BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Mythos pochette

PISTES :

1. Cronus - The Enemy Within (2:27)
2. Zeus, Son Of Cronus - The Boss (4:28)
3. Ares - In Naturalibus (7:13)
4. Hypnos' Suite - Hypnos' Sweet (4:59)
5. Pandora - What Can I Say ? (4:36)
6. Helen - And Paris (6:07)
7. Sisyphus - A Hard Working Day (14:58)
I. Dawn
II. Carrying The Stone
III. Eros Rising
IV.Eros Falling
V. Sleep - If You've Ever Been Wakeful
VI. Dawn Again

FORMATION :

Leonardo Perez

(chant; batterie)

Estebán Fragas

(guitares électrique et acoustique)

Andrés González

(piano, synthétiseurs)

Julio Fragas

(basses)

AVEC

Ruben Perez
(chœurs)

Cruz Hernida
(chant féminin)

IN NOMINE

"Mythos"

Espagne - 2004

Muséa - 45:42

 

 

Il y a cinq ans, cette jeune formation hispanique avait suscité un intérêt plus que soutenu de la part d'une grande majorité du milieu progressif avec son néo accessible à la Marillion/IQ. De belles mélodies, une exécution parfaite, un chant ad hoc, confié en partie à Jesus Filardi de Galadriel, des développements intéressants, tout était agencé pour un premier album sans grand risque d'accidents.

Il faut croire que cette orientation stylistique ne les pas convaincus ou satisfaits pleinement. Et tant pis pour les aficionados de la première heure, car In Nomine change radicalement de direction, en optant cette fois-si pour un progressif plus complexe et polyphonique, teinté de touches de jazz-prog-fusion.

Prise de risques calculée ou envie de se faire plaisir en repoussant les limites ? Peu importe. Les formations audacieuses présentent au moins l'avantage de faire avancer la cause progressive. Et qui parmi nous va leur en faire le reproche ? Je ne serai pas de ceux-là. Ne sommes-nous pas tous friands de fraîcheur et de nouveauté, quitte à se voir un peu bousculer dans nos certitudes ?

Mythos est donc un concept-album (encore un !) dont le socle repose sur sept pièces illustrant chacune l'un des thèmes majeurs de la mythologie grecque. L'album s'ouvre de la plus belle manière sur une pièce courte et instrumentale (2:27), «Cronus - The Enemy Within», sorte de mise en bouche emmenée par une guitare dynamique. «Zeus, Son Of Cronus - The Boss» est un parfait condensé (4:28) de ce style renouvelé auquel In Nomine veut nous faire adhérer. Et c'est à Echolyn ou Finneus Gauge et toute cette école américaine que nous renvoient ici les Hispaniques. La démarche est plutôt séduisante et le propos tout à fait convaincant.

Une impression confirmée avec «Ares - In Naturalibus» (7:13). Le groupe y démontre une maturité et une assurance dans l'exécution qui prouve que cette évolution a parfaitement été digérée. Les chœurs, le chant excellent d'«Hypnos Suite» (4:59), sa guitare virevoltante, ses voix d'enfants échantillonnées, sa rythmique saccadée, font de ce titre à l'abord facile une curiosité plus qu'anecdotique. «Pandora» qui suit (4:36) et son groove imparable peut s'apparenter à du Flower Kings bonne cuvée, c'est-à-dire complexe mais débarrassé de toute espèce d'esbroufe inutile. «Helen - And Paris» (6:07), le sixième titre, offre le visage d'un progressif généreux, dénué cependant de tous les excès que son paroxysme peut parfois générer lorsqu'il se laisse aller à la facilité.

Après une brève envolée à la Magellan, autre formation américaine, les Espagnols reviennent à un style qui a fait l'essentiel de leur premier album et davantage tourné vers le néo-progressif d'IQ. Mais ce n'est que temporaire. Car le plat de résistance que constitue le titre de clôture, «Sisyphus» (14:58), nous surprend une nouvelle fois par son éclectisme et son inventivité. Son intro, «Dawn», à la guitare classique (espagnole bien entendu), nous charme avant que claviers/guitares jumelés et section rythmique appuyée ne nous conduisent à nouveau sur les chemins endiablés empruntés à plusieurs reprises au cours des titres précédents, et ce dès «Carrying The Stones». «Eros Falling» et ses claviers aux multiples sonorités, puis «Sleep» et son solo de guitare flottant, viennent apaiser le tout avant le final «Dawn Again», qui s'inscrit dans le même registre que l'intro, bien évidemment.

En résumé, que ce soit dans les pièces courtes mais denses et riches, ou celles plus longues aux développements aboutis, In Nomine semble avoir trouvé la bonne recette pour faire de ce Mythos une aventure plaisante et pleine de rebondissements.

Dominique BERTONCINI

(chronique parue dans Big Bang n°57 - Avril 2005)