BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Solitary Sandpiper Journey pochette

PISTES :

1. Spirit of Revelation (7:18)
2. Magic Moment (4:22)
3. Silent Anger (part 2) (6:15)
4. Solitary Sandpiper King (5:03)
5. Searching for Love (8:32)
6. Carpathians (13:49)
7. Ode to a New Life (5:27)
8. Kingfisher and Dragonflies (part 2) (2:15)
9. Mystery (22:00)
a) Solid Ground
b) Rising Sun
c) Destruction
d) Redemption
e) Spirit of Revelation (reprise)

FORMATION :

Antony Kalugin

(claviers, chant, percussions)

Marina Zacharova

(chant [2,3 & 7])

Alexandr Pavlov

(guitares, chant)

Artem Vasilchenko

(saxophones soprano & ténor)

Kostya Shepelenko

(batterie [2-6 & 8])

Sergey Balalaev

(batterie [1])

Vadik Samosyuk

(batterie [9])

Vanya Rubanchyuk

(batterie [6])

Kostya Ionenko

(basse [1,3-7 & 9])

Alexandr Tyunyakin

(basse [2])

Sergey Kovalev

(bayan)

Roman Gorielov

(guitare acoustique [2 & 7])

Oksana Podmaryova

(violoncelle)

Lesya Kofanova

(flûte)

Helen Bour

(hautbois)

Alexandr Pastuchov

(basson)

Max

(violon alto)

Dasha

(violon)

EXTRAITS AUDIO :

KARFAGEN

"Solitary Sandpiper Journey"

Ukraine - 2010

Caerllysi Music - 75:07

 

 

Avec ce troisième album, les Ukrainiens de Karfagen opèrent un virage majeur dans leur production  musicale. Après deux disques jumeaux et appréciés, Continium en 2006 et The Space Between Us l'année suivante, qui privilégiaient un progressif symphonique et romantique, l'inspiration lorgne à présent davantage vers des artistes comme Renaissance, Steve Hackett, Anthony Phillips ou certains groupes de l'école de Canterbury. Anthony Kalugin est toujours le leader incontesté de la formation, claviériste, percussionniste et surtout compositeur unique des neuf pièces. Il est ici entouré de plus de quinze intervenants, dont bon nombre n'étaient pas présents sur les réalisations antérieures, ce qui donne déjà une idée de la diversité musicale déployée.

La mise en son est limpide, et les développements instrumentaux se révèlent tout simplement passionnants, captivants. Claviers pleins de finesse et d'une grande variété, guitare d'une grande sensibilité, batterie posée du fidèle Kostya Shepelenko qui n'hésite pas à tâter des rythmes impairs, basse extrêmement prolixe et inventive, au rôle franchement affirmé, tout se conjugue ici dans une grande cohérence. D'autant que les thèmes sont chaleureux, avec suffisamment de rebondissements pour ne jamais perdre l'auditeur en route. On retrouve ainsi des atmosphères typiquement «seventies», bucoliques, proches parfois du Genesis de 1970-1973, de Camel ou de la relecture d'un Willowglass, mais remises au goût du jour; les dominantes jazzy d'un «Carpathians» se rapprocheraient plutôt - en mieux ! - d'un Karcius, avec même des chœurs subtilement magmaiens ! Quelques passages se font plus légers, jusqu'à un «tube» potentiel en la personne de l'entraînant «Ode To A New Life», et d'autres sont marqués par de légères teintes emphatiques, à coups de mellotron. On l'aura compris, la palette des influences est tellement large que le résultat conserve sa personnalité et son authenticité propres.

Solitary Sandpiper Journey contient également pour la première fois chez Karfagen quelques chansons. Les plus marquantes sont assurément celles qu'interprète la belle Marina Zakharova, à la voix d'une grande pureté et de caractère affirmé. «Magic Moment» est en outre serti d'arrangements de piano, de guitare acoustique, de flûte et de saxophone soprano, le résultat se révélant très charismatique. La chanteuse se fend également de quelques vocalises du plus bel effet, ainsi sur «Silent Anger (Part 2)» (la première partie figurait sur Continium). C'est Anthony Kalugin lui-même qui assure le chant de «Searching For Love», avec certes moins de brio, mais dans le cadre d'un titre tout aussi foisonnant que les autres (avec basson et solo d'hammond à la clef). Sans citer tous les instruments mis à contribution, il convient néanmoins de souligner la place essentielle de la flûte et des saxophones (magnifique solo à la Van Der Graaf Generator sur «Solitary Sandpiper King»), ainsi que les touches ponctuelles d'accordéon (le bayan, assuré comme sur Continium par Sergey Kovalev).

L'opus se conclut par une suite de vingt-deux minutes articulée en cinq mouvements, «Mystery», traversée d'une tension électrique plus vive, où l'on retrouve les voix des deux interprètes, ainsi que du violon et du violoncelle. Les écoutes se succèdent, et la profonde beauté mélodique de ce disque ne fait que devenir de plus en plus évidente. Avec Solitary Sandpiper Journey, Karfagen signe non seulement son meilleur album à ce jour, mais aussi une des sorties majeures de cette année 2010.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°77 - Octobre 2010)