BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Next Stop Vertigo pochette

PISTES :

1. Vertigo (7:28)
2. The Night (8:58)
3. Special (12:23)
4. Take Your Time (7:47)
5. Night On Broadway (7:19)
6. Saturday Evening (8:33)

FORMATION :

Sebastian Brennert

(chant, claviers)

Matthias Hommel

(basse)

Carsten Dannert

(batterie)

Jacques Moch

(guitares)

Michael Kuchenbecker

(claviers)

EXTRAITS AUDIO :

INVERTIGO

"Next Stop Vertigo"

Allemagne - 2010

Progressive Promotion Records - 52:33

 

 

Tous ceux qui pensaient que le néo-prog ne serait qu'un courant nostalgique et temporaire dans l'histoire du rock progressif en sont désormais pour leurs frais : sa vitalité ne cesse de se renforcer au fil des ans, et la décennie qui s'achève aura été d'une rare richesse en la matière. InVertigo, jeune formation d'outre-Rhin tout juste âgée de quelques années, en est un nouvel exemple, et non des moindres. Ses cinq membres, Jacques Moch aux guitares, Matthias Hommel à la basse, Sebastian Brennert au chant, Michael Kuchenbecker aux claviers et Andre Lente à la batterie, affichent en effet un savoir-faire et un raffinement relativement insolents.

Six compositions seulement forment leur premier disque, avec des durées comprises entre sept et douze minutes, permettant de faire vivre avec beaucoup de sensibilité des chansons à la mélodie à fleur de peau. C'est bien simple, dès «Vertigo», marqué par une guitare plaintive, un chant digne des grands, des arrangements chaleureux et inventifs, on se trouve immergé dans une musique envoûtante, qui évoque certains groupes polonais comme Satellite, des références plus étonnantes tels Tears For Fears, les plus consensuels Genesis et IQ, et surtout, surtout, leurs compatriotes de Sylvan. En fait, InVertigo parvient à combiner dans ses titres des parties chantées hautement soignées, taillées dans du cristal, et des séquences instrumentales plus traditionnelles mais bigrement réussies, à base de soli lyriques de guitare, de roulements de batterie, de bonnes vieilles pédales de basse et d'envolées de claviers.

Une des particularités de la musique de InVertigo, c'est la place importante dévolue au piano, qui détrône ici l'orgue Hammond ou le classique Moog pourtant présent. Ses notes parsèment les morceaux, jusqu'à jouer un rôle tel, sur l'excellent et intense «Take Your Time», qu'on se surprend à penser plutôt à l'univers d'un Chris Rea ou d'un Harry Connick Junior ! On a assurément là une injection d'esprit plus jazzy qui personnalise grandement le propos d'InVertigo. Les moments où la guitare électrique se révèle un peu plus musclée, sans jamais verser dans le métal, contribuent à dynamiser une musique qui, même en privilégiant en partie l'acoustique, parvient à toujours ménager de nombreux rebondissements (sur «Night On Broadway», l'hommage au double studio de Genesis de 1974 est assez patent).

Au rang des quelques faiblesses de ce premier opus, il convient de signaler le livret, maigre et trop sombre, à l'image de la pochette; de rares refrains un peu trop lourds (celui de «The Night», essentiellement, morceau sur lequel la tonalité de Sebastian Brennert est parfois limite), et des passages instrumentaux qui ont parfois tendance à se perdre loin d'une vraie ligne directrice (au milieu du long «Special», par exemple). Il y a en tout cas suffisamment de talent concentré à l'intérieur de cette galette pour vous la recommander comme une des plus belles sorties néo-prog de l'année !

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°78 - Décembre 2010)