
PISTES :
1. The Wrong Side Of Weird (12:24)
2. Erosion (5:43)
3. The Seventh House (14:23)
4. Zero Hour (6:57)
5. Shooting Angels (7:24)
6. Guiding Light (9:58)
FORMATION :
Peter Nicholls
(chant)
Mike Holmes
(guitares, claviers)
Martin Orford
(claviers, flûte, chœurs)
John Jowitt
(basse, chœurs)
Paul Cook
(batterie)
Tony Wright
(saxophone)
IQ
"The Seventh House"
Royaume-Uni - 2000
Giant Electric Pea - 56:49
Il est des groupes dont chaque nouvel album fait immanquablement l'événement. IQ, malgré ses atermoiements artistiques passés, générant encore - bien que de moins en moins - la désagréable impression d'une carrière en demi-teintes, est aujourd'hui plus que jamais une formation attendue et espérée... Ce nouveau statut, IQ le doit sans nul doute à Subterranea, son précédent album, qui était venu confirmer l'excellente impression suscitée par Ever. Le groupe de Southampton, en enchaînant les succès artistiques (et avec la même équipe aux commandes), est ainsi devenu une référence incontestable et incontournable du courant progressif. Au point qu'avant même la découverte de ce nouvel et septième (seulement !) album studio, nous avions décidé de placer son auteur en couverture du présent numéro (Big Bang n°38). Un moyen somme toute logique de saluer un talent sans cesse apprêté, donnant vie à une musique festive, à même de réprimer les sentiments moroses prompts à se développer en ce début d'année pluvieux...
«Festive» ? L'adjectif employé n'est peut-être pas le plus approprié à l'écoute de The Seventh House... Ce dernier se démarque en effet immédiatement de son prédécesseur par la puissante nostalgie qui s'en dégage. Une mélancolie qui surprend de prime abord, et empêche en quelque sorte d'apprécier The Seventh House à sa juste valeur lors des deux ou trois premières écoutes. Un peu comme si la musique découverte se faisait pudique pour ne dévoiler ses attraits que petit à petit. Méfiez-vous donc des jugements hâtifs que vous pourriez émettre, car ils risquent bel et bien de vous priver d'un manifeste sacrément réussi en faveur du néo-progressif...
Néo-progressif. Le mot est lâché... Derrière celui-ci se dissimule un univers fait tout à la fois de fantasmes et de répulsions, sentiments contraires rencontrés chez bon nombre de mélomanes progressifs qui ont toujours placé ce genre comme une simple charnière entre deux mondes, représentés par les 'Seventies' d'un côté, et la période que nous vivons actuellement depuis une petite dizaine d'années de l'autre... The Seventh House se propose ainsi de reprendre à son compte cette approche pour faire de la musique qu il propose le lien entre les deux mondes en question. Par sa dimension typiquement néo-progressive et l'ambition dont il se prévaut, le nouvel album des anglais de Southampton offre en quelque sorte ses lettre de noblesse au genre dont il est désormais le chef de file... Certes, ce constat exclura certains d'entre vous des auditeurs potentiels de The Seventh House, mais il est clair que ce néo-prog là a trouvé une forme quasi-définitive. Bien plus par exemple que celle rencontrée chez Arena (à l'orientation plus 'hard' ou Jadis (œuvrant dans un contexte plus 'pop'), pour citer deux formations ayant sorti un opus cette année. Quant à Pendragon, on jugera sur pièce ce printemps...
Mais, au delà de ces considérations générales, The Seventh House traduit également une sorte de retour de la part de son auteur vers des terres hospitalières. Un recentrage autour de valeurs connues et parfaitement maîtrisées. Un peu comme si IQ avait voulu asseoir sa réputation et exploiter pleinement son savoir-faire. En ce sens, The Seventh House peut apparaître comme un album de transition, une espèce d'aire de repos après l'imposant Subterranea, qui maintient certes une haute inspiration mais sans y associer de réelle prise de risque... Ainsi, cette œuvre joue davantage un rôle d'étalonnage du genre dans lequel il s'exprime qu'il ne s'avère une avancée significative de la cause progressive.
Mais peu importe. The Seventh House se déguste avec un plaisir sans fin. Et contrairement à bon nombre d'albums néo-prog, les écoutes successives amplifient ce plaisir, au point de nous inviter à considérer certaines des compositions découvertes comme de futurs classiques du groupe. C'est particulièrement le cas de la suite-titre qui, du haut de ses 15 minutes, mesure le chemin parcouru depuis vingt ans en terme d'habileté instrumentale et de maîtrise vocale. Tous les musiciens y semblent particulièrement sereins et sûrs de leur art, sans parler de Peter Nicholls dont les interventions (notamment lors du refrain) envoûtent nos sens avec la plus grande délicatesse. Les cinq autres compositions sont globalement en harmonie, et nous offrent donc un rock néo-progressif formellement irréprochable, tantôt au diapason du morceau-titre (le soyeux «The Wrong Side Of Weird» notamment, mais aussi «Guiding Light» dans une veine plus typiquement IQ), tantôt plus prévisible («Erosion» et ses 5 minutes un peu poussives en terme d'amplitude instrumentale)...
Inutile néanmoins de crier au chef-d'œuvre avec un tel album. Cela serait, non seulement faux (enfin, pour les mélomanes mesurés...), mais correspondrait de plus à une exagération en contradiction avec l'humilité dont fait finalement preuve IQ ici. Le groupe anglais a en effet clairement voulu exploiter toutes les potentialités de sa maturité artistique, acquise de main de maître au cours des années 90... Pas d'esbroufe donc, ni d'évolution stylistique d'ailleurs, à attendre de The Seventh House, mais bel et bien une exploration minutieuse de l'habileté que IQ possède pour façonner des mélodies satinées et de conséquents et sophistiqués ponts instrumentaux. Comme quoi, le format 'long', associé à une joie de jouer jamais démentie, convient parfaitement à IQ et densifie efficacement sa musique. The Seventh House est ainsi bel et bien actuellement la vitrine la mieux décorée des échoppes néo-progressives ayant pignon sur rue. Et ça n'est déjà pas si mal...
Olivier PELLETANT
Entretien avec Martin ORFORD :
The Seventh House apparaît immédiatement comme étant bien plus sombre et nostalgique que Subterranea. En ce sens, il se rapproche davantage d'Ever. Ce constat reflète t-il la palette de sentiments que ressentent les gens au cours de leur vie, a fortiori les artistes au cours de leur carrière ?
Le fait qu'un album prenne telle ou telle orientation ne relève jamais pour nous d'une décision consciente. Quand on crée un album, et c'est particulièrement vrai dans le contexte d'un groupe, celui-ci acquiert une vie propre, et finit par échapper au contrôle de ses créateurs. Si The Seventh House est plus proche, en termes d'ambiance, d'Ever que de Subterranea - et je suis assez d'accord avec vous sur ce point - c'est accidentel et non intentionnel.
The Seventh House semble ainsi plus humain, et correspond peut-être à une volonté de votre part de revenir à une simplicité structurelle moins envahissante que l'ambition conceptuelle de Subterranea. Qu'en est-il réellement ?
C'est vrai, nous ne voulions pas refaire un concept-album. Nous pensions avoir très bien réussi dans ce registre avec Subterranea, dont j'estime personnellement qu'il s'agit de l'un des meilleurs concept-albums qui aient jamais été faits. Quand vous pensez avoir réussi parfaitement quelque chose, vous vous demandez pourquoi recommencer. Ça ne sert à rien. Ceci dit, l'absence de concept global ne signifie pas pour autant que les structures de chaque chanson sont simples ! Il y a par exemple une section du morceau The Seventh House où les claviers et le chant sont en 6/8 alors que le reste du groupe est en 7/8 - c'est l'une des choses les plus complexes que nous ayons jamais créées !
A propos de Subterranea justement, pouvez-vous nous dire à combien d'exemplaires ce double-CD s'est vendu ? De manière générale, est-il plus rentable de sortir un simple ou un double CD ?
Je ne peux pas dire si c'est, parmi nos albums, celui qui s'est le plus vendu, car je n'ai aucun moyen de savoir combien d'exemplaires ont été vendus de ceux qui sont sortis à l'époque chez Sahara ou Polygram. Ceci étant, au sein du catalogue GEP, c'est assurément celui qui a le mieux marché. Il s'en est vendu environ 25 000 exemplaires dans le monde entier. Est-ce parce qu'il s'agissait d'un double CD ? Rien n'est moins sûr. Habituellement, il est plus difficile de vendre un double. Alors je dirais que si Subterranea s'est mieux vendu qu'Ever, c'est grâce à la qualité de la musique !
Vous qui êtes si attentifs à l'iconographie de vos albums, expliquez-nous pourquoi la pochette de The Seventh House a été changée quelques jours seulement avant la fabrication du CD ? Quelle lecture peut-on d'ailleurs effectuer de celle que vous avez finalement choisie ?
La couverture n'as pas été modifiée à la dernière minute, seulement le titre de l'album. Nous pensions l'appeler Shooting Angels, mais comme Peter n'aimait pas ce titre nous avons accepté de le changer. Ceci ne changeait rien du point de vue du livret. Il est vrai qu'on retrouve le thème des anges à plusieurs reprises dans le livret, mais ce n'est pas d'une importance cruciale.
A notre sens, le morceau-titre, «The Seventh House» est peut-être le meilleur que vous ayez jamais composé. Qu'en pensez-vous ? Chacun des musiciens y est impeccable, et le refrain chantée par Peter est réellement envoûtant...
Je suis d'accord pour dire que «The Seventh House» est un excellent morceau. Il a évolué sur une très longue période. La séquence d'introduction est de Mike, mais au fur et à mesure, il s'agit de plus en plus d'un travail de groupe. Nous sommes très fiers de la séquence polyrythmique dont j'ai parlé précédemment, mais elle est bougrement difficile à jouer !!
Comme tout groupe, vous répugnez sans doute à vous voir comme faisant partie d'un genre ou d'un style précis. Ceci dit, on vous associe le plus souvent au courant «néo-progressif» anglais des années 80, même si votre musique s'est émancipée des carcans associés à cette étiquette. Si l'on parle de vous comme des «rois du néo-prog», êtes-vous flattés ou offusqués ? Préféreriez-vous être mis sur le même plan que les pionniers des années 70 ?
Je déteste absolument le terme «néo-prog» ! J'ai l'impression qu'il est systématiquement utilisé comme une insulte. La signification sous-jacente est que le soi-disant «néo-prog» est d'une certaine manière une contrefaçon du «vrai prog» des années 70. Le fait qu'IQ ait connu le succès depuis près de vingt ans me laisse penser qu'il n'y a rien chez nous de «contrefait». Nous avons fait plusieurs albums dont je pense qu'ils sont au moins aussi bons - voire meilleurs, selon moi - que ceux des groupes des années 70. J'ai eu la chance de travailler avec plusieurs musiciens issus de la première génération du prog, dont John Wetton et Steve Hackett, et aucun d'eux ne semble avoir ce genre de réticences par rapport à ma musique, donc je ne vois pas où les autres voient un problème. Autant que je sache, l'appellation «néo-prog» est plutôt récente - nous n'en avions jamais entendu parler à l'époque - et semble venir des États-Unis. Elle semble être utilisée par les fans de certains groupes 'expérimentaux' pour critiquer les autres, ceux qui sont capables d'écrire de bonnes chansons ! Ces gens-là ont vraiment un problème...
Comment vous situez-vous sur l'échiquier progressif actuel ? A propos du courant progressif justement, vous intéressez-vous aux formations qui en constituent le cœur et l'âme, comme Flower Kings, After Crying, Porcupine Tree, Ayreon ou Spock's Beard plus particulièrement puisque ses premiers albums sont sortis en Europe chez GEP ?...
Je suis tellement occupé par ma propre musique que j'écoute rarement les CD d'autres groupes. Je ne suis pas vraiment un 'mélomane' au sens où j'aurais par exemple une énorme collection de disques. Parmi les groupes que vous mentionnez, je connais évidemment Spock's Beard, mais s'il est vrai que j'ai travaillé dur pour aider à les faire connaître d'un public plus large, Je ne crois pas être pour grand-chose dans leur succès. Si Spock's Beard marche, c'est parce que leurs chansons sont excellentes, et qu'ils sont un formidable groupe de scène. La musique n'est pas un art, mais un divertissement - certains groupes devraient garder ça à l'esprit ! L'art, c'est tous ces trucs chiants qui n'intéressent que les intellos... Pour parler des autres groupes que vous citez, je n'ai jamais entendu Porcupine Tree ou Ayreon, mais j'ai déjà vu After Crying et les Flower Kings. J'ai trouvé ces deux groupes très bons, quoique pas vraiment à mon goût. Ceci dit, les pièces 'classiques' d'After Crying sont très sympa.
Pourquoi avoir décidé de sortir The Seventh House seulement en ce début d'année, alors qu'il est prêt depuis votre série de concert de l'automne dernier. Ne craignez-vous pas que certains (n'ayant pas pu se rendre à l'un de vos concerts) se sentent un peu lésés ?
La réponse est simple. En gros, aucun distributeur ou magasin de disques n'accepte de prendre en charge des nouveautés pendant la période de Noël... sauf bien sûr s'il s'agit de disques sur le thème de Noël ou des trucs de ce genre. Par conséquent, il est Impossible, en pratique, de sortir un disque entre le 1er novembre et le 31 janvier ! Comme notre album était prêt dès novembre, nous avons pensé qu'il serait dommage de ne pas le proposer à la vente pendant notre tournée - nous avions besoin de cet argent pour payer la facture de studio ! En outre, Je pense qu'il est normal que les gens qui se déplacent pour nous voir, parfois de très loin, méritent de découvrir notre CD avant tout le monde. Ils méritent un traitement de faveur ! Pour les autres, il faudra attendre la sortie officielle... ou alors prendre sa voiture et venir voir notre prochain concert !
Vos projets ? A court et moyen termes... La scène est-elle une priorité pour toi en ce moment ?
C'est vrai, mes pensées sont principalement tournées vers la scène actuellement... mais pas avec IQ ! John Wetton débute une petite tournée européenne la semaine prochaine [entretien effectué le 10 janvier], et j'en ai une autre, un peu plus longue, avec Jadis en février, suivie par d'autres concerts avec John en Angleterre. Pour ce qui est d'IQ, le groupe fait une pause pendant six mois. La plupart des membres ont des professions à plein temps, et ne peuvent pas se libérer facilement pour des tournées. De plus, ayant consacré presque chaque heure de notre temps libre à IQ l'an dernier, certains - en particulier Peter - veulent voir un peu plus leur famille. Par ailleurs, John va être papa bientôt. IQ n'est qu'un groupe, après tout - il y a des choses plus importantes dans la vie ! Je dirais qu'il y aura probablement des concerts plus tard dans l'année. D'ici là, je vais commencer à réunir des idées pour mon second album solo.
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°38 - Janvier 2001)

