
PISTES :
CD 1 :
1. The Wake (5:11)
2. The Darkest Hour (10:28)
3. Widow's Peak (9:33)
4. Out Of Nowhere (5:17)
5. Nostalgia / Falling Apart The Seams (10:50)
6. The Last Human Gateway (Middle Section)(4:07)
7. Fading Senses (6:55)
CD 2 :
1. The Thousand Days (4:21)
2. Leap Of Faith (7:09)
3. Human Nature (10:10)
4. The Enemy Smacks (15:59)
5. Headlong (7:40)
6. The Last Human Gateway (End Section) (8:01)
7. No Love Lost (5:52)
FORMATION :
Peter Nicholls
(chant)
Mike Holmes
(guitares)
Martin Orford
(claviers, chœurs)
John Jowitt
(basse, chœurs)
Paul Cook
(batterie)
IQ
"For Ever Live" (Box Set - Live 1993)
Royaume-Uni - 1993 (p.1996)
Giant Electric Pea - 52:21 / 59:12
Le coffret For Ever Live, c'est tout d'abord un livret somptueux de 16 pages (au format 28x28 !). Des photographies superbes, pour une large part retraitées par ordinateur, et un agencement intelligent et drôle. Chaque membre du groupe s'est vu offrir une page, et de tous les morceaux joués, "The Enemy Smacks", au jeu de scène plus recherché, a bénéficié lui aussi d'une pleine page où l'on peut voir les diverses étapes de la dégénérescence du junkie qu'incarne Peter Nicholls. Un très bel objet !
La vidéo, par contre, n'est pas à la hauteur de la qualité du livret et du double-CD. Si elle comporte de très belles images, c'est en grande partie grâce aux très beaux effets des ingénieurs-lumière qui ont accompagné IQ lors de ce concert, enregistré le 12 juin 1993 à Kleve en Allemagne. En partie aussi dû au jeu de scène, quoique assez répétitif pour qui le voit sur une vidéo et non sur une scène, de Peter Nicholls. Les emplacements choisis pour les caméras ne permettant que trop épisodiquement de profiter des prestations de Martin Orford et de Paul Cook, les deux autres musiciens mis en valeur sont Mike Holmes et John Jowitt. Mais était-ce dû à la tension, à la peur de rater cette unique prise sonore et vidéo (cela ressemble un peu à un spectacle de trapézistes sans filet, ou presque - après tout il y a eu des 'overdubs' !), leur jeu de scène à tous les deux est ici limité, et guindé lorsqu'il existe.
Il y a aussi quelques choix dérangeants sur cette cassette. Y a-t-il eu beaucoup de plans manqués pour qu'on en vienne à illustrer des solos de guitare par le visage (certes avenant) de John Jowitt ? De même, ce choix de ne filmer les musiciens qu'en plan américain (cadré mi-cuisse) est plus que discutable. On aurait aimé avoir des cadrages plus serrés sur eux et leurs instruments. Quant au choix de ne montrer le public qu'entre les morceaux, sans jouer sur l'interaction du groupe avec lui, il a tendance à refroidir la prestation. Comme si IQ jouait pour lui-même, et non pour le public. Dommage.
Soyons honnêtes, si cette cassette était sortie hors du contexte du coffret, elle n'aurait guère eu d'intérêt. Mais elle complète finalement un bel objet, dont la pièce maîtresse est incontestablement le double-CD.
Ce double-CD, justement, est heureusement à la hauteur de ce que l'on pouvait en attendre. Après tout, comme l'explique Mike Holmes dans l'interview, il s'agit du premier véritable live d'IQ. Ni Nine In A Pond Is Here, ni J'Ai Polette D'Arnu, ni même Living Proof, n'ont bénéficié d'un réel travail. Ce sont plus des enregistrements bruts, soit entièrement destinés au fan-club (à l'origine), soit sorti à la hâte devant la multiplication des versions pirates. Ce disque est donc conçu comme une vitrine des dix ans de carrière du groupe. On y trouve, à peu de choses près, le meilleur de ce qu'a pu faire IQ, avec un accent particulier mis, c'est compréhensible, sur le dernier album, Ever.
Le groupe voulait en fait un album irréprochable, et il a atteint son but. Les morceaux sont très réussis, agrémentés d'un solo différent par ci, d'une introduction inédite par là, ce qui ne peut que satisfaire le fan d'IQ que je suis. Le recul du groupe étant plus limité pour les titres issus de Ever, ils ont été joués de manière trop identique aux versions de l'album pour être vraiment intéressants. Les autres, par contre, méritent le détour. A commencer par les deux sections de "The Last Human Gateway", sublimes, en particulier la section finale, avec son introduction planante; "Headlong" et "The Enemy Smacks" complètent le tiercé de tête, le dernier étant joué à un tempo beaucoup plus lent, ce qui lui confère un charme très étrange. Mais à force de vouloir un album parfait, IQ a si parfaitement travaillé (et retravaillé, 'overdubs' obligent !) sa musique qu'il a oublié l'émotion née de la présence du public. On ne perçoit celui-ci qu'entre les morceaux, il n'intervient pas dans la musique, on ne lui a pas permis d'interagir. C'est ce qui fait que ce double album est excellent, à défaut d'être extraordinaire.
Au final, ce coffret For Ever Live, pour imparfait qu'il puisse être, n'en est pas moins un objet qui enrichira votre discothèque. Et si la vidéo n'est pas pour redorer le blason d'IQ, le livret et le double-CD lui rendent plus que justice. Un bon moyen, pour les plus impatients d'entre nous, d'attendre le prochain album du groupe, annoncé pour la fin de l'année.
Daniel BEZIZ
Entretien
avec Mike HOLMES,
Martin ORFORD,
John
JOWITT & Paul
COOK :
Le 28 mai 1996, IQ est venu présenter à Paris son coffret (double CD + vidéo d'un concert de juin 1993), à l'occasion d'un concert donné au Club Dunois. Les revoir après seulement un an et demi, c'est peut-être du luxe, dans la mesure où il avait fallu attendre quatre ans avant de les revoir en novembre 1994. Mais après leur premier retour, l'événement de ce concert, c'était simplement de voir un groupe heureux, libéré de toute tension, et plein de projets. Des projets hors-IQ, avec d'une part Martin Orford et John Jowitt accompagnant John Wetton pour une tournée européenne (avec également Keith More, le guitariste d'Arena), et d'autre part Peter Nicholls, qui participera bientôt au troisième Strangers On A Train; mais surtout, pour IQ au grand complet, un nouvel album studio qui sera, si tout se passe comme prévu, disponible dans le courant de l'automne...
Il est 16h45, IQ vient de terminer sa balance, en interprétant deux morceaux inédits (qu'ils rejoueront un peu plus tard lors du concert). Pour ma part, je viens d'acquérir le coffret Forever Live, que je contemple pour la première fois avec ravissement, lorsque l'on vient m'annoncer que Mike Holmes, Martin Orford et John Jowitt sont dans la loge, prêts à répondre à mes questions. Qu'à cela ne tienne ! Je rentre dans la loge pour découvrir, comme à l'accoutumée, Martin et John en plein fou rire, tandis que Mike s'étouffe en avalant un sandwich à peu près long comme son bras. Tous ont à la main une tasse de café au lait et, devant ma surprise, m'expliquent qu'ils ne se mettront à la bière qu'une fois le concert terminé... On pourrait presque croire qu'ils deviennent sérieux, nos amis d'IQ ! Mais voilà Mike qui vient de terminer son sandwich. Quelques instants plus tôt, il était à peine entamé...
L'interview peut commencer...
Cela faisait plus de deux ans que vous annonciez la sortie prochaine d'un album live. Le résultat, c'est ce coffret, d'ailleurs magnifique. Pourquoi avez-vous mis si longtemps à concrétiser ce projet ?
M.H. : En fait, on a eu pas mal de problèmes avec ce projet. On voulait faire à la fois une vidéo et un album live. Le dernier qu'on ait sorti, c'était Living Proof. (à John) C'était il y a deux ans ?
J.J. : Un peu plus, je crois.
M.H. : En tout cas, ce n'était pas représentatif de ce que fait le groupe maintenant. Il nous fallait quelque chose de plus récent, et d'irréprochable.
M.O. : Les problèmes qu'on a eus, c'est surtout dû au fait que c'était la première fois qu'on faisait une vidéo. La première fois qu'on faisait un live de manière professionnelle, et la première fois qu'on faisait un coffret.
J.J. : Maintenant, si on nous demande d'en refaire un, on saura s'y prendre ! (rires)
M.O. : Et puis, on s'est partagé les tâches, et on a tous accumulé les problèmes. Mike s'est chargé de la production et du mixage, Peter et Tony Lythgoe ont travaillé au livret, et moi, je me suis occupé de traiter avec les industriels. Il a fallu que je traite avec trois interlocuteurs différents, un pour la vidéo, un autre pour les CDs, et un troisième pour le coffret. Un vrai cauchemar !
M.H. : De mon côté, ce n'était pas mal non plus. On devait filmer le concert avec quatre caméras. Une en plan large de toute la scène de face, deux sur des rails de chaque côté, et une quatrième en caméra à l'épaule sur la scène.
J.J. : Ça, c'était un mauvais choix !
M.H. : Tu parles ! On a pu à peine utiliser 5% de ce qu'il a filmé. Soit ses plans étaient affreux, soit il avait un plan superbe, mais il ne tenait la pause que cinq secondes et repartait sur autre chose. Donc, on peut dire qu'en fait, on a filmé ce concert à trois caméras.
Et au niveau du son, vous avez fait des 'overdubs' ?
M.H. : Oui. Mais il s'agit seulement de quelques bribes, il y en a vraiment très peu. C'était vraiment pour éviter que ça sonne faux. Parce que, tu vois, on n'a eu droit qu'à une seule prise pour le concert. Ce n'est pas un mélange de plusieurs soirs. Alors il a fallu corriger certaines erreurs, par ci par là.
Cela concernait-il quelqu'un en particulier ?
J.J. : Non, on était tous concernés, juste sur quelques notes à deux ou trois endroits.
M.H. : Cela aurait vraiment été dommage de les laisser tels quels. D'ailleurs, si tu fais attention, sur la vidéo tu verras qu'à un ou deux moments, la synchronisation n'est pas parfaite. C'est de ma faute ! Tu vois, c'est l'accumulation de tous ces problèmes qui fait que le coffret arrive seulement maintenant, avec deux ans de retard.
Qu'en est-il de l'album studio annoncé pour cette année ?
M.O. : Il avance.
J.J. : On est en train de le composer. On a un morceau quasiment terminé.
M.O. : Mais il lui manque encore un titre ! Le reste, ce sont des bribes, mais tu verras, on en jouera ce soir...
M.H. : On devrait l'enregistrer à la fin de l'été. Je pense qu'il devrait sortir vers octobre-novembre.
J.J. : Ça se passe d'une manière très différente d'Ever, où on était venus avec des bribes composées chacun de notre côté, et il avait fallu les coller les unes aux autres.
M.O. : Sauf "Leap Of Faith", qui s'était fait tout seul pendant qu'on enregistrait.
J.J. : Oui. Là, on compose vraiment tous ensemble, et ça avance constamment, à chaque session.
Martin, tu m'avais dit lors de votre précédent concert à Paris que le prochain album d'IQ serait plus aventureux qu'Ever. Tu le penses toujours ?
M.H. : Ça ne lui ressemble pas de dire un truc pareil !
J.J. : Tu avais sûrement trop bu, Martin ! (rires)
M.O. : C'est marrant, je ne me rappelle pas avoir dit ça.. Mais c'est vrai que Ever était plus un album de consolidation. Il fallait qu'on montre aux gens que IQ existait toujours, et donner une idée de la musique que le groupe défend. On n'avait pas vraiment de marge de manœuvre pour faire des expérimentations.
M.H. : Et puis, finalement, c'est un très bon album. Tu y retrouves l'esprit des premiers disques du groupe, et la technique des derniers. C'est une très belle vitrine de ce qu'on représente. Je crois qu'on en est tous très contents.
J.J. : Il ne faut pas non plus oublier que le groupe venait de perdre quelqu'un de très proche [Les Marshall, ancien bassiste, qui s'était suicidé, ndr], et l'ambiance n'était pas toujours très gaie, si tu vois ce que je veux dire. Dans le prochain, il y aura plus de joie, d'optimisme, tu verras...
M.O. : Sur le prochain disque, tu reconnaîtras IQ...
M.H. : C'est normal, c'est notre identité, mais on ne se répétera pas pour autant.
M.O. : ... Mais je pense que vous serez surpris. Tu pourras juger un peu sur ce que tu vas entendre ce soir...
Et qu'en est-il de cet album avec des morceaux inédits, qui devait sortir il y a quatre ans ? Il est aux oubliettes, ou le sortirez-vous un jour ?
M.O. (à Mike qui est parti se prendre un cinquième verre de café au lait) : Eh, Mike ! Qu'est-ce qu'il devient, l'album des raretés ?
M.H. : Ce n'est pas notre priorité pour l'instant. On a plus envie de rattraper le temps perdu, et de sortir de nouveaux morceaux. Mais on le sortira un jour, peut-être dans trois ou quatre albums studio...
P.C. (qui vient de rentrer) : Ça nous laisse environ dix ans !
M.O. : Salut, Cookie, la douche était bonne ?
P.C. : Extra !
Pour en revenir à ces morceaux inédits, pourquoi ne pas les avoir mis en bonus sur les repressages de vos albums par Giant Electric Pea ?
M.H. : En fait, on ne voulait pas mettre de morceaux qui ne soient pas de la même époque que les titres des albums...
J.J. : A part le morceau secret...
Tu veux parler du morceau qui ressemble à de la musique indienne, après 4 minutes de blanc à la fin de la réédition de Tales From The Lush Attic ?
J.J. : Tu l'as remarqué ? Tu dois être un des dix à avoir patienté jusqu'à la fin !
M.H. : En fait, on l'a enregistré lorsqu'on remasterisait l'album, pour se marrer. Mais à part ça, on voulait mettre des morceaux de la même période.
Mais pourquoi, par exemple, avoir mis une version live de "Common Ground" en bonus sur Nomzamo, alors qu'une autre, quasiment identique, était déjà présente sur J'ai Polette D'Arnu ?
M.H. : On n'avais pas d'autre titre utilisable pour cette période...
Martin et John, vous allez participer tous les deux à une tournée de John Wetton. Comment s'est faite cette collaboration ?
M.O. : Par le plus pur des hasards. John Wetton devait faire une tournée avec le groupe belge Now, mais ils l'ont laissé tomber... Un nouveau groupe s'est alors mis sur pied avec la plupart des membres de Landmarq ainsi que Clive Nolan. Mais quand Clive a vu les dates, il s'est rendu compte qu'il ne pouvait être présent aux répétitions, à cause de la présence de Pendragon au Progfest. Alors, il m'a appelé, et il se trouve que ça tombait juste après les concerts d'IQ en Angleterre, donc j'ai accepté. Ensuite, leur bassiste a laissé tomber, alors ils m'ont appelé pour me demander si je connaissais un bon bassiste.
J.J. : ... Et Martin m'a appelé pour savoir si je connaissais un bon bassiste ! (rires)
A tout hasard, est-ce que vous avez eu des nouvelles concernant UK ?
M.O. : Eh bien, peut-être... John m'a raconté que lui et Jobson avaient reçu de la part d'un label japonais quelque chose comme 130 et quelques mille, je ne sais si ce sont des livres ou des yens (Mike s'étrangle avec son septième café au lait) comme avance. Et à l'heure qu'il est, ils ont déjà tout dépensé. Alors John se consacre essentiellement a ses activités en solo, en attendant que les Japonais relancent le projet... C'est tout ce que je peux te dire.
Et du côté du Jadis, vous avez des nouvelles ?
M.O. : Tu vas rire, mais je n'ai jamais vu aussi souvent Gary (Chandler) que depuis que je ne fais plus partie de Jadis !
J.J. : Il prend le café tous les jours chez lui, maintenant !
M.O. : C'est presque ça, oui ! Eh bien, tu sais que c'est Mike Torr qui est le nouveau claviériste, et il est très bon. Jadis a fait la première partie d'IQ, il y a quelques semaines en Angleterre, et les nouvelles compositions sont très bonnes. Le seul problème, c'est que Mike n'a que deux claviers pour l'instant, et ce n'est pas assez. Il va bientôt en acheter d'autres, et il prendra sa vraie dimension.
Mais est-ce qu'avec ton départ, l'importance des claviers ne va pas diminuer ? Parce que ce qui fait la particularité de Across The Water par apport à More Than Meets The Eye, c'est justement cette place plus importante des claviers, qui tempèrent les guitares, et ces questions/réponses entre guitare et claviers...
M.O. : Il va peut-être falloir un peu de temps à Mike pour faire face à Gary, et avant qu'il lui dise "Gary, non, Gary, STOP !" (éclat de rire de John)... Parce que Gary, il te ferait riff sur riff, solo sur solo, sans jamais s'arrêter, si quelqu'un ne lui débranchait pas sa guitare de temps en temps. C'est aussi pour ça qu'ils ne vont pas enregistrer les morceaux tout de suite. Ils vont partir en tournée, et attendre que Mike s'intègre plus et prenne de plus en plus d'importance avant de penser à l'album. Mais je pense franchement que Mike est un bon choix, il saura canaliser l'énergie de Gary et lui dire de s'arrêter quand il ira trop loin. En attendant, Jadis va sortir un mini-CD avec d'anciens morceaux ré-enregistrés, comme pour Once Upon A Time....
Je regarde ma montre, il est 17h35, les portes du club Dunois sont sur le point de s'ouvrir, et le groupe a moins d'une heure pour manger un peu et se préparer. Je les laisse donc se reposer, et rejoins la foule (raisonnable : à peine 250 personnes, ce ne sera pas le succès escompté; dommage, cela suffira à peine à rembourser les frais de location de la salle et de la table de mixage) qui commence à entrer dans la salle.
Entretien réalisé par Daniel BEZIZ
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°16 - Été 1996)

