BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

The Octagon :
1. The Keel (2:32)
2. The Sails (2:21)
3. The Coachman (2:12)
4. The Sculptor (3:21)
5. The Lyre (3:23)
6. The Pendulum (2:29)
7. Sobieski's Shield (1:17)
8. The Stern (2:53)

L'Evento :
9. The Universe (6:31)
10. The Inception (6:59)
11. Rewind (7:06)
12. The Journey (11:28)
13. The Puppet Dance (6:46)
14. The History (4:28)
15. Capital Punishment (1:26)
16. Exodus (5:24)
17. Cosmos (3:08)

FORMATION :

Luca Calabrese

(trompette, flugelhorn)

Jonas Christophs

(guitare électrique)

Franco Feruglio

(double basse)

Mats Johansson

(Synthétiseurs, Theremin, boîtes à musique)

Christian Saggese

(guitare acoustique)

Kjel Severinsson

(batterie, percussions)

ISILDURS BANE
& METAMORFOSI TRIO

"MIND Vol. 3"

Suède - 2003

Ataraxia Prod. - 74:01

 

 

Avec chaque nouvel épisode de la série MIND, Isildurs Bane nous pose de nouvelles questions, plus que ne nous apporte de réelles réponses, quant au champ d'investigation musical désigné sous cette bannière. Il est vrai qu'avec le Volume 2, en forme de 'best-of live', on avait pu légitimement se demander - les 'nouvelles dimensions' promises par le titre y étant fort minoritaires par rapport à l'aspect rétrospectif de l'objet - si tout cela n'était finalement pas qu'un habile artifice 'marketing', bien en phase du reste avec notre époque...

Ce qui est certain avec MIND - Volume 3, c'est que tout soupçon d'opportunisme commercial est cette fois dissipé. La musique contenue sur ce CD n'est clairement pas destinée aux 'masses', y compris celle (supposée, à tort ou à raison, plus large d'esprit) des amateurs de rock progressif. Et quoi que l'on pense de sa réussite artistique, force est au moins de saluer le courage d'Isildurs Bane de prendre ainsi le risque de désorienter son public, habitué à fréquenter des contrées musicales certes expérimentales, mais un tant soit peu plus hospitalières et chatoyantes.

Brève présentation du projet : à ma droite, Isildurs Bane, réduit pour la circonstance à ses trois piliers actuels, Mats Johansson (claviers et échantillons), Jonas Christophs (guitare électrique) et Kjell Severinsson (batterie et percussions); à ma gauche, trois musiciens italiens (trompette, guitare acoustique et contrebasse), réunis sous la dénomination collective de Metamorfosi Trio. Bref, comme nous l'enseignent des notes de pochette pompeuses à souhait, la rencontre entre deux 'ensembles de musique de chambre', l'un électrique, l'autre acoustique. Une rencontre placée en outre sous le signe de l'improvisation, avec toutefois le recours occasionnel à une certaine quantité de matériau composé à l'avance.

Comme pour les précédents MIND, le livret reste assez nébuleux quant aux circonstances exactes de l'enregistrement et l'importance de la post-production dans la forme finale de la musique. En rassemblant les informations dispersées ça et là dans le livret, on croit comprendre que la seconde suite, «L'Evento», a été enregistrée par la radio nationale suédoise lors d'une tournée en juillet 2002, et nous est livrée sans retouches; la première, «The Octagon», serait par contre une création de studio, conçue au cours du semestre suivant, et aurait fait intervenir des échanges de fichiers sonores à distance entre les deux ensembles. L'ensemble est en tout cas d'une parfaite homogénéité sonore.

Dans ses moments les plus denses, l'atmosphère générale renvoie aux séquences les plus expérimentales de MIND - Volume 1 : musique aux fondements harmoniques et rythmiques flous, impalpable, comme suspendue dans l'espace et le temps. D'autres passages, sans doute trop nombreux, ressemblent davantage à l'idée que l'on se fait communément de la musique improvisée : minimaliste, hasardeuse, et pas toujours très fructueuse. Point d'excès de dissonance à craindre cependant : même le jeu de trompette de Luca Calabrese reste très mélodique. Le problème est plutôt celui d'une austérité un peu monotone, avec parfois l'impression d'une complaisance aux arrière-pensées vaguement élitistes.

Rien à dire sur la maîtrise par les six musiciens de leur outil. C'est principalement du côté de certains partis-pris esthétiques (voire idéologiques, si l'on prend un peu trop au pied de la lettre certains des postulats fumeux énoncés dans le livret) et d'une inspiration inégale (corollaire quasi inévitable d'un tel projet, objecteront certains) que l'on pourra trouver à redire. Plus globalement, on pourra regretter l'absence de la dimension plus écrite et orchestrale de la musique d'Isildurs Bane. Mais pour cela, il suffira normalement de patienter jusqu'à début septembre, date prévue pour la sortie du véritable nouvel album du groupe suédois.

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°50 - Août 2003)