BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Gates Of Andorak (3:51)
2. Karakoram Pass (3:10)
3. Escape From Canaan (4:10)
4. Hiram Abiff (3:40)
5. Kekova (The Sunken City) (3:03)
6. Ali Hasan (4:07)
7. Aslan (2:28)
8. Meditating Minotauros (4:34)
9. The Garden Of Mysteries II (3:00)
10. Monsoon (2:54)
11. Andalucy (2:31)
12. Journey to Hel (4:49)
13. Moorish Waltz (2:31)
14. Trans Turkish Express (2:36)
15. Aral (5:49)
16. Moorish Waltz (2:31)
17. Desert Visions (2:08)
18. Ya Qader (3:00)
19. The Garden of Mysteries I (1:40)
20. La Dame Inconnue (2:00)
21. Almeria (4:50)
22. Palm-Cat (2:47)
Pistes bonus :
23. Sagarmatha (5:08)
24. Return To Andorra (1:48)

FORMATION :

Peter Lindahl

(mellotron, guitare électrique, saz, zither, guitares espagnole, western et douze cordes, basse, mandoline, santoor, piano, melodion, viole de gambe, flûte traversière, kena, flageolets, daf, darbouka, tamboura, percussions, synthétiseurs, programmations, chant, chœurs, récitation)

Mikael W. Gejel

(flûte, bansurai, flageolet, guitare espagnole, basse, tamboura, darbouka, percussions, synthétiseurs, chœurs)

Karin Langhard-Gejel

(djembe, congas, chœurs)

Ulf Hansson

(darbouka)

Stefan Ottman

(récitation [6])

Helena Selander

(chant [10])

Helena Jacobssen

(chœurs, improvisations vocales)

IN THE LABYRINTH

"The Garden Of Mysteries"

Suède - 1996

APM / Symphilis - 74:07

 

 

C'est à un véritable tour du monde en musique que nous convie In The Labyrinth. Avec The Garden Of Mysteries, ce quatuor suédois (basé à Stockholm) résolument iconoclaste (dans le 'paysage progressif', s'entend) revisite les traditions musicales les plus diverses avec une volonté de les réunir en un tout à la fois cohérent et personnel. De nobles objectifs, pas de doute là-dessus. Simplement, ce n'est pas la première fois qu'on nous propose un tel concept, finalement assez dans l'air du temps, et le plus souvent ces musiques "ethniques" ne gagnent rien d'autre dans ce processus que leur vulgarisation, au sens péjoratif du terme.

Avons-nous affaire à de nouveaux apprentis-sorciers pillant sans scrupules de lointaines et exotiques cultures ? Les éléments objectifs à notre disposition viennent rapidement démentir ces soupçons; l'écoute, elle, les balaiera définitivement. Sachez en effet que In The Labyrinth se compose de quatre musiciens âgés de 36 à 45 ans (!), et que tous sont titulaires d'un bagage imposant dans la pratique de styles musicaux auxquels ils ne s'adonnent donc nullement en profanes. Peter Lindahl, l'aîné de la bande, instrumentiste aux talents multiples au point qu'il serait ardu d'en faire la liste exhaustive (guitare, mellotron, instruments à vent, percussions, etc.), a commencé à s'intéresser aux musiques d'ailleurs au cœur des années psychédéliques. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de Mikael W. Gejel (guitare, flûte, synthés, percussions, etc.). Ils se côtoieront dans diverses formations tout au long des années 70, dans les styles les plus variés (musiques orientales, latine et même médiévale !), avant de fonder ensemble, à 'aube de la décennie suivante, Aladdin's Lampa ("la lanterne d'Aladdin"). On y trouve déjà les quatre futurs membres d'In The Labyrinth : outre Peter et Mikael, Ulf Hansson (darbouka) et Karin Laghard-Gejel (percussions et flûte).

Le projet The Garden Of Mysteries est né à la fin des années 80, après que Peter Lindahl eut construit son propre studio et commencé à s'y livrer à diverses expérimentations. Basé essentiellement sur les percussions à l'origine, il fit rapidement une place croissante aux instruments mélodiques, puis polyphoniques, créant le lien avec les musiques européennes. Il en découle un album d'une prodigieuse richesse qui trouve, paradoxalement, sa cohérence dans sa diversité (impression renforcée par le fait que la plupart des plages - vingt-deux, de 2:00 à 5:49 - sont enchaînées).

A bien des égards, In The Labyrinth évoque la démarche de Jade Warrior, pionnier dans les années 70 des 'musiques du monde'. Comme Jon Field et Tony Duhig, Peter Lindahl et ses acolytes manifestent une fascination pour les sons venus du bout du monde. Une bonne partie du plaisir que l'on éprouve en écoutant The Garden Of Mysteries tient d'ailleurs à la seule beauté de ces sons, admirablement captés et mélangés : flûte en bambou, sitar, viole de gambe, divers instruments à cordes et à percussion. L'approche des musiciens est tour à tour puriste et innovatrice, par exemple lorsqu'ils adjoignent à cette instrumentation 'traditionnelle' une guitare soliste, un piano ou... un mellotron ! Ce dernier instrument, chaleureux et 'humain', s'intègre particulièrement bien à l'ensemble, prouvant s'il en était encore besoin son incroyable potentiel atmosphérique.

Le résultat pourrait être anecdotique. Il l'est parfois, notamment lorsque Peter Lindahl éprouve le besoin de faire usage de ses talents vocaux (certes honorables mais limités); la musique se suffit à elle-même, et il est par conséquent dommage que le groupe n'ait pas renouvelé le parti-pris originel de The Garden Of Mysteries (une première version, sortie en K7 en 1994, était entièrement instrumentale). Mais pour le reste, le talent mélodique des deux compositeurs (Lindahl et Mikael W. Gejel), et leur aisance dans les styles les plus divers, font de ce premier album une réussite majeure dans ce sous-genre à risque des musiques progressives.

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°17 - Automne 1996)