BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Il Camaleonte (instr.) (3:13)
2. King Of Fools (5:42)
3. Illusione Prospettica (instr.) (6:00)
4. Castelli Di Rabbia (7:50)
5. Delusione Ottica (instr.) (3:21)
6. Audiopoker (instr.) (1:43)
7. Re Nudo (6:07)
8. Elusione Ottica (instr.) (4:15)
9. Mare Nostrum (16:21)

FORMATION :

Fabio Itri

(guitares)

Saverio Autellitano

(claviers)

Luca Salice

(flûte, chant)

Marco Meduri

(basse)

Bruno Crucitti

(batterie, percussions)

JET LAG

"Delusione Ottica"

Italie - 2001

Pick Up/Lizard - 49:36

 

 

N'y allons pas par quatre chemins : Delusione Ottica constitue à mes yeux, ou plutôt devrais-je dire à mes oreilles, l'un des événements progressifs de ce début d'année 2002 !

Originaire du sud de l'Italie, et plus précisément de Reggio de Calabre, Jet Lag (expression bien connue des habitués du transport aérien, et/ou des fans de PFM...) a vu le jour en 1996 mais ne s'est véritablement lancé qu'un an plus tard, une fois la formation solidement constituée. Après avoir participés à quelques festivals dans leur région, les cinq musiciens ont enregistré un CD démo salué par la presse spécialisée. Mélange de progressif 'seventies', d'atmosphères floydiennes et d'influences méditerranéennes matinées de jazz-rock, cette autoproduction pose les fondements d'un style que le groupe développera dans le futur.

Prolongement de cette démarche artistique, Delusione Ottica pourrait même en être l'aboutissement tant il est remarquable, et ce, à plusieurs égards. Sur le plan de l'écriture, tout d'abord, les compositions dénotent un indéniable savoir-faire. Touffues et nourries de nombreux breaks, elles s'avèrent extrêmement riches et variées, et peuvent s'appréhender comme la rencontre entre Banco (la tradition baroque), Arti E Mestieri (les effluves jazz-rock) et Jethro Tull (la couleur folk). Attention, les premières écoutes peuvent donner l'impression d'un désordre sonore. En effet, il n'est pas rare que guitare, claviers et flûte jouent simultanément, qui plus est des thèmes différents, sur une base rythmique en perpétuel mouvement. Mélodies et harmonies complexes cohabitent donc au sein de structures mouvantes et les dialogues entre les différents instruments, menés tambour battant, sont souvent fascinants. Ce véritable festival auditif aurait sans doute mérité quelques accalmies supplémentaires afin que l'auditeur puisse reprendre son souffle. Le seul 'point noir' vient du chant qui gâche un peu la fête quand il se montre trop expansif. Heureusement, ses interventions demeurent sporadiques (excepté sur «Kings Of Fool», l'unique morceau chanté en anglais qui se rapproche d'ailleurs plus d'un blues-rock).

Au niveau de l'interprétation ensuite, le collectif fonctionne à merveille et libère une énergie communicative exceptionnelle. Il est rare de ressentir une telle joie de jouer et une telle vitalité. La vitesse d'exécution est déconcertante sur certains passages et, même si les 'perfectionnistes' trouveront que tout ça est un peu joué à la va-vite et qu'il manque de sensibilité, la musique ne se perd jamais dans des élans virtuoses stériles. Pas d'esbroufe à craindre donc : chaque musicien sert le groupe avant tout. Attribuons tout de même une mention spéciale au claviériste Saverio Autellitano, qui nous régale d'interventions bondissantes aussi originales que passionnantes.

Les compositions, aux durées variant entre une et seize minutes, sont l'exemple d'un rock progressif recherché (pléonasme ?) qui contente aussi bien l'âme que le cœur. La suite «Mare Nostrum» est à ce titre l'égale de ses équivalents chez TransAtlantic ou Spock's Beard, à savoir un parfait mélange de thèmes imparables, d'envolées impromptues et d'incessants rebondissements. Les autres titres comportent tous d'excellents moments, si on met de côté les deux brèves interludes 'bruitistes' fort dispensables et une pièce à la guitare acoustique (seul morceau d'ailleurs non crédité au collectif) certes agréable et reposante mais qui 'casse' un peu l'ambiance.

Formation déjà empreinte d'une forte personnalité, Jet Lag se hisse d'emblée parmi les plus douées de notre mouvement. Delusione Ottica est donc fortement conseillé à tous les amateurs de musique ambitieuse mais toujours accessible, technique mais constamment mélodique. Il serait dommage d'ignorer un tel talent !

Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°43 - Mars 2002)