
PISTES :
1. Live This Lie (8:44)
2. Batstein (6:52)
3. Speechless (5:34)
4. Losing My Fear (6:07)
5. Tomorrow Always Arrives (4:31)
6. Falling Away (6:50)
7. Hear Us (9:40)
FORMATION :
Gary Chandler
(chant, guitares, chœurs)
Stephen Christey
(batterie)
Steve Hunt
(basse)
Mike Torr
(claviers, chœurs)
Josten Obers
(chœurs)
JADIS
"Somersault"
Royaume-Uni - 1997
Dorian Music - 48:18
Ça y est ! Jadis a donc franchi le pas et cédé comme bon nombre de ses confrères anglais (Pendragon, IQ) à l'attrait de l'autoproduction (qui, rappelons-le, leur permet souvent de vivre de leur musique). Distribué par Dorian Music, le label de Steve Rothery (qui n'a jamais lâché le groupe puisqu'il était déjà le producteur de leur premier album), Somersault marque aussi un nouveau démarrage musical pour Jadis, après les départs de Martin Orford et John Jowitt, et l'arrivée de leur remplaçants Mike Torr et Steve Hunt respectivement, tandis que la barre reste entre les mains de Gary Chandler (et plus accessoirement Steve Chrisley). Mais l'univers musical de Jadis ne s'en trouve pas profondément remanié.
Si le premier album publié au format CD en 1992, More Than Meets The Eye reste une œuvre incontournable du mouvement néoprogressif, il est clair que la suite de la carrière du groupe n'a jamais plus atteint un tel sommet d'inspiration. Et Somersault ne changera rien à cette hiérarchie. Non pas que ce nouvel opus soit mauvais, bien sûr, simplement il est en deçà de nos espoirs et, surtout, cultive un peu trop les défauts reprochés à Across The Water.
Tout d'abord, il y a ce chant omniprésent (aucun instrumental cette fois parmi les sept titres présents, de 4:31 à 9:40) et vraiment trop linéaire. Gary Chandler n'est ni un excellent, ni un piètre chanteur, mais sa voix reste monocorde d'un bout à l'autre du CD : c'est inévitablement lassant.
Ensuite, le guitariste s'ingénie à maintes reprises à ne plus sonner mélodique, et préfère partir dans des solos ou des duels avec les claviers qui manquent singulièrement de cohérence. Evidemment, les morceaux sont donc un peu plus aventureux que d'habitude, mais à ce stade, ce n'est pas là que Jadis semble le plus à l'aise. Au bout du compte, il perd donc une part importante de son pouvoir de séduction.
Je ne noircirai pas plus le tableau, car Somersault possède quand même son lot de passages (plus que de morceaux) très intéressants. Gary Chandler a un toucher et un sens mélodique qui, s'il veut bien les utiliser, sont vraiment imparables (dès l'intro de «Live This Lie», on reconnaît son style inimitable), et Mike Torr se révèle un claviériste très doué. Il lui reste à faire jeu égal avec son alter-ego de la 6 cordes, et peut-être participer un peu plus aux compositions (on ne peut que deviner sa timide participation ici lors de brefs solos) pour vraiment apporter quelque chose de neuf au groupe.
On relèvera encore la plus grande complexité que par le passé de la section rythmique, qui cherche souvent à éviter les lourdeurs binaires et crée un décalage parfois déconcertant avec les instruments solistes.
Les morceaux qui semblent sortir du lot sont sans doute «Speechless» par sa fluidité et son foisonnement rythmique, la ballade délicatement introduite au piano «Tomorrow Always Arrives», et le long «Hear Us» (près de dix minutes) pour ses atmosphères changeantes et son ambition plus affirmée.
Gary Chandler introduit également la guitare acoustique (assez rare chez lui) sur «Losing My Fear», par contre la flûte a disparu. Un renouvellement de l'univers un peu étriqué instrumentalement de Jadis passerait peut-être par l'apport d'invités (qui se limite ici à une chanteuse aux chœurs, Josein Obeps).
Essayons donc de considérer ce nouvel album comme une œuvre de transition. Jadis cherche un nouveau souffle, et sa tentative d'explorer ici des horizons moins typés «néo-prog» n'a pas abouti à un résultat probant. Une participation plus active de tous les membres du groupe aux compositions pourrait peut-être se révéler pertinente. Le talent mélodique de Gary Chandler est sûrement intact, mais il devrait le laisser s'exprimer un peu plus que sa voix... On attend donc encore le digne successeur (et non pas une copie, entendons-nous bien) de More Than Meets The Eye.
Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°20 - Mai/Juin 1997)

