
PISTES :
1. Losers Day Paradise (9:03)
2. Letting Go (5:25)
3. Leaving A Light On (6:17)
4. Swimming In Women (5:22)
5. People (6:07)
6. All You See (5:08)
7. Perfect Tense (4:16)
8. Room For Two (3:43)
9. Holding On (7:08)
10. Picture (2:22)
FORMATION :
John Beck
(claviers)
John Mitchell
(chant, guitare)
Chris Maitland
(batterie)
Pete Trawavas
(basse)
KINO
"Picture"
Royaume-Uni - 2005
InsideOut - 54:57
En ces temps difficiles pour l'industrie du disque, trouver une bonne idée capable de faire vendre est un atout. Le label allemand InsideOut l'a visiblement bien compris, car après avoir fait en sorte qu'un super-groupe progressif actuel mais à la mode 70's se monte de toutes pièces (Transatlantic), les revoici à l'œuvre pour un nouveau projet, Kino. C'est en effet sous l'impulsion de Thomas Waber, le patron du label, que Pete Trewavas, favorable à de nouvelles collaborations (après la bonne expérience de Transatlantic, justement, mais aussi du fait de l'arrêt de ce projet suite au départ de Neal Morse) contacte John Mitchell. Le guitariste d'Arena, fan d'It Bites, est déjà en relation avec John Beck, le claviériste du combo anglais sur le point de se reformer. Pour compléter ce trio, Chris Maitland, tout juste débarqué de Porcupine Tree, vient tenir les baguettes. Nous sommes fin 2002. Et le quatuor inédit se met déjà au travail, dans un premier temps pour un morceau destiné à un album hommage (encore inédit à ce jour) au compositeur et producteur Kevin Gilbert (décédé en 1996, il était, entre autres, le producteur du premier album de Spock's Beard et membre d'un groupe de reprises de Genesis).
Compte tenu de l'emploi du temps chargé des uns et des autres, il faudra finalement attendre le début de cette année pour voir paraître un premier album (le groupe a joué quelques concerts fin 2004, et 4 titres enregistrés live pour la télé allemande figurent sur le DVD bonus qui accompagne l'édition spéciale). Mais que propose donc Picture, dont le nom et la pochette évoquent le cinéma (à l'origine, Cinema devait être le nom du groupe, mais le mot semblait trop commun, jusqu'au moment où ils ont pensé au terme "Kino", racine grecque de cinéma) ? Pour résumer très vite, du rock à tendance progressive (à comparer au dernier Spock's Beard, Octane. Finalement, Kino n'est pas très éloigné, le côté "américain" en moins...) ! Chacun pourra disserter longuement sur ce qu'aurait pu être cette collaboration compte tenu du parcours de chacun des membres, être déçu ou au contraire surpris au-delà de toute espérance. Kino n'est pas un Transatlantic bis, ni un groupe décidé à faire de la musique avant-gardiste, mais plutôt une réunion de musiciens soucieux de se faire plaisir à jouer ensemble et d'offrir au public une musique accessible sans pour autant être vide de toute ambition.
L'album démarre d'ailleurs sur la composition la plus typiquement progressive (et aussi la plus longue, un peu plus de 9 minutes), à la fois assez puissante, mélodique et riche en contrastes. L'intermède central, façon 78 tours crachotant, ne manquera pas d'évoquer le fameux "Once Around The World" d'It Bites, une référence pas si désagréable. D'ailleurs, de tous les groupes dont sont issus les musiciens, c'est assez nettement l'influence de ce dernier qui prévaut tout au long de l'album, avec le même esprit de liberté et de brassage des genres (le côté "hard" de la dernière mouture d'It Bites excepté). John Beck s'y révèle omniprésent, à l'orgue et aux synthés essentiellement, et cela augure du meilleur pour cette fameuse reformation. Le claviériste, plutôt absent du monde musical "progressif" depuis 15 ans, est en forme !
Les neuf autres compositions (de 2:23 à 7:09) alternent chansons pop ("Letting Go"), rocks dynamiques ("Telling Me To Tell You", au refrain accrocheur en diable, "People", qui donne à Chris Maitland l'occasion de s'illustrer brillamment, ou encore "Room For Two", qui évoque Arena dans ses titres les plus pêchus), ballades ("All You See", avec un très bon duel guitare-claviers, le court titre éponyme qui clôt l'album, juste piano et voix) ou progressif actuel largement mâtiné de néo ("Holding On" aux effluves Jadis). D'autres influences que celles déjà citées sont encore perceptibles (les Beatles, le rock FM), mais l'ensemble des titres est suffisamment bien écrit et interprété pour qu'on cesse rapidement de jouer à les chercher. John Mitchell, en plus de délivrer toujours de splendides solos de guitare, chante très bien, et c'est une agréable surprise. Il est ainsi bien meilleur qu'avec son groupe de rock The Urbane. Ses trois compères lui prêtent main (ou plutôt voix) forte pour les choeurs (plus une chanteuse sur un titre), et John Beck, qu'on aurait pu croire plus présent dans le rôle de chanteur soliste, n'assure qu'un seul titre (le très bon "Swimming In Women"). Mais c'est surtout la qualité générale des parties vocales qui est à mettre en exergue (si tant est que mémoriser rapidement des paroles vous plaît !), à égalité avec le brio des parties instrumentales (on n'a pas affaire à des manchots, même si Pete Trewavas est peut-être moins percutant qu'avec Transatlantic). Les envolées de guitare ou les solos de claviers, de même que les duels entre les deux et les accélérations rythmiques sont légions, pour notre plus grand plaisir.
Qualité des compositions, interprétation brillante, voilà de quoi contenter plus d'un amateur de musique rock et mélodique. On n'en attendait pas moins et on n'est pas déçu. Voilà une bien agréable surprise pour commencer l'année.
Christian AUPETIT
P.S : Kino a signé un contrat pour trois albums, il y a donc toutes les chances de retrouver ce quatuor très vite (sans parler de concerts, mais pour nous autres français, il va falloir voyager hors de nos frontières pour espérer les voir).
(chronique parue dans Big Bang n°57 - Avril 2005)

