
PISTES :
1. Haze (6:43)
2. In Our Lives (6:35)
3. Given Away (6;39)
4. Late Of Conscience (8:56)
5. Cracker (5:59)
6. Eye Next To Glass (4:56)
7. Your Darkest Hour (5:04)
8. The Final Stroke (12:29)
FORMATION :
Gary Chambers
(batterie, percussions, chœurs)
Glenn McLaughlin
(chant, percussions)
Dean Morekas
(basse, chœurs)
Dennis Mullin
(guitares)
Jim Rezek
(claviers)
ILÚVATAR
"Children"
États-Unis - 1995
Kinesis - 57:43
Les premiers pas d'Ilúvatar dans la sphère progressive ont été salués en son temps ici ou là, non pas pour l'originalité musicale dont fait preuve ce groupe américain mais pour les voies empruntées, s'éloignant (très souvent) de la source hard-progressive auprès de laquelle tant de groupes américains s'abreuvent à l'envi.
Deux ans après la publication chez Kinesis de son premier opus éponyme (cf. Big Bang n°4), le quintette de Baltimore nous revient avec une nouvelle œuvre digitale. Children démontre une fois de plus que s'émanciper de son premier amour s'avère douloureux (voire impossible... ). Si à ses débuts, I.Q. fut considéré comme le fils spirituel de Genesis, il est clair qu'à son tour il en possède un, nommé Ilúvatar.
Cela dit, qu'on ne s'y trompe pas, Children est loin d'être une de ces adaptation des plus scolaires que nous récitent à qui-mieux-mieux nombre de groupes en mal d'inspiration. Non, la présente galette composée de huit morceaux (de 4:56 à 12:29) s'impose comme une franche réussite dans le genre. Un son énorme, une production parfaite, une indéniable finesse des mélodies et de superbes vocaux réjouiront d'emblée les oreilles néo-progressives les plus exigeantes.
Children, œuvre conceptuelle où le thème de l'enfance, ou plutôt l'incertitude du devenir de nos enfants, est illustré et symbolisé par une magnifique pochette, nous propose de beaux textes oniriques et introspectifs, bien que parfois trop emphatiques.
Musicalement, on retiendra le superbe "In Our lives" (6:35) à la mélodie imparable, mêlant des chœurs d'enfants à la voix expressive et charismatique de Glenn McLaughlin. Mention spéciale également à "Late Of Conscience" (8:56) et ses lignes de claviers sautillantes et enchanteresses (si ! si !) qui se posent sur l'habile canevas d'une section rythmique tout à fait époustouflante (quel batteur !). "Eye Next To Glass" (4:56), ballade lyrico-atmosphérique, vient à point nommé pour nous reposer de son prédécesseur, "Cracker" (5:59), à l'accent prononcé des québécois de Kaos Moon, trop hard selon moi.
L'album s'achève avec la superbe suite (une vraie !) "The Finale Stroke" (12:29), à coup sûr le meilleur moment de Children. A l'instar de qui vous savez (non ?... I.Q. bien sûr), cette magnifique composition au style tarabiscoté n'en affiche pas moins une grande inspiration et comporte plus d'un atout pour nous séduire. Splendide introduction au piano, vocaux mélancoliques qui s'effacent progressivement pour céder la place à une multitude de breaks où se mettent notamment en valeur des claviers pluriels super dopés (tout y passe : moog, orgue Hammond, mellotron...) : un vrai régal !
Cette composition a ceci de formidable qu'elle déroule avec évidence et naturel un tapis musical typique d'un rock néo-progressif intelligent et ambitieux, que très peu de formations (anglaises notamment) sont aujourd'hui capables de créer. Tout cela trace inéluctablement la voie à un final tendu à l'extrême (mais très mélodique), qui cède néanmoins la place à la voix apaisée et sereine de McLaughlin se posant avec grâce sur les derniers arpèges de piano. Chapeau !
Avec Children , œuvre dense et homogène (peut-être trop : on aurait souhaité plus de diversités sonores), Ilúvatar, sans réellement faire preuve de génie, offre un subtil mélange de puissance et de raffinement et nous montre une parfaite maîtrise de son art. Pour l'avenir, il ne tient qu'à lui de devenir le chef de file d'un véritable symphonisme à l'américaine en orientait davantage sa musique dans la direction choisie avec 'The Final Stroke", c'est-à-dire en y adjoignant de véritables développements instrumentaux. A cette seule condition, son propos musical prendra toute son ampleur.
Superbe confirmation, en définitive...
Christophe MAISIAT
(chronique parue dans Big Bang n°15 - Printemps 1996)

