
PISTES :
1. Hypothèse A (6:44)
2. Maintenant (6:02)
3. Destination (6:10)
4. Tunnel (7:11)
5. Hypothèse B (11:02)
6. A-o-14 (5:10)
7. Epilogue (6:35)
8. Hypothèse C (7:56)
FORMATION :
Dominique Blouin
(basse)
Simon L'Esperance
(guitares)
Mingan Sauriol
(claviers)
Thomas Brodeur
(batterie)
KARCIUS
"Kaleidoscope"
Canada - 2006
Unicorn Records - 56:54
Voilà encore un groupe qui, comme le compatriote Spaced Out, peut permettre au prog francophone de prétendre rivaliser avec d'autres pays phares. Karcius est en effet un quatuor de jeunes musiciens originaires du Québec qui maîtrisent totalement leurs instruments. Dominique Bouin, le bassiste, Thomas Brodeur le batteur, Simon L'Espérance le guitariste et Mingan Sauriol le claviériste avaient déjà réalisé un premier opus en 2005, Sphere, au propos plus nettement jazz, et ce second effort confirme tous les espoirs que l'on pouvait placer en eux. Bénéficiant d'une production d'une complète clarté, les sept compositions entièrement instrumentales font se croiser jazz, rock et même hard prog.
Si certains morceaux s'affilient plus nettement à un des genres sus-cités, comme «Maintenant», jazz rock extrêmement plaisant, dans la lignée d'un Return to Forever, ou l'«Epilogue» et sa guitare acoustique, la plupart mêlent les influences en un cocktail détonnant. «Destination» démarre ainsi sur les chapeaux de roues, avec un riff pêchu, mais les interventions de piano assurent un contrepoint plus délicat, tandis que la section rythmique module l'ambiance vers des rivages jazz, voire quasiment funky; la batterie enrichie de percussions est d'ailleurs mise en vedette vers le milieu du titre, avant un retour vers la structure initiale, avec des influences flamenco. Il en est de même pour «Tunnel», où le batteur use ponctuellement de la double pédale, mais ce n'est là qu'un thème repère, qui cède vite la place à des passages plus apaisés, sur lesquels Simon L'Espérance n'hésite pas à réveiller les mânes du Al Di Meola ou du Jeff Beck d'antan. Seule la dernière partie, électrisante, est plus hard fusion. «A-O-14» est de la même eau, avec une guitare flamboyante en état de grâce et soutenue par un clavier très mélodique.
«Hypothese A», «Hypothese B» et «Hypothese C», égrenés tout au long du disque, composent une trilogie qui illustre bien le syncrétisme du groupe, sur laquelle plane entre autre l'ombre de King Crimson. La diversité y règne en maître, toujours avec beaucoup de feeling et d'émotion. Seule «Hypothese B», la plus longue composition du haut de ses onze minutes, fait preuve de plus de tranquillité, non sans une certaine tension palpable, avec une séquence répétitive proche du son du roi cramoisi des années 80 et une dernière partie romantique en diable. Les quatre musiciens y vont fréquemment de leurs compétences techniques, tel Dominique Bouin avec sa basse fretless sur «Hypothese A», mais leurs soli conservent toujours une direction mélodique qui les rend à chaque fois captivant; Mingan Sauriol et Simon L'Espérance varient en outre leurs sonorités et usent d'effets pour un rendu à rebondissements.
Kaleidoscope parvient ainsi avec une étonnante facilité à se rendre séduisant d'un bout à l'autre, sans aucun temps mort ni baisse d'inspiration. Un album hautement recommandable, et une formation à suivre de très près.
Jean-Guillaume LANUQUE
(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)

