BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. The Little Man (1:29)
2. Entering The Spectra (12:20)
3. The Spirit Remains The Same (6:01)
4. Cyberdust From Mars (3:34)
5. Space Race No 3 (4:36)
6. The Man In The Moon Cries (3:14)
7. One Whole Half (5:17)
8. Is This The End ? (7:12)
9. Cello Suite No 1 in G major (1:02)
10. Welcome To Paradise (9:19)

FORMATION :

Tomas Bodin

(claviers)

Zoltan Czörz

(batterie)

Göran Edman

(chant)

Robert Engstrand

(claviers)

Johan Glössner

(guitare)

Jonas Reinglod

(basse, guitare acoustique, chœurs)

Jaime Salazar

(batterie, percussions)

Roine Stolt

(guitare, chant)

KARMAKANIC

"Entering The Spectra"

Suède - 2002

Regain - 54:09

 

 

Voilà un album qui pourrait se révéler comme l'une des divines surprises de cette fin d'année. Le concepteur de ce Entering The Spectra n'est autre que Jonas Reingold, plus connu comme bassiste des Flower Kings. Celui-ci s'est d'ailleurs adjoint la participation de certains de ses collègues pour mener à bien son projet : Roine Stolt, Tomas Bodin, Zoltan Csörsz, et Jaime Salazar. Devant une telle carte de visite, on pourrait croire que le bonhomme ne prend pas beaucoup de risques. Or, il n'en est rien.

Composé de dix pièces de une à douze minutes, l'album s'ouvre sur une courte entrée en matière, «The Little Man», que l'on pourra qualifier d'amuse-gueule. Voix féminine narrative sur fond de claviers et de guitare acoustique agrémentée de chœurs amples. Une intro qui n'est pas sans rappeler un style cher à Ayreon.

La suite-titre de douze minutes suit indéniablement la route tracée par les Flower Kings. Guitare et chant 'stoltien' dominants, orgue Hammond, basse grondante et rythmique appuyée nous ramènent aux meilleurs instants de Stardust We Are ou de Flower Power. Sans équivoque, la pièce maîtresse de l'album.

«The Spirit Remains The Same» est l'occasion de découvrir l'autre voix de Karmakanic, Göran Edman (ex-Yngwie Malmsteen) qui tire admirablement son épingle du jeu dans un registre que l'on a plus souvent l'habitude de retrouver dans le hard mélodique à tendance progressive. Malgré le riff d'intro très 'heavy', on n'est pas très loin de l'esprit des Flower Kings. Mais l'ambiance étrange installée d'entrée de jeu par ces riffs lourds et lancinants nous rapprochent davantage du hard-prog façon Ark.

Aux soli de basse flottante succèdent des instants tout aussi légers - mais brefs - de flûte et de guitare sèche. Autre curiosité, le morceau s'achève brutalement sur un fond de voix semblables à des mantras récités de manière répétitive. Avec les deux pièces suivantes, de durée sensiblement égale, on s'éloigne des Flower Kings pour atteindre les rives une nouvelle fois familières de l'univers propre à Lucassen : un hard au 'groove' très marqué et au refrain imparable.

«One Whole Half» est sans doute le morceau le plus technique, sur lequel plane (évidemment) l'ombre de Dream Theater (encore eux !). Des soli de guitare tranchants et débridés ou de basse slappée virevoltante où Jonas Reingold se montre époustouflant - mais qui en doutait ?... Quant à Stolt, il n'a que très rarement eu l'occasion - ou ma mémoire me fait défaut - d'asséner des riffs de guitares aussi 'durs', accompagnés de descentes de manches tout aussi incisives.

Cerise sur le gâteau, l'album s'achève sur la pièce sans doute la plus intéressante. «Welcome To Paradise» (9:19) foisonne d'idées et de breaks savamment agencés, de courses épiques du duo guitare-claviers, assez jouissives (pour qui apprécie cette exubérance un rien démonstrative). Cette luxuriance de thèmes très maîtrisée ravira les amateurs de constructions alambiquées propres aux groupes nantis d'une technique sans faille.

Au final, une affaire de famille suédoise, apte à satisfaire le fan de progressif le plus blasé en ces temps d'abondance. En tout cas, une sortie qui accompagne, fort logiquement, celles quasi simultanées du deuxième album solo de Tomas Bodin et du nouveau double-album des Flower Kings. A ceux qui, pleurant la 'retraite' de Neal Morse, se demandent comment le petit monde progressif va surmonter cette épreuve, la réponse est on ne peut plus évidente : la musique de ces Scandinaves-là est une synthèse fort convaincante de ce qui s'est fait ces vingt-cinq dernières années. Que ce soit en solo ou en groupe, les membres des 'Karma-Flower' sont désormais les Rois du monde !...

Dominique BERTONCINI

(chronique parue dans Big Bang n°47 - Décembre 2002)