BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. The Crystal Entrance (2:31)
2. Castles In The Air (6:42)
3. The Eternal Dream To Fly (10:40)
4. Island In The Stream (7:37)
5. Shadowchasing Moon (13:49)
6. July Evening (4:05)
7. The Final Enchantement (6:04)

FORMATION :

Lanvall

(guitares électrique et acoustique, mandoline, piano, claviers, orgue)

Ulbi Ulbricht

(basse)

Thomas Schaufler

(batterie)

Astrid Stockhammer

(violon)

Elisabeth Presenhuber

(flûte)

Chœur Leonfeldner Kantorei

LANVALL

"The Pyromantic Symphony"

Autriche - 1998

WMMS - 51:29

 

 

Fraîchement arrivé sur nos platines en ce début d'année, voici le troisième opus de Lanvall. Ce jeune musicien autrichien, qui s'est illustré notamment pour sa collaboration avec Gandalf, et dont les multiples talents d'instrumentiste ne sont plus à démontrer (s'il excelle à la guitare, il n'en garde pas moins la tête haute lorsqu'il tient les claviers), est en passe de devenir le chantre d'un style progressif particulier, que l'on pourrait qualifier de néo-romantisme symphonique.

Ceux qui avaient apprécié son œuvre précédente, Auramony, ne seront pas franchement dépaysés à l'écoute du présent album. Puisque l'on ne change pas une recette éprouvée, les principaux ingrédients qui avaient présidé à son élaboration (à savoir la présence d'une chorale, et d'une palette sonore incluant flûte et orgue d'église) ont été largement réutilisés sur The Pyromantic Symphony. Néanmoins, celui-ci traduit une certaine évolution positive, car les sept morceaux (de 2:32 à 14:19) qui nous sont proposés dégagent dans l'ensemble un plus grand dynamisme (certains passages se voient même réhaussés par une guitare «hard»). Les arrangements fouillés témoignent en outre d'un méticuleux travail d'écriture. Le résultat, très agréable, est aussi fort sage (sans doute est-ce le genre qui veut cela) ; pas la moindre dissonance, aucune note de travers, vraiment rien ne vient troubler ce limpide agencement mélodique.

Sur cette base harmonique, Lanvall déploie des trésors de virtuosité, et nous offre à la guitare quelques très beaux moments. Ainsi, les arabesques virevoltantes sur «Castles In The Air» (malgré un accompagnement rythmique un peu trop linéaire) ou «The Eternal Dream To Fly» s'imposent dès la première écoute. Des morceaux plus doux, comme «Island In The Stream», enrichis par l'utilisation de violon ou de mandoline, délivrent une incontestable fraîcheur pastorale. Pour le reste, nous avons affaire à un ensemble fluide et cohérent qui culmine, de la même façon qu'il a commencé, sur un enveloppant mélange d'orgue et de chœurs. Inutile de s'étendre : les qualités mélodiques sont, du début jusqu'à la fin, irréprochables.

En dépit de sa perfection formelle, The Pyramantic Symphony ne parvient toutefois pas à convaincre totalement. S'il peut paraître accessible, le genre symphonique n'en est pas moins difficile à maîtriser, et présente de nombreux pièges. Malheureusement, Lanvall tombe dans l'un d'entre eux : celui du beau à tout prix, au détriment de la substance. Il faut bien l'avouer, la pesante emphase romantique qui imprègne l'album ajoute peu d'épaisseur au discours musical. Bien au contraire, elle en diminue l'impact, en lui ôtant ce que sa consistance mélodique tente de lui procurer en profondeur.

Entre joliessse doucereuse (guitare mielleuse et arpèges convenus sur «Shadowchasing Moon») et pompiérisme grandiloquant (cet orgue et ces chœurs à profusion), la musique de Lanvall flirte avec la finesse, mais s'en approche rarement (difficile, sur ce terrain, de rivaliser avec les maîtres du genre que sont Dogma ou Motoi Sakuraba). Face à une telle accumulation de clichés, les mauvaises langues pourraient même dire qu'elle présente un caractère superficiel et... certainement pas léger ! Certes, ces compositions expriment une certaine intensité émotionnelle, mais elles exhalent aussi un agaçant parfum d'immaturité adolescente.

Bien sûr, la plupart des reproches évoqués ici ont quelque chose de relatif, puisqu'ils portent davantage sur le fond que sur la forme. Il est clair que, par rapport à l'idéal lyrique poursuivit par son auteur, The Pyromantic Symphony peut apparaître comme une franche réussite. Je ne serais donc pas surpris d'entendre des avis très partagés sur la question, car si certains se délecteront de cet onctueux gâteau de sucre, d'autres en revanche (peut-être les mauvaises langues de toute à l'heure) verront en Lanvall l'inventeur d'un genre nouveau : le progressif d'ambiance...

Olivier CRUCHAUDET

(chronique parue dans Big Bang n°24 - Janvier-Février 1998)