BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Stage pochette

PISTES :

DVD 1 :
1. Sacred Sound
2. It All Stops Here
3. Leap Of Faith
4. Born Brilliant
5. The Seventh House
6. Drum Solo
7. No Love Lost
8. Widow’s Peak
9. The Narrow Margin (section centrale)
10. Guiding Light
11. Harvest Of Souls
12. Awake And Nervous
13. The Last Human Gateway (section centrale)
14. The Wake

DVD 2 :
1. Sacred Sound
2. It All Stops Here
3. Born Brilliant
4. The Seventh House
5. Drum Solo
6. No Love Lost
7. Leap Of Faith
8. The Wake
9. Harvest Of Souls
10. Awake And Nervous

FORMATION :

Andy Edwards

(batterie, percussions)

Mike Holmes

(guitare, claviers)

John Jowitt

(basse, pédalier de basses)

Peter Nicholls

(chant)

Martin Orford

(claviers, chœurs)

IQ

"Stage" (DVD)

Royaume-Uni - 2006

GEPR - 260mn

 

 

Le moins qu'on puisse dire est qu'IQ n'est pas avare en publication de DVD, puisqu'en attendant la réédition sur ce support de Forever Live (sorti en coffret VHS en 1996), Stage est déjà le troisième objet de ce genre à montrer le groupe anglais sur scène (quatre même si on compte celui de la série Live In London des années 80). Reconnaissons en tout cas au quintette de ne pas se répéter et d'offrir à chaque fois un spectacle bien différent. Après la représentation du concept Subterranea et l'anniversaire très festif des 20 ans du groupe sur IQ20, cette différence de spectacle est encore plus vraie ici puisque Stage propose deux concerts distincts, non par la set-list mais par l'ambiance qu'ils dégagent. Issus de la même tournée (celle qui a suivi la parution de Dark Matter), les concerts présentent en effet les mêmes morceaux : treize pour le premier (plus un court solo de batterie), joué en tête d'affiche au Nearfest en juillet 2005, neuf pour le second (et le même solo d'Andy Edwards), enregistré lors du festival teuton Burg Herzberg une semaine plus tard. Le premier est donc plus long (2h1O avec les rappels contre 1h35 en Allemagne), et il occupe la quasi-totalité du premier disque. Un bonus de 10 minutes nous montre le groupe pendant la balance sur «Sacred Sound», sympa mais anecdotique. A noter un gag sur un billet de £ 10 dont l'effigie de la reine a été remplacée par celle de... Martin Orford. Mais ce sera bien le seul moment rigolo du DVD, car la prestation du groupe est à l'image de son habillement presque exclusivement noir : sobre et dépouillée. Peut-être est-ce l'influence du public américain dédié aux musiques progressives dans le cadre du prestigieux festival, respectueux mais mollement assis ? En tout cas le groupe offre une prestation loin de l'image «déconnante» qui peut être la sienne, et on sent les musiciens un peu refermés sur eux-mêmes. Cela n'est pas forcément pour leur plaire d'ailleurs, car John Jowitt en particulier exulte enfin lorsqu'au dernier rappel, une partie du public finit par se lever et sortir un tant soit peu de sa réserve !

Côté son, on a droit aux habituelles versions stéréo ou Dolby Digital 5.1 et côté image, celles-ci sont parfaites, avec utilisation fréquente du split-screen, notamment lors des parties instrumentales. Mais la position des caméras n'est pas idéale, et il y a peu de gros plans sur les musiciens. Les éclairages sont eux aussi assez sobres, dominés largement par les bleus foncés de la pochette de l'album Dark Matter.

Par contre, la musique et l'interprétation sont en tous points remarquables. Et certaines versions, en particulier des morceaux de cet album, s'avèrent supérieures aux originales en studio. C'est le cas de la suite «Harvest of Souls», qui gagne en fluidité et en tonus, ou de «Born Brilliant», sombre et inquiétant. Mike Holmes est toujours impérial à la guitare et offre un nouveau sans-faute. Sa prestation sur le sublime «Leap of Faith» laisse par exemple sans voix tellement c'est beau. Le petit nouveau Andy Edwards montre peut-être plus de subtilité derrière ses fûts que son glorieux prédécesseur Paul Cook. Martin Orford, avec son air de ne pas y toucher, est lui aussi excellent derrière sa large panoplie de claviers. Seul John Jowitt paraît un peu plus effacé... Enfin Peter Nicholls se montre sous son meilleur jour, même s'il a laissé au placard maquillage et costumes (il revêt juste une blouse, des gants blancs et des lunettes colorées à la fin de «Harvest of Souls»). Le répertoire pioche dans la totalité des albums (excepté Are You Sitting Comfortably ?) et s'avère un excellent best-of, qui montre bien l'évolution du groupe au cours du temps. Du progressif symphonique «génésissien» qui plane très haut sur «Widow's Peak», jusqu'à la modernité de «Born Brilliant» en passant par la pop sophistiquée de «No Love Lost», seul titre de l'époque Menel au chant. Mais les grands classiques que sont «The Wake», «The Guiding Light» ou la partie centrale de «The Narrow Margin» ne sont pas oubliés.

Le deuxième DVD nous montre un visage d'IQ bien différent, et pour tout dire, plus proche de la réalité ! Si les morceaux sont donc les mêmes et toujours aussi bien joués, le public présent manifeste son enthousiasme de manière bien plus vive, et ces réactions boostent visiblement le groupe. Plus mobiles sur scène, plus joyeux sur les visages, les musiciens prennent visiblement un plaisir plus grand à être là. Comme la scène est plus petite qu'au Nearfest, la proximité des écrans de projection donne également plus de «vie» aux images, et la manière de filmer est également plus dynamique, plus resserré sur les musiciens, et avec plus de plans sur le public (dont on voit bien les fans qui chantent toutes les paroles des chansons !). Peter Nicholls intervient plus longuement entre les morceaux, Martin Orford se met à sauter derrière ses claviers pendant «The Wake», et John Jowitt se lâche plus généreusement en arpentant la scène en tous sens. On a même droit à une petite échappée rock rigolote lors du rappel, qui sent bon la fin de tournée pour le groupe.

Les autres bonus sont regroupés sur cette seconde galette : Stage and Screen est un montage d'images filmées aux USA (15 minutes), qui permet de voir l'équipe technique et le groupe en coulisses (où on les retrouve plus «déconnants» que jamais). Andy's First Gig montre le groupe lors du premier concert de la tournée avec le batteur Andy Edwards (image au caméscope assez moyenne, et pas focalisée sur le batteur contrairement à ce qu'on aurait pu penser), à Montréal, sur deux titres : «Leap of Faith», avec toujours un Mike Holmes déchaîné et «The Wake» (durée : 13 minutes). Enfin, la traditionnelle galerie photos complète le programme, avec défilement en plein écran et avec musique inédite d'accompagnement (5 minutes).

Une fois de plus, IQ a mis les petits plats dans les grands pour présenter un double DVD copieux et joliment présenté. Pour la musique, on préférera le premier concert (je serai tenté de dire qu'on pourrait presque regarder ce concert les yeux fermés...), mais pour voir IQ tel qu'en lui-même, on optera plus volontiers pour le second. Il y en a donc pour tous les goûts et toutes les humeurs. Un joli cadeau de Noël !

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°64 -Hiver 2006-2007)