
PISTES :
1. The Guide (9:02)
2. Guilty Witnesses (5:31)
3. Homeland (8:16)
4. Power And Dignity (7:42)
5. Be Yourself Again (7:59)
6. Thorny Present (1:09)
7. Rumour Of War (6:16)
8. Shielded? (4:58)
9. In Disgrace (1:28)
10. A Matter Of Pride (4:58)
FORMATION :
Patrick Muermans
(chant, batterie, programmations)
Eric Vanderbemden
(guitares électrique et acoustique)
Bernard Piette
(claviers)
Geoffrey Leontiev
(batterie, percussions, programmations)
INVITÉS
François Gaube
(claviers [10])
Jacky Giglio
(chœurs)
Ireneusz Grabowski
(violon [3])
Daphné Legrand
(chœurs)
Marcellin Williquet
(basse)
Alain Vael
(guitare [9])
KEN'S NOVEL
"The Guide"
Belgique - 1999
Muséa - 57:21
Un nouveau groupe belge sort son premier album, et nous voilà conquis par sa fraîcheur. The Guide, de Ken's Novel, est en effet une première réalisation très professionnelle et pleine de promesses. Le concept autour duquel cette œuvre est bâtie est particulièrement ambitieux : inspirée par la légende de l'Atlantide, l'histoire raconte la disparition du pays de Belvidian, et le destin de Ken, un de ses survivants.
Subissant les aléas de la roue de la fortune (le mythe, pas le jeu !), ce dernier se retrouve à la tête de ce qu'il reste de son peuple, devenant son roi. Dépassé par son destin, il fait appel au secours de la magie, et reçoit des présents d'une sorcière, présents qui vont lui permettre de faire face à la guerre qui menace son royaume. Hélas, la médaille a son revers, et son pays se retrouve à jamais préservé par un cocon d'énergie d'où l'on ne peut sortir que pour ne plus y rentrer...
Une allégorie du pouvoir et de ses dangereuses tentations, servie qui plus est par une plume talentueuse, celle de Patrick Muermans, chanteur et auteur de tous les textes.
Le chant, justement, contribue pour beaucoup à la qualité de l'album. Sorte de métissage improbable entre Graham Dye (Alan Parsons Project) et Peter Garrett (Midnight Oil) pour certaines intonations, il affiche une grande assurance. Des efforts sur les chœurs, partiellement inspirés par ceux de Yes, sont d'ailleurs à mentionner, car ils enrichissent avec bonheur certains refrains; refrains qui font pour la plupart mouche et se révèlent marquants sur le moyen terme (en particulier ceux de «Power and Dignity», «Be Yourself Again» ou «Shielded?»).
Les trois autres membres principaux du groupe, Eric Vanderbemden, Bernard Piette et Geoffrey Leontiev, respectivement aux guitares, claviers et batterie, s'acquittent parfaitement de leurs parties respectives. La basse, assurée par Marcellin Williquet, est par contraste plus négligée, mais le jeu de batterie, fougueux et d'une sonorité bien ronde, rattrape cette faiblesse. Une grande place est d'ailleurs faite à la guitare, à tel point que plusieurs passages instrumentaux (comme dans «Homeland») évoquent Dream Theater. Coup de chapeau également au claviériste, qui sait se rendre indispensable sans exubérance, et en variant les sonorités (cf. son solo au milieu du morceau «The Guide»); il lui reste peut-être à se lancer dans un peu plus de développements solistes...
Ken's Novel se permet même d'incorporer quelques sons un peu plus modernes en introduction de beaucoup de ses morceaux, clins-d'œil avant de se plonger dans de la véritable musique. Signalons enfin que le début de l'album évoque - à dessein ? - les fastes d'un Olias of Sunhillow, pour ensuite céder la place à une musique plus rythmée. Quelques arrangements sont également à mentionner à part, tel le passage de violon sur «Homeland», ou certaines pistes de percussions.
Au final, une œuvre néo-progressive musclée, talentueuse et bien réalisée qui, bien que recelant peu de surprises, est particulièrement remarquable et encourageante pour une jeune formation comme Ken's Novel. A quand la suite ?
Jean-Guillaume LANUQUE
Entretien avec Bernard PIETTE :
Parlez-nous en premier lieu des grandes étapes qui ont jalonné votre carrière et qui vous ont menés a ce premier album ?
Les bases du groupe ont été posées au début des années 90 autour du guitariste et de moi-même. Nous sommes d'ailleurs les seuls survivants de cette époque. La première mouture complète du groupe se trouve en 1992 où nous avions une chanteuse et nous avons fait nos premiers concerts en 1993. En 1994, les changements de personnel sont intervenus et nous avons accueilli Patrick Muermans au chant qui a donne un boost incontestable au professionnalisme du groupe. Vu son expérience (il avait déjà sorti un album avec le groupe «The Sand» en 1992), nous avons fait un grand bond en avant dans la qualité des arrangements et de la mise en place. La nouvelle formation a donné ses premiers concerts en 1995 et nous avons acquis notre petite notoriété. Nous avons pu ensuite jouer au Proglive 97 grâce à un petit coup de main des gens de Progrésiste. Et on peut dire que c'est le Proglive qui nous a décidés à nous lancer dans la réalisation de l'album. Après un premier contact avec le label allemand WMMS (aujourd'hui disparu si je ne me trompe), nous avons décidé de le faire en autoproduction. La préproduction a commencé en novembre 1997 et l'enregistrement s'est étalé de juin 1998 à janvier 1999 non sans encore avoir connu d'autres changements de personnel. Finalement, après avoir présenté l'album à plusieurs labels, c'est finalement Big Sky et Muséa qui ont accepté de le signer. Et à présent, il est disponible.
Pourquoi ce nom de Ken's Novel ?
Cela part d'un gag ! Nous voulions être sûrs d'avoir un nom unique et incopiable. Nous avons alors décidé de prendre une expression issue de notre dialecte (le wallon). Cette expression veut dire «Quoi de neuf ?» ou encore «Comment vas-tu ?». En l'«anglicisant», cela est devenu Ken's Novel ce qui, en plus, implique un côté conceptuel (le roman de Ken) et ouvrait la voie à un concept autour d'un personnage imaginaire.
Votre musique se situe clairement du cote du néo-progressif, mais avec une dimension plus rock (moins symphonique donc) que les stars du genre (IQ, Pendragon, Cyan, Janison Edge, Landmarq...). Pourquoi ce choix, peu orthodoxe finalement, qui rend votre art musical plus consensuel que le prog pur et dur ?
C'est totalement inconscient ! C'est ce que nous aimions et ce que nous voulions faire. La raison en est qu'aucun des musiciens du groupe ne peut être considéré comme un «musicien de prog» au sens strict du terme. En plus, ce que nous aimons dépasse le cadre du prog. La constante est la recherche de la mélodie et de la qualité des arrangements. En faisant la fusion de tout, cela donne notre musique. Cela dit, je suis conscient que cela donne un côté plus consensuel, comme tu le dis, et cela me réjouit car cela nous permettra de nous ouvrir à des publics plus larges, en tous cas, je l'espère.
«Prog pur et dur» : n'est-ce finalement pas une formule dans laquelle vous ne voulez pas vous reconnaître ? Car au total, votre musique semble un peu hésiter entre accessibilité et ambition...
Absolument mais je ne parlerais certainement pas d'hésitation car nous avons l'ambition de concilier les deux. Nous ne voulons pas commencer un morceau en nous disant «Il doit sonner comme ceci ou comme cela». Les compositions viennent et nous les arrangeons en fonction uniquement de ce que l'on aime. Ce que je regrette un peu dans le prog «pur et dur», c'est la rapidité avec laquelle on peut vous mettre dans une petite boîte en vous laissant très peu de marge de manoeuvre. Or je crois que tous les mélanges n'ont pas encore été essayés, ce qui nous convient très bien.
The Guide, votre premier album, fait preuve d'une étonnante maturité.
Merci beaucoup.
De rien. Tout est parfaitement en place. Vous semblez avoir voulu proposer une oeuvre totalement aboutie, allant un peu a l'encontre des autoproductions immatures (un peu précipitées, il faut le dire) qui fleurissent ici et là...
Je pense que c'est là un des autres grands problèmes du prog. Les amoureux de prog pleurent sur le manque de reconnaissance de leur musique préférée mais, plus que dans tout autre style, la production prog dans son ensemble renferme beaucoup d'albums de piètre qualité. Entendons-nous bien, je ne porte aucun jugement sur qui que ce soit mais force est de reconnaître que certains labels sortent un peu tout et n'importe quoi sous prétexte que c'est du prog. Avant d'être du prog, il faut que cela soit de la musique et qu'elle soit bonne, que les musiciens aient donné le meilleur d'eux-mêmes.
Le concept de votre album montre que les textes (et par suite le chant) ont un rôle important à jouer pour vous. Pensez-vous que le public ait besoin de messages (profonds ou non) explicites, et que la musique ne peut se suffire à elle-même ?
Je ne sais pas si la musique peut se suffire a elle-même mais je pense en tout cas qu'il s'agit d'un ensemble. Musiques et paroles doivent faire passer une émotion (je ne parle pas de message); il est pour nous important que la musique raconte quelque chose. Sans vouloir nous comparer, je crois que les meilleurs albums sont ceux ou musique et paroles sont intimement lies, je pense à The Lamb lies down on Broadway ou à The Wall; ces deux albums n'auraient pas eu le même impact avec des paroles négligées. La musique d'accord mais pas uniquement...
A Corbigny, une choriste vous accompagnait, et beaucoup de personnes ont trouvé que cet apport était bénéfique. Avez-vous l'intention de l'intégrer au groupe, et de la faire participer à l'avenir aux enregistrements ?
Nous en sommes conscients mais malheureusement, Daphné qui était avec nous à Corbigny doit arrêter la musique pour des raisons personnelles. Juste une remarque, elle a participé à l'album et nous sommes conscients de son apport. Nous allons donc pallier le plus rapidement possible à ce départ en engageant une nouvelle choriste. Mais le but n'est pas encore de l'intégrer comme membre à part entière dans le groupe.
Les claviers sont un peu discrets dans votre musique par rapport à l'hégémonie des guitares. Pourquoi cette place secondaire, alors que tu semblés être un élément essentiel du groupe ? Est-ce quelque chose de définitif ?
C'est amusant comme remarque car lorsque l'on écoute l'album, j'ai l'impression que l'équilibre y est; cette impression vient peut-être du fait que nous avons voulu un son plus rock que symphonique. Il faut mentionner ici aussi l'important travail qui a été réalisé sur les programmations qui a été majoritairement assuré par Patrick et Geoffrey, notre batteur. Je ne pense donc pas que les claviers soient secondaires d'autant plus que nous venons également d'engager un deuxième claviériste. En ce qui me concerne personnellement, je joue un rôle plus important dans le travail de composition en lui-même.
Des projets (concerts, prochain album...) ?
Plusieurs concerts sont prévus pendant l'automne et nous espérons encore décrocher quelques premières parties ainsi que des participations dans plusieurs festivals.
Le mot de la fin...
Ecoutez du prog mais pas que du prog. A bientôt !
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°32 - Octobre 1999)

