
PISTES :
1. Rosetta (6:49)
2. Man From The Forest (8:35)
3. Dayflower - Part Three (6:29)
4. Heliopause (6:16)
5. Alive (7:05)
6. Anonymous (6:11)
FORMATION :
Kenji Tanaka
(guitares)
Katsu Sato
(batterie)
Dani (KBB)
(basse)
Watanabe Nobuo
(claviers)
Sayuri Aruga
(chant)
EXTRAITS AUDIO :
INTERPOSE
"Indifferent"
Japon - 2007
Poseidon - 41:30
Le premier album d'Interpose avait fait figure de bonne surprise en provenance du soleil levant, même si avec le recul, il n'était pas exempt de défauts (quelques longueurs en particulier). Il témoignait en tout cas du regain de forme récent de la scène progressive japonaise, et deux ans plus tard, c'est son successeur qui pointe le bout de son nez. Entre temps, la formation, toujours emmenée par le guitariste Kenji Tanaka, avait dû essuyer les départs quasi-simultanés de son claviériste et de son bassiste, qui sont donc ici respectivement remplacés par Nobuo Watanabe et Dani. A noter que le bassiste de KBB, outre un jeu bien plus remarquable que son prédécesseur, a pris une part importante dans l'écriture de l'album, co-composant l'essentiel des morceaux avec Tanaka.
Si dans les grandes lignes, l'alliance d'un beau chant "à la" japonaise et de parties instrumentales plus débridées est conservée, on remarque vite un recul assez net des secondes en faveur des premières. Alors qu'on trouvait deux morceaux totalement instrumentaux sur le premier album, les six titres d'Indifferent sont non seulement tous chantés, mais aussi plus ramassés, six minutes en moyenne, alors qu'on tournait plus autour de neuf-dix il y a deux ans. Au passage, l'album est également très court, avec une durée totale qui nous ferait presque revenir au temps du vinyle. Ce qui pour ma part n'est pas forcement un mal, même si pour le coup, la qualité se doit d'être constante, sans quoi l'auditeur pourra se sentir légitimement lésé.
Bref, des éléments pas forcement engageants à priori, mais qui se révèlent un peu trompeurs. Le chant, c'est un fait, occupe désormais une place centrale dans les compositions, mais du coup ne donne plus l'impression de faire office de pause entre deux tirades instrumentales. Compositions qui en se contractant, se sont également densifiées, complexifiées même, donnant du coup à la musique du groupe des contours moins distincts, plus imprévisibles qu'auparavant. Les parties chantées échappent ainsi le plus souvent à toute forme figée type couplets-refrains, et tout en demeurant mélodiques paraissent moins "faciles", gagnant en profondeur ce qu'elles perdent en potentiel de séduction immédiat. Des progrès que l'on doit aussi à Sayuki Aruga, dont la prestation vocale, plus assurée et moins lisse, est à saluer, demeurant irréprochable de bout en bout, au point de parfois se rapprocher de la grande Hiroko Nagai (Pageant, Mr Sirius).
Les parties purement instrumentales, loin d'être négligeables malgré tout, ont elles aussi évoluées, le plus souvent vers une fusion "pure et dure", évacuant les moments plus symphoniques que l'on trouvait sur le premier album, et du coup essentiellement centrées sur les envolées solistes. Même si ces dernières restent plutôt ramassées, on n'échappe pas toujours à un côté démonstratif, en particulier du côté de la guitare, Tanaka demeurant adepte d'un jeu bavard qui aura autant ses adeptes que ses détracteurs. Il sait néanmoins aussi faire preuve de plus de retenue (le solo central sur "Alive"), et laisser sa place à son collègue claviériste, adepte de sonorités analogiques (orgue, Rhodes...), et au style plus jazzy que son prédécesseur (le piano quasi-free sur "Man From The Forest").
Bref, si le mariage entre la pureté du chant d'Aruga et l'âpreté de la guitare, parfois un peu brutal, ne fera pas l'unanimité, Indifferent demeure un album qui ne manque pas de caractère, confirmant le talent d'un groupe ayant su évoluer vers une direction plus personnelle et sur qui il faudra compter. S'il arrive à enfin stabiliser ses effectifs, et c'est tout le mal qu'on lui souhaite...
Clément CURAUDEAU
(chronique parue dans Big Bang n°67 - Automne 2007)


