BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Running (4:00)
2. Floating (5:19)
3. Invisible War (10:09)
4. Mysterious (1:55)
5. Wonderous (2:02)
6. Soaring (3:22)
7. Sand In The Sun (1:42)
8. Laser Love (8:31)
9. Cocoon (5:46)
10. Butterfly (3:39)
11. Hour Glass (2:59)
12. King`s Court (1:40)
13. The Door (15:07)
14. Zion (3:11)
15. Celestial City (3:40)

FORMATION :

Jeremy

(guitare, basse, claviers, chant)

Mark Morris

(batterie électronique, piano)

JEREMY

"Celestial City"

États-Unis - 1997

Kinesis - 73:12

 

 

Si vous vous reportez à notre numéro de l'hiver 1995-96, vous constaterez l'affection que nous portons à ce multi-instrumentiste américain, auteur prolifique d'albums malheureusement des plus inégaux. Selon qu'il œuvre dans le progressif instrumental ou dans un rock basique et chanté (parfois affligeant), ce père de famille (accompagné ici ponctuellement par deux de ses enfants) est bel et bien capable du meilleur comme du pire. Cette inconstance stylistique et quasi-schyzophrénique est d'ailleurs parfaitement et bizarrement assumée par son auteur, qui a ainsi décidé de faire appel à Kinesis pour publier ses albums les plus ambitieux.

Celestial City est donc le successeur de Pilgrims ]ourney sur le label de Larry Kolota. Digne successeur d'ailleurs, tant ces deux albums semblent émaner d'une même et seule démarche artistique. Dire qu'il s'agit de tenter de dénicher la beauté mélodique sous toutes ses formes et de l'entretenir d'un bout à l'autre de l'album, peut certes sembler réducteur mais correspond finalement assez bien à l'impression que suscite l'écoute approfondie de Celestial City...

L'acte créatif chez Jeremy s'accompagne donc invariablement d'une quête de la perfection formelle, quête qui ne peut - on s'en doute - trouver de réelle finalité... Car cette voie, suivie pourtant ici avec un brio rarement mis en défaut, comporte évidemment des limites, des cul-de-sac si vous désirez prolonger l'image routière... Jeremy, malgré tout son talent (et il est conséquent, croyez-moi...), n'évite pas par moment les écueils d'une certaine vacuité. Ces errances sont heureusement de très courtes durées, mais il semble tout bonnement impossible de tenir en haleine l'auditeur sur une telle durée. Au delà de la musique qu'elle est censée éclairer, cette chronique se fera donc en guise de parenthèse le chantre du message suivant (que l'on rencontre d'ailleurs de plus en plus souvent dans les différents magazines spécialisés) à destination des artistes progressifs : attention de ne pas limiter la portée de vos albums en les étirant inutilement et/ou artificiellement...

Cette parenthèse étant close, nous voici amenés à définir plus précisément la musique contenue dans les quinze compositions (de 1:40 à 15:07) de Celestial City. Respectivement moins romantique (donc moins enclin à une certaine mièvrerie...) et moins cosmique que ceux de Lanvall et Fonya, l'art de Jeremy s'apparente malgré tout à la même famille stylistique que ces deux multi-instrumentistes. Un désir similaire de jouer sur et avec l'émotion de l'auditeur, par des moyens finalement assez proches, habite en effet ces trois artistes. Le symphonisme plus évident et éloquent de Jeremy nous invitera peut-être à privilégier ce dernier, mais ces artistes, réunis aujourd'hui sous les feux de l'actualité, semblent former un trio assez complémentaires qu'il est difficile de vraiment dissocier.

Ainsi, plus qu'à Jeremy lui même, c'est à un style périphérique du progressif que Celestial City nous invite (ou non) à adhérer. Instrumentale, nourrie de multiples variations thématiques, aérienne, délicate ou tempétueuse (mais jamais vraiment tourmentée) et donc constamment mélodique, la musique offerte ne semble avoir d'autre but que de provoquer chez l'auditeur des voyages intérieurs que celui-ci jugera selon sa sensibilité passionnants ou futiles. Ce facteur intrinsèque est, on s'en doute, un farouche ennemi du consensus. Malgré tout, Jeremy peut trouver une reconnaissance méritée chez le plus grand nombre d'entre nous en se présentant comme l'auteur d'un rock progressif certes typé mais qu'il est bon de venir visiter régulièrement entre deux joutes plus spécifiquement progressives...

Celestial City est donc, en dépit de ses spécificités, une œuvre à recommander aux plus sceptiques. Quant aux autres, déjà séduits par Pilgrims Journey, qu'ils sachent définitivement que ce nouvel album en est le parfait complément.

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°24 - Janvier-Février 1998)