BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Theme's Light (4:57)
2. What Goes Around (5:18)
3. Asleep In My Hands (5:39)
4. Standing Still (5:21)
5. I Hear Your Voice (6:15)
6. Make Me Move (5:32)
7. Who I Am (6:07)
8. Need To Breathe (4:50)
9. Please Open Your Eyes (5:35)
10. All You've Ever Known (6:42)
11. Photoplay (4:19)

FORMATION :

Gary Chandler

(guitare, chant)

Steve Christey

(batterie, percussions)

Martin Orford

(claviers, chœurs)

John Jowitt

(basse)

JADIS

"Photoplay"

Royaume-Uni - 2006

InsideOut - 60:36

 

 

Comme Pendragon et quelques autres, Jadis est un groupe axé essentiellement sur un leader, qui compose la très grande majorité des morceaux, impose sa direction musicale, et fait la part belle à son instrument de prédilection. Depuis toujours, Jadis est donc avant tout le groupe du guitariste et chanteur Gary Chandler, et qu'importe les changements de personnel, la musique est clairement identifiable en quelques secondes à peine.

Photoplay, sixième opus studio du groupe (si on oublie le tout premier, uniquement pressé en vinyl), ne déroge ainsi pas à cette règle, et on comprend sans doute mieux la décision de Martin Orford de ne plus souhaiter participer à l'aventure après cet album. Ce second départ (le claviériste d'IQ avait déjà laissé tomber son ami après le deuxième CD en 1995, puis était revenu pour le quatrième en 2000) pourrait bien être le dernier tant celui-ci souhaite désormais se focaliser sur IQ et sa carrière solo, pour lesquels il peut bien plus librement laisser s'exprimer sa fibre de compositeur.

Car loin de l'inégalable (semble-t-il) More Than Meets The Eye de 1992 (réédité l'an passé par le label InsideOut), qui voyait les deux compères réussir une alliance remarquable entre claviers symphoniques et guitare mélodique, Photoplay est avant tout l'album d'un guitariste auquel se serait adjoint un invité de luxe aux claviers. De luxe, parce qu'en dépit de ce qui vient d'être dit, cet album renferme des parties de claviers (d'orgue en particulier) plutôt inédites pour le groupe, un peu comme si Martin Orford voulait tout de même marquer les esprits avant son départ. Un adieu avec un soupçon d'apothéose !

Pour le reste, Gary Chandler domine de la voix et de sa guitare (électrique principalement mais acoustique à plusieurs reprises) les 11 compositions de l'album (de 4:20 pour l'instrumental qui le clôt à 6:42), dans un registre qu'on est de moins en moins enclin à qualifier de progressif, mais plutôt de rock sophistiqué. Une nuance qui tient à cette impression tenace d'un formatage délibéré et de structures trop linéaires (tous les morceaux sont des mid-tempo rock).

L'album démarre néanmoins très bien avec un premier titre au superbe motif de guitare. On sent également une volonté de varier les sonorités du chant (par l'emploi de divers effets notamment) et des instruments (la palette paraît moins réduite qu'à l'habitude). On n'enlèvera pas à Gary Chandler son talent incroyable de mélodiste, même si on peut regretter qu'il ne le mette pas plus au service de compositions plus progressives dans l'âme. La suite s'engage également au mieux, avec de bons duels guitare-orgue et un chant quelque peu inhabituel. En fait, pris individuellement ou par petit nombre, les morceaux de cet album sont plus que réussis, et le côté positif de cette musique donne indubitablement la pêche. Mais sur la durée d'un album, on ne peut que ressentir un effet de lassitude, dû donc au manque de variété des tempos et à un chant qui, sans être désagréable, ne se renouvelle pas suffisamment (Gary Chandler paraît recycler à outrance les mêmes lignes mélodiques).

On rêve de parties instrumentales plus conséquentes, d'un chant qui se ferait plus doux (notons la belle apparition d'une voix féminine sur le morceau «Make Me Move» - le genre de collaboration à renouveler !), de morceaux plus aérés, bref d'un souffle nouveau dans la musique de Jadis.

Photoplay se situe donc dans le sillage de Fanatic et d'Understand, de bons albums pour les amateurs de guitare mélodique, avec un petit soupçon de nouveauté. C'est encore trop peu pour susciter l'enthousiasme de nouveaux adeptes, et si les fans du groupe de Southampton (dont je suis) sauront y trouver leur compte, la majorité d'entre nous est en droit d'attendre à l'avenir un sursaut à la manière de ce qu'a offert Nick Barrett sur le Believe de Pendragon. On y croit !

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)