BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. The Dodger (8:09)
2. Electric Leaves (4:13)
3. Shadows Of Time (6:50)
4. A Pair Of Sunbeams (5:19)
5. Mindrevolutions (25:47)
6. Flowing Free (3:53)
7. Last Free Indian (7:27)
8. Our Deepest Inner Shore (4:59)
9. Timebomb (4:32)
10. Remains Of The Day (8:02)

FORMATION :

Hans Lundin

(claviers, chant)

Roine Stolt

(guitares électrique et acoustique, percussions, chant)

Morgan Ågren

(batterie)

Jonas Reingold

(basse)

Patrik Lundström

(chant)

Aleena

(chant)

KAIPA

"MindRevolutions"

Suède - 2005

InsideOut - 79:16

 

 

Voici une chronique qui n'aura pas été facile à écrire ! En effet, j'ai rarement eu la sensation de manquer à ce point de prise sur un album. Je partais pourtant muni d'une parfaite connaissance des oeuvres précédentes et d'un à priori résolument positif, gardant en mémoire un excellent premier album de reformatiqn, en 2002, qui fleurait bon le folklore scandinave, puis un second, l'année suivante, qui évoluait courageusement vers une plus grande complexité, tout en conservant suffisamment d'attraits pour inciter à l'effort.

Certains ne manqueront pas de signaler que ce nouvel opus s'avère en de nombreux points semblable à son prédécesseur. C'est ma foi vrai, mais ça n'a pas facilité ma tâche pour autant, car l'essentiel de ces similitudes sont d'une nature formelle, à laquelle on est obligé de s'en remettre faute de mieux. Ceci se fait, dans un premier temps en tout cas, plutôt au détriment de la valeur réelle de l'œuvre. Cet aspect n'ayant pas franchement évolué dans le bon sens, il véhicule par ailleurs une impression trompeuse de conformisme. Impossible en tous cas de donner un avis un tant soit peu objectif à ce stade.

Au nombre des éléments qui fâchent, il faut bien sûr citer en premier lieu le chant, dont le maniérisme fait tant débat. Je comprends tout à fait l'aversion qu'éprouvent certains et j'ajoute que je la partage même au départ, tant Patrick Lundström en «fait des tonnes». Mais il convient encore une fois de rester objectif. Premièrement, au-delà de cet aspect, sa compétence n'est jamais mise en cause (à de nombreux moments, on serait même tenté de le comparer à Freddie Mercury, tant pour la maîtrise irréprochable de son organe que pour certaines facettes de son timbre). Deuxièmement, ça peut surprendre les réfractaires, mais c'est un fait : beaucoup apprécient son chant tel quel. Enfin il faut reconnaître qu'une fois la musique assimilée, on trouve beaucoup plus d'intérêt à ce type de performance. Quant à sa consœur, Aleena, elle voit son rôle notablement accru. Ce qui ne change pas vraiment la donne pour autant, car il faut préciser qu'ils opèrent, l'un et l'autre, exactement de la même «manière».

Au nombre des aspect formels spécifiques persistants, il faut aussi citer une palette sonore nettement dominée par les claviers d'Hans Lundin. Comme d'habitude, ceux-ci ont tendance à se confondre avec la guitare, aussi bien du point de vue des sons choisis que du rôle qu'ils assument. Ne percevant, de ce point de vue, aucun véritable changement ou du moins d'élargissement (à défaut de renouvellement), cet aspect se trouve assimilé à l'identité du groupe. Or, le risque de lassitude est d'autant plus grand que les premières écoutes ne proposent pas grand-chose d'autre. Ces sons un peu stridents, très en vogue actuellement (on les retrouve notamment chez Nathan Mahl avec, à mon avis, le même abus et les mêmes risques), seront tout de même moins controversés que le chant, car le contexte des échanges avec Roine Stolt met en valeur une virtuosité assez savoureuse.

Hormis le plaisir de retrouver cette grande compétence instrumentale, c'est essentiellement sur l'écriture que l'on bute. On apprendra assez logiquement que Lundin ait pris la totale responsabilité des compositions, Stolt se contentant de prendre part aux paroles. La difficulté de prendre des repères et le constat de plages inintéressantes font croire à du pur remplissage (et je ne doute pas que beaucoup en resteront à cette impression). Or, je vous l'assure, ce serait une grave erreur : derrière la perfomance d'excellents musiciens, se dégagent enfin des reliefs insoupçonnés.

Les meilleurs morceaux révèlent peu à peu leurs thèmes dont celui, magnifique, de la grande suite (25:47) qui donne son titre à l'album. Même la partie centrale de cette dernière, de tendance jazz-rock, avec le risque de démonstrations bavardes que cela suppose, se révèle finalement excellente. Et même si certains morceaux s'avèrent bel et bien dispensables (il serait temps qu'InsideOut prenne conscience du préjudice qu'entraîne fatalement le remplissage à 100% des CD... sans parler des doubles !), MindRevolutions s'avère, au final, au moins aussi bon que son prédécesseur, qui présentait d'ailleurs des faiblesses similaires.

Convaincu de l'importance moindre de la forme par rapport au contenu, je n'ajouterai pas ma voix au chœur de ceux qui reprocheront à ce groupe, comme à beaucoup d'autres, de ne pas être novateur. Ceci dit, si je n'attends pas grand-chose des artifices formels, il me semblerait tout de même souhaitable que Kaipa facilite à l'avenir l'accès à sa musique en lui conférant des atours plus attrayants : d'une part en proposant un premier niveau de lecture digne des suivants, et d'autre part en nous dispensant ces longueurs (20 bonnes minutes de trop dans le cas présent) qui, au final, font perdre leur temps aux auditeurs, mais aussi aux musiciens.

Laurent MÉTAYER

(chronique parue dans Big Bang n°58 - Été 2005)