
PISTES :
CD 1 :
1. Easy Money (6:15)
2. Lament (4:14)
3. Book Of Saturday (4:09)
4. Fracture (11:28)
5. The Night Watch (5:28)
6. Improv : Starless And Bible Black (9:13)
CD 2 :
1. Improv : Trio (6:09)
2. Exiles (6:38)
3. Improv : The Fright Watch (6:03)
4. The Talking Drum (6:35)
5. Larks' Tongues In Aspic (Part 2) (7:51)
6. 21st Century Schizoid Man (10:30)
FORMATION :
Robert Fripp
(guitare, mellotron)
Bill Bruford
(batterie)
David Cross
(violon, mellotron)
John Wetton
(basse, chant)
KING CRIMSON
"The Night Watch" (Live 1973)
Royaume-Uni - 1973 (p.1997)
Discipline Global Mobile - 40:47 / 43:55
Cinq ans après The Great Deceiver, coffret de quatre CD résumant les activités scéniques de King Crimson en 1973 et 1974, Robert Fripp et son fidèle acolyte, l'ingénieur du son David Singleton, se sont replongés dans les archives du groupe pour nous proposer l'intégralité du concert donné par le quatuor au Concertgebouw d'Amsterdam, le 23 novembre 1973.
Une question vient d'emblée : à quoi bon un nouveau double CD proposant un répertoire déjà largement couvert par le coffret sus-cité ? Parce que ledit concert fournit jadis la matière à plus de la moitié de Starless And Bible Black, à savoir les titres «Fracture», «Starless And Bible Black» et «Trio», ainsi que l'introduction de «The Night Watch» : au total, près de 27 minutes !
D'où, logiquement, une autre question : à quoi bon acheter un disque dont on possède déjà, sous une autre forme, plus du quart ? Et dont le reste diffère finalement peu de versions déjà disponibles ? De deux choses l'une : The Night Watch est soit à réserver aux inconditionnels de King Crimson, soit à envisager comme un substitut moins onéreux au trop imposant The Great Deceiver. Sa valeur musicale étant évidemment au-dessus de tout soupçon, c'est en ces termes qu'il convient de poser le problème... en apparence tout au moins.
Car la véritable valeur de The Night Watch est ailleurs. Au-delà de l'objet de culte pour collectionneurs maniaques, il s'agit d'un document à la valeur musicologique indéniable. Car il s'est passé ce soir-là quelque chose d'unique dans l'existence de cette incarnation de King Crimson. Il s'agit bien évidemment de cette sublime improvisation baptisée sobrement «Trio», que David Cross décrivit plus tard comme «le seul instant de paix véritable que nous ayons connu lors d'un concert». Cross au violon, John Wetton à la basse, Robert Fripp au mellotron : six minutes de communion et de recueillement, sous le regard admiratif de Bill Bruford dont Fripp louera par la suite, par crédits interposés, «l'admirable retenue».
Pourquoi, en lieu et place de ses habituelles improvisations débridées, gorgées de décibels, King Crimson en vint-il, ce fameux soir, à enfanter cette pièce aussi atypique ? C'est sans doute, en partie, pour nous aider à percer ce mystère, que Fripp nous propose aujourd'hui, replacés dans leur contexte, les éléments d'explication que constituent les morceaux joués avant, mais aussi après, ledit «Trio».
Ce ne sont pas tant les notes de pochette, pléthoriques comme à l'accoutumée, du guitariste binoclard, qui nous fournissent la possible clé du mystère, mais plutôt un court texte signé de la plume de David Cross - encore lui. Celui-ci explique que le groupe était ce 23 novembre particulièrement épuisé, physiquement et moralement, et que «Trio» arriva à un point où les quatre musiciens s'étaient retrouvés vidés de toute énergie. «Nous sentions bien que tous les efforts du monde seraient inutiles... Alors nous avons commencé à jouer ce petit air à la fois gai et triste, qui semblait cristalliser la situation dans laquelle nous nous trouvions...».
Au-delà d'un excellent concert, restitué avec une qualité et une dynamique sonores remarquables (on est loin des divers pirates issus de sa retransmission radiophonique par la BBC, dont le fameux Un Rêve Sans Conséquence Spéciale), The Night Watch est donc un document inestimable pour tous ceux qui étaient curieux de resituer dans leur contexte d'origine certains des grands morceaux de bravoure de King Crimson...
Aymeric LEROY
(chronique parue dans Big Bang n°23 - Novembre-Décembre 1997)

