, et ce pour un temps indéterminé (espérons, prions, mobilisons-nous !, pour que ce ne soit qu'un coup de blues passager). Se réjouir, car avec The Eclectic Measure les Belges rentrent définitivement et de plain-pied dans le domaine du rock progressif. Pleurer, parce que ce pourrait être une des raisons de leur perte.
Selon un récent diagnostic, il semblerait bien que Hypnos 69 souffre du syndrome «Anathema» (oui, c'est nouveau, on vient de l'inventer). A savoir un groupe qui gagne quelques gallons dans un genre bien ciblé mais qui évolue, pas de façon radicale, d'accord, mais qui s'éloigne immanquablement du style de ses débuts. Au risque de perdre ses fans de la première heure sans en gagner d'autres car une forte étiquette lui reste collée à la peau. Heureusement, la scène néo-psyché étant la plus «tolérante» qui soit, le sort des Belges n'est pas celui des Anglais (Elektrohash ne les a pas lâchés, bien qu'ils évoluent désormais à mille lieues des autres groupes du label, excepté Colour Haze, l'ami de toujours). Mais le malaise demeure, on sent bien une sorte d'erreur de casting concernant la promo et la distribution de The Eclectic Measure, limitée, pour l'instant, aux spécialistes psychédéliques et/ou stoner.
Par ailleurs, il faut avoir assisté au concert du groupe à Strasbourg, ce mois de mars dernier, pour se rendre compte directement (normal !) de la lassitude (une des raisons invoquées de cette mise entre parenthèses) qui pouvait laminer Steve Houtmeyers et ses comparses. Non pas que le concert fût mauvais, loin de là, ce fût même l'un des plus enthousiasmants auxquels votre humble serviteur ait assisté. Mais, entendons-nous bien, pour une formation qui, au fur et à mesure de ses réalisations, est passé d'un heavy-rock seventies et d'un stoner floydien au psyché prog symphonico-crimsonien de son dernier album (oups, ça y est, j'ai vendu la mèche), il doit être difficile d'affronter, dans une cave a la déco gothique, ce public constitué d'une trentaine (ouais, pas plus) de fans de punk ou noise rock, certainement des habitués de la 'salle', au cou surdéveloppé par une pratique intensive du head-banging. Comment ne pas éprouver un certain désarroi face à ces hurlements à vous glacer le sang à chaque passage plus calme ? Comment ne pas être dépité lorsque ce même public tombe des nues devant l'apparition d'un saxophone sur la scène ? Comment être motivé lorsque l'on est obligé de jouer les titres les plus musclés de son répertoire au détriment des titres récents ? Pour finir, comment décrire les regards des musiciens lorsque je leur ai posé la question fatidique «mais pourquoi ne pas avoir rejoué votre version de «Starless», bon sang ?» Bien sûr qu'ils en mouraient d'envie ! Il suffit d'une seule écoute de The Eclectic Measure pour s'en convaincre et mesurer l'importance qu'a pris King Crimson (autant celui de In The Court... que celui de Red et surtout le titre «Starless» donc) dans leur création artistique.
Cette influence n'est toutefois pas la seule, on pourrait en énumérer bien d'autres, le Pink Floyd psychédélique et le Genesis de 1972/73 (on entend même une suite de notes issue de «Firth Of Fifth») par exemple. Mais les compositions ne les subissent pas. Pour situer, et alors tout coulera de source, de l'envie immédiate d'acquérir l'album jusqu'à la compréhension de la longue introduction de cette chronique : Hypnos 69, c'est la maestria de l'interprétation, la force de la personnalité, la tension palpable, l'émotion à fleur de peau, l'art de la mélodie qui tue... si on se risque à établir une comparaison, ce serait avec le Gravity d'Anekdoten, pas la moindre des références, n'est-ce pas ? Accompagnée par un joli livret, la musique devient alors un véritable orgasme sensuel (merde, où est-ce que j'ai mis mes kleenex, moi ?). The Eclectic Measure, album conceptuel chapitré en dix titres tous plus beaux les uns que les autres et basé sur Les Sept Sermons Aux Morts de Carl Jung, possède toutes les armes pour percer la muraille enserrant votre cœur de mélomane speedé par cette vie que l'on nommerait moderne. Section rythmique protéiforme, guitare en apesanteur, saint Mellotron omnipotent, impact émotionnel du chant comme autant de missiles dévastateurs de l'âme, saxophone et clarinette lacrymaux, Theremin, Hammond et Fender Rhodes faisant office de bombes goyaves (ça ne paye pas de mine - hem - mais ça fait plus de dégâts), telle est l'armada incontrôlable de la formation belge pour se hisser au plus haut dans l'estime de tout geek progophage qui se respecte.
Alors, voilà, la suite coule de source, il faut sauver le soldat Hypnos, et vite ! 1) On assiège son dealer de prog (hé, les gars ! on se sort les doigts, hein ?! Y'a pas que InsideOut dans la vie !) pour qu'il propose cet indispensable objet. 2) On en parle autour de soi, on fait écouter l'album à ses amis, ses collègues, ses voisins, quitte à ameuter tout l'immeuble. 3) On inonde le site du groupe de bafouilles gentilles sur l'œuvre en question mais sans omettre de préciser que cette idée de séparation, hein, franchement, c'est pas sérieux du tout !
Fabien CLAIR
(chronique parue dans Big Bang n°64 - Hiver 2006-2007)

