
PISTES :
1. Prelude (0:38)
2. The Grand Pariah Lament (5:14)
3. Oh, Cosmic Pearl - No Return To What Never Has Been (8:35)
4. Advent Rise (4:23)
5. Scenario Triangular (I. No Integrity / II. Babylon Taxi / III. A
Short Dance With The Melodyman) (11:57)
6. The New Masters Of My Body (2:38)
7. I've Got Your Daddy's Phonenumber ! (4:00)
8. Guidance Of Blinded Light (4:16)
9. Chromatic Movement (7:02)
10. The Mass (I. Self-Prior To Insight / II. Qualm - To Measure The
Given / III. Venture My Own Road) (15:09)
11. Upon The Plummeth (3:50)
FORMATION :
Jaakko Koikkalainen
(basse, guitares, claviers, chant)
Atte Kurri
(guitares électrique et acoustique, claviers, chant)
Ilkka Saarikivi
(claviers, violoncelle, chant)
Ilkka Piispala
(batterie, claviers, chant)
EXTRAITS AUDIO :
KHATSATURJAN
"Aramed Forces Of Simantipak"
Finlande - 2006
Muséa - 67:42
Si l'on devait attribuer une médaille pour l'album le plus injustement oublié de 2006, Aramed Forces of Simantipak de Khatsaturjan serait incontestablement nominé. Avec le recul, ses qualités apparaissent à ce point évidentes qu'on se demande bien comment il a pu nous échapper (c'est aussi pourquoi, même à ce stade avancé de l'année, il reste impératif de rattraper le coup). Il semble que l'abondance des sorties nous obligeant à partager notre temps d'écoute, nous conduit malgré nous à privilégier les coups de cœur lorsque nous savons parfaitement que les plus grandes réussites progressives ne révèlent, le plus souvent, que tardivement leurs principaux attraits. Cela dit, il faut bien dire aussi que Khatsaturjan ne nous a vraiment pas facilité la tâche en manquant totalement de lucidité quant à l'aspect formel de son œuvre. Le jeune âge des cinq membres du groupe, tous nés en 1981, peut sans doute expliquer certains choix périlleux. Assurément, il n'ont guère évalué les conséquences de leur intransigeance. Ne rien céder sur le plan de l'écriture est certes courageux, mais cela les conduit régulièrement à laisser transparaître des limites.
Au niveau instrumental, c'est notamment sensible sur les très rares interventions de violon, celui-ci s'avérant plus efficace en pizzicato. Mais là où c'est le plus flagrant et ce qui aura certainement le plus contribué à décourager nombre d'auditeurs c'est, comme malheureusement trop souvent, au niveau du chant principal (ils assument en fait tous ce rôle). Au premier abord, les timbres surprennent un peu sans être désagréables, le problème, c'est que le chanteur en première ligne est confronté à une partition souvent complexe qui le place régulièrement devant ses déficiences. En vérité, ils ne s'en tirent pas si mal, en adoptant parfois devant la difficulté une sorte de nonchalance qui s'apparente à une forme d'humour (on n'en est pas à «Don Alfonso» chanté par Mike Oldfield mais c'est un peu l'esprit). Mais, il est plus qu'évident qu'une plus grande maîtrise vocale aurait galvanisé cet album. Il faut d'autre part bien comprendre que le chant est un élément MAJEUR dans la musique de ce groupe, et l'usage multiforme qu'il en propose contribue largement à la spécificité de son identité. Contrairement à certains épisodes en mode soliste, le mode choral est lui sans reproche, y compris dans les phases périlleuses. Placé en fin d'album, «Upon the Plummeth» (3:50) qui exploite pleinement cette compétence, aurait sans doute donné une meilleure idée de la valeur des jeunes Finlandais en débutant l'œuvre. Une introduction de même type, en tous cas, s'imposait. Il en va de même sur le plan instrumental; la partition est souveraine. Si l'effort consistant à diversifier la palette sonore permet d'en faciliter l'accès (hors de leur fonction principale, les quatre musiciens sont tous multi-instrumentistes avec les claviers en commun), le souci constant de ces 68 minutes demeure, avant tout, mélodique. Cette visée, pour idéale qu'elle puisse paraître, n'en est pas pour autant nécessairement synonyme de séduction immédiate, loin de là, surtout et c'est le cas ici, lorsqu'elle ne rechigne pas à la plus grande complexité.
Le nom du groupe, hommage au compositeur soviétique Aram Khatchatourian, dont le prénom est aussi utilisé pour le titre de l'album (c'était déjà le cas avec le premier enregistrement du groupe Aramesome Sum, mini CD qui n'est jamais sorti officiellement) peut induire en erreur si l'on s'attend à un large usage de formes classisantes (sans avoir versé dans les égarements contemporains, l'auteur de «la danse du sabre» vécut tout de même au XXe siècle [de 1903 à 1978]). En fait, il s'agit essentiellement pour le groupe de désigner plutôt qu'un champ d'investigation, de larges connaissances musicales, une ressource optimale qu'il met à profit pour asseoir tranquillement son originalité. De ce point de vue, la réussite est totale.
Khatsaturjan s'inscrit parfaitement dans le courant symphonique, mais il serait tout à fait hasardeux de lui trouver des accointances avec d'autres formations de ce type, que ce soient celles des années 70 ou de leurs avatars plus récents. Plus on multiplie les écoutes et plus on mesure sa singularité à la lumière de son objectif. Aussi, il s'avère très réjouissant de constater que par la seule force de l'écriture il demeure encore possible de se distinguer à ce point. Sur la longueur, Aramed Forces of Simantipak finit par s'imposer malgré ses faiblesses formelles; trop tard pour le palmarès 2006, c'est un fait, mais pas pour garantir sa présence dans les suivants. Les Finlandais réunissent toutes les conditions pour assurer leur progression, dont une jeunesse qui étonne quand on considère en France l'inexorable vieillissement de l'auditoire progressif. Souhaitons toutefois que leur élan ne soit pas trop vite contrarié par l'immense difficulté qu'il y a aujourd'hui à trouver un public pour ce type de musique.
Laurent MÉTAYER
(chronique parue dans Big Bang n°66 - Été 2007)


