
PISTES :
1. Poem (5:48)
2. Queer (4:58)
3. Just Over The Hill (9:56)
4. Quest For Life (5:21)
5. Nameless City (7:47)
6. Silent Girl (6:18)
7. The Course Of The Sun (6:54)
8. Levitation (7:06)
FORMATION :
Ralf Großmann
(chant, guitares rythmique et acoustique)
Steffen Herrmann
(claviers)
Eva-Maria Baumann
(flûte, chœurs)
Frank Kübler
(basse)
Thomas Glönkler
(guitares électrique et acoustique)
Joachim Lauber
(batterie)
I.C.U.
"I.C.U."
Allemagne - 1997
Autoprod. - 54:10
Si l'on met de côté le courant hard-progressif, très fécond outre-Rhin, il apparaît que l'Allemagne fait aujourd'hui (bien plus que la France finalement) partie du Tiers-Monde progressif... Ce constat peut paraître légèrement exagéré, mais il convient de ne pas oublier combien la patrie de Goethe fut une référence incontournable dans les années 70. Les Eloy, Grobschnitt, Novalis et autres SFF n'ont ainsi engendré qu'une bien pâle succession, tant en quantité qu'en qualité... Car, en dehors de quelques rares exceptions comme High Wheel, Tea In The Sahara, Rachel's Birthday ou Versus X, bien peu de formations semblent capables à terme de redorer le blason de cette Allemagne décatie...
Comment situer alors I.C.U. dans ce tableau général assez déprimant ? Cette jeune formation, que nous vous avions présentée dans notre numéro 12, est apparue en 1990 et a depuis lors donné vie à deux œuvres (Moonlight Flit en 1993 et Now And Here deux ans plus tard), par trop immature pour la première mais passionnante en ce qui concerne la seconde.
I.C.U. peut-il alors être un leader pour le courant progressif germanique ? Eh bien non ! Malgré son grand talent, que ce troisième album exprime d'ailleurs avec une force toute nouvelle, le groupe possède une personnalité artistique beaucoup trop introvertie pour fédérer un enthousiasme général. Attention, introvertie ne signifie aucunement fade ou inintéressante, bien au contraire... Nous avons simplement affaire à des musiciens sereins, sérieux et appliqués, mais qui s'avèrent certainement trop peu mégalomanes... La musique qu'ils nous offrent est en effet épurée, c'est à dire dépourvue de toute folie qui pourrait la faire sortir des rails sur lesquelles elle roule pourtant si bien. Vous le voyez, de l'enjeu que l'auditeur place dans cet album dépend son degré d'appréciation (celle-ci ne pouvant être que positive)...
Les couleurs véhiculées par la musique d'I.C.U. sont indéniablement pastel et colorent nos paysages intérieurs par petites touches précises et délicates. Le groupe s'éloigne ainsi de plus en plus des teintes néo-progressives de ses deux précédents albums pour embrasser davantage à présent celles d'un symphonisme discret mais efficace. Difficile alors de ne pas se laisser apprivoiser par cette quiétude mélodique qui, si elle n'est pas le fruit du génie, n'en demeure pas moins la preuve d'un immense savoir-faire... Pas d'esbroufe donc de la part des instrumentistes, mais une interprétation authentique pour un art qui ne l'est pas moins.
Signalons en particulier le jeu subtil de la flûtiste Eva Maria Baumann qui, bien qu'omniprésent, n'est en aucun cas pesant. La flûte se marie en effet si bien avec les autres instruments qu'elle en devient rapidement essentielle. Son apport, contrairement à la plupart des groupes qui la font intervenir, n'est pas simplement soliste. Sa particularité relève du fait que cette jeune musicienne utilise son instrument aussi bien rythmiquement qu'en tant que leader mélodique, et ce toujours à bon escient... Quant aux autres intervenants, ils s'avèrent eux aussi compétents (notamment le guitariste) et concourent à faire de I.C.U. un album équilibré et plein de charme.
Le léger manque d'audace mis en lumière au début de cette chronique est donc bien réel mais ne doit pas vous faire sous-estimer cette œuvre sincère et attachante. Car, sans être essentiel, le troisième album de nos amis allemands (plus encore que son prédécesseur) vous sera très rapidement familier au point que vous viendrez régulièrement vous ressourcer auprès de ses mélodies sucrées.
A découvrir sans attendre...
Olivier PELLETANT et Frédéric BELLAY
(chronique parue dans Big Bang n°21 - Juillet/Août 1997)

