
PISTES :
1. Am Ende Der Stille (8:10)
2. Alleine Zu zweit (4:19)
3. Halt Mich (4:00)
4. The Turning Point (5:02)
5. Ich Verlasse Heut' Dein Herz (8:33)
6. Dich Zu Töten Fiel Mir schwer (8:02)
7. Sanctus (14:15)
8. Am Ende Stehen Wir zwei (5:49)
FORMATION :
Tilo Wolff
(chant, piano)
Anne Nurmi
(chant, claviers)
AC
(batterie)
Jay P.
(guitare, basse)
Sascha Gerbig
(guitare rythmique)
Gottfried Koch
(guitare acoustique)
INVITÉS
London Symphony Orchestra
Rosenberg Ensemble
Musiciens du Hamburg State-Opera
LACRIMOSA
"Elodia"
Suisse - 1999
Hall Of Sermon - 57:59
Non, ne partez pas en courant ! Ce n'est pas du progressif conventionnel, mais ça peut vous plaire... à condition d'être attiré par les violons du London Symphony Orchestra, l'ambiance fin de Siècle, le Vienne des Hasbourg et le sens du drame un peu morbide... Mais si vous cherchez un bon transat tropical pour vous reposer des excès des vacances, ou si vous souhaitez vous laisser bercer vers un bien être réparateur, passez votre chemin ! Célébré par quelques oiseaux gothiques pâles à faire peur à une armée de lavabos, Elodia, cette comédie macabre en trois actes, va ravir tous les amateurs de frissons oppressants, à la recherche de nouvelles formules d'expression au rock progressif, celles qui brisent son cadre, qui vivifient toutes ses formes au souffle ardent de son inspiration.
Premier acte en quatre mouvements : tout l'art du classique métallique allemand... Préciosité de ballerine éclairée par les phares de la Panzer-division. Depuis l'aube des temps, des méchants en santiags ont effrayé le bourgeois en portant des cuirs cloutés et en jouant des hymnes hirsutes sur leur guitare. Mais chez eux, en cachette, ils pleuraient sur du blues ou s'envolaient sur du Beethoven (qui a dit Deep Purple ?). Mais rarement comme chez Lacrimosa l'orchestre classique s'est donné autant de plaisir pour nous flanquer la chair de poule !
Écartez-vous, que je dépose mon lot de réminiscences en vrac : le Procol Harum du Live At Edmonton (1972), pour la royale symbiose avec l'orchestre; le Within the Realm... de Dead Can Dance, pour le côté marmoréen; The Wall de qui-vous-savez, pour la grandiloquence; Nosferatu (?!) pour le look et la voix de vampire écorché du chanteur-pianiste Tino Wolff, principal artisan du disque aux côtés de la lugubrement belle Anne Nurmi, fiancée de vampire qui mène la danse macabre de sa voix blanche d'outre-tombe.
Deuxième acte en deux mouvements : plus rock, avec «Ich Verlasse...» (8:29), lente rythmique plombée, nappe de synthé romantique et solo de guitare à genou, digne du meilleur Scorpions. Ou carrément wagnérien avec l'épique «Dich zu Töten...» (7:56) pour atteindre le sommet de l'œuvre. Pour décrire les sensations ressenties, prenons un processus symbolique élémentaire : l'orage... D'abord un nuage s'approche, la condensation s'accentue, la tension intérieure augmente, jusqu'à ce que dans l'éclair des images, dans le tonnerre du rythme, toute la force emmagasinée parvienne à se décharger. Les notes de violons sont séparées par des silences de plomb pour être fondues de nouveau avec une chaleur toujours plus grande par les guitares. Et ce n'est qu'à la fin qu'on retrouve le ciel clair et pur de la sérénité, synthèse intellectuelle de l'état de bien être. «Dich zu Töten...» s'apparente à ce phénomène, cette force emmagasinée. Éclatant et oppressant à la fois. Et ce n'est pas facile de s'en remettre...
Troisième acte : des souvenirs de Requiem voltigent autour de nous comme de légers papillons de nuit, et viennent se faire épingler dans notre esprit. «Sanctus» (14:09), on est pas là pour rigoler. La beauté pure nous submerge, nous nous sentons comme des mélomanes du XVIIIème devant le trépas de Mozart. À ce stade là, le dernier morceau paraît inutile et on reprend depuis le début sans attendre.
Un tel équilibre entre gothique à petite dose et grande vague d'émotion classique, on en redemande. Mais no sea, no sex, no sun, les vacances passées dans la chapelle à rêver... A ce régime, on ne risque pas de revenir bronzé !
Alain SUCCA
(chronique parue dans Big Bang n°31 - Juillet 1999)

