BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Spinning Round (2:59)
2. I Move (5:25)
3. Weak Little Lad (3:50)
4. I Already Know (3:55)
5. I Wanna Win (5:46)
6. All The New (1:24)
7. Star Evil Gnoma Su (8:37)
8. Another Door (4:42)
9. Something True (2:37)
10. Believe (3:33)
11. Knight And Nights (6:37)
12. The Mists Of Dalriada (2:42)
13. Oh, How It's Great ! (4:46)
14. Coming Like Light (11:40)
15. Light From Your Eyes (4:24)

FORMATION :

Tom Galgano

(claviers, chant)

John Galgano

(basse, guitare, chant)

Paul Bremner

(guitares)

Brian Coralian

(batterie, percussions)

Greg DiMiceli

(batterie, percussions)

IZZ

"I Move"

États-Unis - 2002

Doone - 73:05

 

 

Ceux qui ont eu la bonne idée de se procurer Sliver Of A Sun ont découvert avec Izz un jeune groupe talentueux et prometteur. Sans forcément voir dans cette formation new-yorkaise l'avenir du prog (pour la petite histoire, c'est ce qui avait été dit dans nos pages !), on pouvait logiquement espérer un second album de haute tenue compte tenu des nombreuses qualités affichées.

I Move, comme son titre l'indique, marque incontestablement un changement. Pas radical, certes, dans la mesure où le style honoré reste le même (si ce n'était pas le cas, on ne vous en parlerait même pas), mais l'évolution est sensible. D'un côté, ce nouvel opus est désormais totalement cohérent et parfaitement interprété, avec une production de grande qualité. De l'autre, il présente une approche plus directe qui sacrifie quelque peu la dimension instrumentale au profit de parties chantées.

Le côté 'anarchique' qui caractérisait Sliver Of A Sun et le rendait bancal n'est plus qu'un mauvais souvenir. Les quinze morceaux qui composent I Move forment un tout, d'autant qu'ils sont enchaînés les uns aux autres. On est donc en présence d'une unique suite de 73 minutes. A vrai dire, bien que l'on retrouve certains thèmes à plusieurs reprises, ce montage facilement réalisable ne présente évidemment pas de structures spécifiques d'une suite. Toutefois, le tout est supérieur à la somme des parties, et c'est bien dans son ensemble qu'il faut apprécier cette œuvre.

Izz est un proche parent d'Echolyn et un lointain cousin de Spock's Beard, dans la mesure où il développe, comme ses compatriotes, une musique à la fois efficace et sophistiquée. Si les mélodies vocales accrocheuses (souvent élégantes, mais parfois un tantinet fades ou racoleuses) sont ici plus nombreuses, elles sont magnifiées par une certaine science des arrangements et laissent de temps en temps la place à quelques excentricités, notamment sur deux des meilleures pièces, «Coming Like Light» (11:40) et «I Move». A ce titre, la guitare nous gratifie de superbes soli gorgés d'ardeur et de lyrisme.

Seuls deux instrumentaux sont au programme, dont «Star Evil Gnoma Su», composition nettement plus 'tordue', qui rappelle celles des compatriotes d'Underground Railroad. Globalement, I Move adopte une forme plus 'pop rock' que son prédécesseur, bien que ce dernier partait parfois dans cette direction. Attention, ce terme n'est aucunement péjoratif mais il me semble approprié dans le sens où le chant est le principal vecteur d'émotions et dirige le déroulement des opérations au sein de compositions assez brèves et trop calibrées (format couplet-refrain-solo) où un parfum 'british' façon Pink Floyd ou Beatles se fait indéniablement sentir. Ainsi, certains titres, qu'ils soient calmes ou enlevés, ont des allures de 'tubes' en puissance.

Moins rock (brut) que le Cowboys Poem Free d'Echolyn mais moins prog que la plupart des dernières réalisations nord-américaines (Spock's Beard, Discipline, Hamadryad...), I Move demeure un très bon album dont le fond est mis en valeur par un habillage sonore impeccable comme on en rencontre que trop rarement dans notre microcosme. La production est éclatante (quoiqu'un brin artificielle), à l'opposé du son 'rétro' qui caractérisait Sliver Of A Sun. Il sera peut-être même l'un des disques de l'année pour tous ceux qui affectionnent Porcupine Tree, Timothy Pure, Mostly Autumn ou encore RPWL, et les considèrent comme l'expression d'une nouvelle forme de rock progressif. En revanche, ceux qui recherchent plus d'audace et d'inventivité, notamment au niveau de l'architecture des compositions et de l'utilisation des instruments ne seront que partiellement satisfaits.

En rendant sa musique globalement plus immédiate et en renforçant (joliment) l'impact des mélodies, bien que n'oubliant pas de proposer quelques séquences typiquement progressives, Izz semble désireux de conquérir un plus large public. On ne saurait vraiment lui reprocher cette soif de reconnaissance, du moment qu'il conserve son intégrité artistique.

Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°44 - Juin 2002)