BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Progetto T.I.'A

PISTES :

1. S.O. Seji (7:45)
2. Pensiero Simbiotico (6:39)
3. Tela Bianca (3:54)
4. Condivisione Emotiva : Un Boato Di Silenzio (3:07)
5. Il Nostro Dolore (3:36)
6. Il Volo Di Ledeo (4:27)
7. Fusione (8:19)
8. Il Grande Piano (5:57)
9. Il Peso Della Materia (4:08)
10. Nel Nero (3:54)
11. Il Popolo Dell'Acqua (6:04)
12. Anno Zero (4:05)

FORMATION :

Daniele Perico

(chant)

Andrea Peasso

(basse)

Ivan Peasso

(guitares)

Luca Milan

(guitares)

Fabio Biffi

(batterie)

EXTRAITS AUDIO :

IMAGIN'ARIA

"Progetto T.I.'A"

Italie - 2006

MaRaCash Records - 61:59

 

 

Avertissement préalable : Même s'il ne sera que rarement question de Banco dans cette chronique, la musique du mythique groupe prog Italien y sera toujours présente. Nous suggérons simplement aux lecteurs de fermer les yeux et de faire appel à leur imagination.

Un homme devant un écran d'ordinateur portable, assis à une table carrée au beau milieu de la pièce. Il tape un texte qui deviendra probablement une chronique de disque, celle du Progetto T.I.'A, quatrième et nouvel album d'Imagin'Aria. Voilà la scène esquissée, sans autre indication de mise en scène car seule la description de ce disque et ce qu'en pense cet homme est d'une quelconque importance (en tout cas, c'est ce qu'il se plait à croire). Il n'y aura donc ni description des vêtements qu'il porte ni précision sur ce qu'il est en train de grignoter. Pas un mot sur les miettes de chocolat noir aux noisettes qu'il est en train d'éparpiller sur le clavier d'ordinateur.

Cet homme consciencieux venait auparavant d'écouter deux ou trois disques de prog italiens des 70's ainsi que le précédent album d'Imagin'Aria (Esperia 2002) et s'était surpris à se faire quelques réflexions de second ordre à son propos : «Esperia est un album somme du prog italien; il plonge dans les racines folkloriques locales tout en se permettant de rapprocher les mixtures classico-acoustiques des années 70 avec le néo-prog lyrique des années 80 si cher à Leviathan, le tout recouvert d'un léger vernis metal évoquant les années 90 et parsemé de quelques idées en provenance directe des années 2000, livrées au rayon Porcupine Tree...». Mais après s'être ébroué, il a considéré qu'il avait à traiter de choses plus urgentes; par exemple de ce nouvel album, Progetto T.I.'A, qui promettait d'être inouï, particulièrement excitant pour tous ceux qui ont été émus à la lecture de l'avertissement ci-dessus. Il l'a donc écouté plusieurs fois et vient de passer vingt minutes à réfléchir à la façon d'en parler, sans trouver les mots qui conviendraient pour le décrire, les expressions uniques et inoubliables qui rendraient justice à une telle œuvre conceptuelle. Heavy prog aux couleurs folkloriques transalpines ? Rock au symphonisme latin chaleureux atténué par les sources froides de quelques guitares fracassantes ? Et si certains lecteurs y trouvaient à redire ! L'auteur de la chronique se met à avoir peur de ne pas être à la hauteur de la tâche, son langage semblant un instrument trop faible pour saisir ce qu'il perçoit.

Trop de préambule. Venons-en au fait ! Bon. C'est parti. Le leader du groupe s'appelle Daniele Perico. Auteur, compositeur, interprète, mais curieusement en charge d'aucun instrument (mise à part sa voix), il est donc aussi le créateur du concept de Progetto T.I.'A. Histoire ronflante politico-militaro-artistico-humaniste (à vue de nez) qui n'a pas eu l'heur de retenir mon attention outre mesure. Ce qui n'est en rien gênant car, comme chacun sait, je suis là avant tout pour la musique. Pour entendre des musiciens compétents et inspirés jouer de leurs instruments de prédilection. Parmi ces musiciens, il m'arrive d'avoir une tendresse toute particulière pour le claviériste, surtout si sa participation est active, fréquente et originale. Chez Imagin'Aria, formation dont l'orchestration est basée sur l'équation rustique : deux guitares électriques + une base rythmique (basse/batterie) = un groupe prog atypique, il n'y a pas de véritable claviériste attitré mais un excellent travail d'équipe aux programmations sur ordinateur pour créer, obtenir et restituer une ambiance sonore futuriste collant au concept (bien qu'il faille être très malin et un peu devin pour savoir quels seront les sons musicaux des siècles à venir). La production est donc à l'image de l'histoire, tournée vers l'avenir, avec quelques parenthèses «électro» du meilleur effet. Alors finies les allusions au folklore italien, finies les envolées lyriques de Moog ou les arpèges de piano du claviériste invité sur les précédents albums d'Imagin'Aria. Ici, il ne reste plus que quelques accords de piano et un solo de synthé qui gronde de temps à autres de façon rudimentaire et impressionnante. Sinon, les deux guitares occupent le devant de la scène, sur un ton plus dur que d'habitude tout en restant sur des partitions très travaillées.

Comme la plupart des œuvres musicales, Progetto T.I.'A contient des moments forts et des moments qui le sont moins. Mais à part deux ou trois morceaux indignes de prendre de la place dans nos colonnes (rythmique binaire et mélodie facile à l'italienne), l'ensemble fait bonne impression dès la première écoute. On notera un léger recul de l'influence des illustres aînés nationaux, bien qu'on en retrouve une trace profonde lors des meilleurs moments du disque : les contrastés «S.O. Seja» (7:45), «Fusione» (8:20) et «Il Grande Piano» (6:00), plus de 20 minutes où la musique révèle enfin sa substance lyrique, sa grâce mélodique baroque et son esprit finement classique; puis prend toute son ampleur, pour lâcher la bride à toute une écurie d'émotion proche de la nostalgie. Non, nostalgie ne rend pas justice à cette musique (d'autant plus que le concept, vous vous souvenez, traite du futur). Nostalgie suggère trop le regret. Rêverie et Souvenirs seraient plus proches... Souvenirs des premiers albums de Banco.

Voilà, c'est tout. L'homme a fini sa chronique et sa tablette de chocolat (dans le désordre). Il a apprécié de parler d'Imagin'Aria, groupe de la nouvelle génération, ne manquant ni de caractère ni de force de conviction mais ayant peut être un peu de mal à se positionner. Le chroniqueur a apprécié ce Progetto T.I.'A et se promet de lire prochainement le livret plus attentivement (après une bonne nuit de sommeil). Il a trouvé la musique plus élaborée et mieux produite que pour le précédent album. Mais, bien qu'elle soit dans la tranche du meilleur de ce que donne la scène prog internationale actuelle, elle est passée dans l'esprit du chroniqueur un peu comme la vaguelette d'un lac sur la plage : en laissant une trace fugace. Mis à part l'empreinte essentielle et indélébile des trois morceaux cités plus haut. Et c'est déjà beaucoup.

Alain SUCCA

(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)